[Le podcast de Pierrot] Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon même combat

Impossible d’ouvrir une radio, de regarder une chaine d’info en continu ou de lire un journal sans que le principal sujet de discussion ne soit : « que doivent faire les députés de l’ancienne majorité présidentielle présents au second tour dans une triangulaire ? »
Doivent-ils, comme les y a incité hier soir le président de la République, se désister systématiquement en faveur d’un candidat LFI ? Fustigeant au passage toute forme de désunion et appelant à « un large rassemblement clairement démocrate et républicain pour le second tour ».
Ou doivent-ils écouter les Bruno Le Maire, Edouard Philippe ou les ministres sortants Christophe Béchu, Catherine Vautrin ou encore Olivia Grégoire qui prônent un « ni RN, ni LFI » ? Pour Edouard Philippe, « le RN est un danger pour la République, LFI est un danger pour la nation », tandis que d’autres rappellent que tous les sondages prouvent que, pour les Français, Jean-Luc Mélenchon est plus dangereux que Marine Le Pen.
Et il y a enfin ceux qui seraient plutôt adeptes du « au cas par cas ». Pour eux, tous les candidats LFI ne sont pas à mettre dans le même panier et n’ont pas le même niveau de dangerosité. Il conviendrait donc selon eux d’examiner chaque circonscription, une par une, avant de se prononcer.
Pas facile de se retrouver dans un tel bazar.
Avant de nous prononcer, mettons tous les éléments sur la table. Et surtout, regardons dans le rétroviseur. Rien de mieux que le passé parfois pour nous dire quoi faire dans l’avenir.
Aujourd’hui, ce sont les leaders de La France Insoumise qui s’offusquent le plus fort des hésitations de certains candidats de la majorité présidentielle. Mais qu’avaient-ils fait eux-mêmes dans les mêmes situations à la présidentielle et aux législatives de 2022 ?
Lors du second tour de l'élection présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon avait refusé de donner une consigne de vote en faveur d’Emmanuel Macron. Il avait toutefois exhorté ses électeurs à ne pas voter pour Marine Le Pen sans explicitement appeler à voter pour Emmanuel Macron.
Pour le second tour des élections législatives, Jean-Luc Mélenchon, qui était alors le leader de la NUPES, n'avait une fois de plus pas donné de consigne de vote. Il avait simplement appelé ses électeurs à "déferler dans les urnes" pour contrer le Rassemblement National et soutenir les candidats de gauche là où ils étaient en lice.
Édifiant, non ?
Et c’est le même qui aujourd’hui, hurle sur ceux qui refuseraient de se désister en faveur de ses candidats. Comment on appelle ça en bon français ? Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
C’est fou ce que les Français ont la mémoire courte.
Alors j’entends ceux qui me répondront : « Oui, mais la situation n’est pas la même. En 2022, l’extrême droite n’était pas vraiment en situation de prendre le pouvoir, alors que cette fois-ci, oui ».
Faux !
Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du second tour, les sondages s’affinent et ils vont tous dans le même sens : Le Rassemblement national, même dans les hypothèses les plus favorables, est loin de pouvoir atteindre la barre de 289 sièges, nécessaire pour atteindre la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Toutes les projections lui attribuent entre 210 et 270 sièges. Et on se souvient que les sondages avaient vu juste au 1er tour.
Le Nouveau Front Populaire peut espérer obtenir entre 140 et 190 sièges, la coalition présidentielle entre 70 et 120, Les Républicains entre version Eric Ciotti entre 30 et 50 sièges, et ceux du « Canal historique » entre 20 et 40.
Comme on le voit, même avec le renfort des élus d’Eric Ciotti, le Rassemblement national n’a aucune chance de pouvoir gouverner demain, d’autant que Jordan Bardella a répété à de multiples reprises qu’il n’irait à Matignon que s’il bénéficie d’une majorité absolue.
Mais alors, pourquoi tout ce ramdam ?
J’y vois deux explications. Et elles n’ont rien à voir avec le risque de voir le RN arriver au pouvoir.
