Le Port : Bientôt une usine de recyclage pour traiter tous les cartons réunionnais sur place

La société PULP-ECO projette de transformer localement les milliers de tonnes de cartons de l'île en matière première, mettant fin à l'exportation systématique des déchets. Validé sur le principe par l'Autorité environnementale en juin 2026, ce projet industriel de grande envergure au Port soulève néanmoins d'importants défis écologiques, notamment autour de sa consommation d'eau.
C’est un pas de géant pour l’autonomie industrielle de La Réunion, mais sous haute surveillance écologique. Installée sur une parcelle de 12 828 m² au sein de l'Écoparc du Port, la future usine de la société PULP-ECO s'apprête à révolutionner la gestion des emballages réunionnais.
Jusqu’à présent, le carton trié par les usagers et les entreprises locales subissait un exil forcé. Faute d'exutoire industriel sur place, il était compacté en balles puis exporté par conteneurs vers l’Asie ou l’Europe pour y être recyclé. Un modèle lourd en carbone et dépendant des tarifs du fret maritime mondial, auquel l'industriel local souhaite aujourd'hui mettre fin en relocalisant l'intégralité de la chaîne de valeur.
Objectif : 113 tonnes de pulpe par jour
L'ambition portée par le gérant Aimery Deleflie est de taille : transformer les déchets locaux pour produire jusqu'à 113,28 tonnes de pulpe de carton par jour. Cette matière secondaire, purifiée et essorée, sera directement prête à être réutilisée pour fabriquer de nouveaux emballages sur le territoire.
Pour faire tourner le site en continu six jours sur sept, l'entreprise mise également sur l'indépendance énergétique. Une centrale de cogénération brûlera chaque année 17 000 tonnes de biomasse issue des gisements de l'île (palettes usagées et déchets verts) afin d'alimenter l'usine en chaleur pour le séchage et en électricité.
L'eau et la biodiversité sous surveillance
Si l'intérêt économique et environnemental global fait consensus, le projet, examiné par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) le 18 juin 2026, doit encore régler plusieurs équations écologiques majeures.
Le premier point de friction concerne la ressource en eau. Le procédé de fabrication de la pâte est particulièrement gourmand : il nécessite théoriquement 225 m³ d'eau par heure. Grâce à un système de recyclage interne, l'exploitant prévoit de ramener son besoin net à 30 m³ par heure. Une consommation qui reste toutefois significative et que la MRAe préconise de ne pas prélever sur le réseau d'eau potable de la ville, déjà sous tension. L'autorité pousse l'industriel à privilégier la réutilisation des eaux usées traitées de la station d'épuration voisine.
D'autres chantiers attendent le pétitionnaire avant le premier coup de pioche : la gestion des terres excavées lors des terrassements (qui révèlent des concentrations en plomb supérieures aux normes de référence) et la limitation stricte des éclairages nocturnes, l'usine étant située sous un couloir de survol majeur des pétrels de Barau, des oiseaux marins protégés et très sensibles à la pollution lumineuse.