Est en jeu en tout premier le leadership à Gauche, au lendemain des élections. Hier, La France Insoumise écrasait ses partenaires au sein de la NUPES. C’était Jean-Luc Mélenchon qui imposait ses vues et ses candidats. Et les autres partis de la coalition baissaient la tête, conscients qu’ils avaient plus à perdre à partir qu’à rester. Des experts ont calculé que le fait pour les Verts, les Socialistes et les Communistes d’adhérer au Nouveau Front Populaire leur fera gagner une centaine de députés supplémentaires. Tout le monde avait donc intérêt à « mettre un galet » sur ses rancœurs, sur les humiliations, quitte à régler les comptes au lendemain du 8 juillet.
Car la situation a radicalement changé. Selon les projections, LFI compterait moins d’élus au sein du Nouveau Front Populaire que les trois autres partis de Gauche réunis. On comprend mieux dès lors l’insistance de Jean-Luc Mélenchon pour obtenir le renfort des voix de Droite et du Centre pour gonfler son nombre d’élus et espérer ainsi reprendre le leadership au sein de NFP.
La deuxième raison est encore plus tordue. Je suis convaincu que ni Marine Le Pen, ni Jean-Luc Mélenchon ne souhaitent voir un des leurs s’installer à Matignon. Et pour les mêmes raisons tous les deux.
Ils sont suffisamment intelligents pour savoir que leurs programmes sont inapplicables et conduiraient le pays à la ruine. La présidentielle, c’est loin, et même s’ils n’auraient pas manqué de se défausser sur le président de la République qu’ils auraient accusé d’avoir laissé la France dans un tel état catastrophique qu’ils auraient été contraints de repousser la mise en œuvre de leurs promesses, ils savent pertinemment qu’ils y laisseraient des plumes, suffisamment pour leur faire perdre toute chance d’être élus à la présidentielle en 2027.
Il convient donc de faire comme si, comme si on mourrait d’envie d’y aller, mais en posant tellement de conditions que l’hypothèse n’a aucune chance de se réaliser. C’est pourquoi Jordan Bardella par exemple a exigé d’avoir une majorité absolue de députés pour aller à Matignon. En sachant très bien qu’il n’a aucune chance de l’avoir.
L’autre raison est encore plus perverse. Jean-Luc Mélenchon tout comme Marine Le Pen n’ont, je vous l’ai dit, qu’une obsession, les présidentielles. Imaginez que leur poulain nommé Premier ministre ait la tête et les chevilles qui enflent au point que ça lui donne l’idée de se présenter à la présidentielle, à la place ou voire même contre son « parrain » ? Impossible ? Détrompez-vous. Rappelez-vous ces rumeurs qui ont circulé avec insistance il y a quelques semaines, à la fin de la campagne des Européennes, selon lesquelles Jordan Bardella, énivré par son résultat prévisible et qui ne pouvait pas imaginer une seule seconde que le président de la République se résoudrait à dissoudre l’assemblée, commençait déjà à se voir candidat à la présidentielle en lieu et place de Marine Le Pen ? Persuadé qu’il était de pouvoir ratisser plus large que la fille de son père… Vous pensez que Marine Le Pen a apprécié ?
Et pourquoi selon vous, Jean-Luc Mélenchon a-t-il viré comme des malpropres François Ruffin et ses amis ? Parce qu’il craignait que l’autre ne lui pique sa place, tout simplement. Et ça explique du même coup pourquoi le même Jean-Luc Mélenchon fait tout pour faire perdre son camp. A chaque fois que le NFP monte dans les sondages, il sort une de ses provocations, comme celle de prononcer un discours devant les caméras de toutes les télévisions, dimanche soir, aux côtés de la députée européenne Rima Hassan, qui n’était donc pas concernée par l’élection, avec un keffieh autour du cou. Sachant très bien que ça allait déclencher une nouvelle polémique et faire reculer le NFP de quelques points. Quitte à provoquer la colère de ses partenaires.
Finalement, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon même combat.


