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[Le podcast de Pierrot] Kamala Harris domine Donald Trump, le sort du monde s'est peut-être joué cette nuit

Si vous avez regardé – ou écouté – le débat entre Kamala Harris et Donald Trump, c’est signe que vous êtes très courageux. Ou alors particulièrement passionné par les élections américaines du mois de novembre prochain. Il fallait en effet se réveiller à cinq heures du matin, heure de la Réunion, et accessoirement parler couramment l’anglais pour le suivre. Je me suis pour ma part contenté d’écouter les commentaires en direct sur France Info, au fur et à mesure du déroulé des débats.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 11 septembre 2024 à 21H27

 

Il faut dire que les enjeux étaient de taille. Ce n’était rien moins que le sort du monde qui s’est peut-être joué en deux heures à la télévision. Selon que ce soit Kamala Harris ou Donald Trump qui sera élu dans un peu moins de deux mois, la face du monde, tant au niveau économique que diplomatique ou militaire, sera totalement différente.

Je ne vous cite que quelques exemples. Si Donald Trump est élu, il a prévu d’augmenter fortement les taxes sur les produits importés aux États-Unis, ce qui signifie que l’Europe, et donc la France, auront beaucoup plus de mal à exporter aux USA. Déséquilibre encore plus grand de notre balance commerciale, moins d’exportations et donc chômage en hausse dans notre pays.

De même, si c’est l’ancien président qui réintègre le bureau ovale, le sort de l’Ukraine pourrait se trouver en danger. Donald Trump n’a jamais caché son admiration pour Vladimir Poutine et il a déjà menacé de couper l’approvisionnement en armes de l’Ukraine. Ses arguments, comme souvent, sont simples, voire simplistes : pour lui, la guerre Russie/Ukraine est un conflit qui se passe sur le sol européen, c’est donc aux états européens de le financer. Mais les conséquences pourraient être dramatiques : si l’Ukraine tombe, il y a fort à parier que Vladimir Poutine n’en restera pas là et qu’il jettera son dévolu sur d’autres états européens membres de l’OTAN, ce qui marquerait le début d’une 3ème guerre mondiale.

À l’inverse, Donald Trump affiche un soutien sans faille et sans aucune réserve à Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. Son retour à la Maison blanche signifierait carte blanche aux Israéliens pour continuer à leur gré la guerre à Gaza et leur colonisation des territoires occupés.

On le voit, les conséquences de l’élection seraient radicalement différentes en fonction du vainqueur.

Un débat n’est pas une élection, d’autant qu’il semblerait, au vu des sondages, que la très grosse majorité des Américains ait déjà fait son choix et qu’ils n’envisagent pas d’en changer. Aujourd’hui, les deux candidats sont au coude-à-coude, avec une légère avance pour Kamala Harris. Mais l’écart se situe dans la marge d’erreur. Rien de tranché, donc.

D’autant qu’il faut se méfier des sondages, particulièrement aux États-Unis. D’abord à cause du mode de scrutin qui fait reposer le sort de l’élection sur quelques états, les fameux "swing states". Mais aussi en raison de la difficulté à mesurer avec précision l’électorat de Donald Trump. Rappelez-vous l’élection de 2016 où tous les sondages voyaient Hillary Clinton largement vainqueur !

Ce sont donc quelques poignées d’indécis qui vont faire la différence. Et ce sont eux que les deux candidats ont essayé de convaincre cette nuit. Kamala Harris en tentant de révéler sa vraie personnalité, beaucoup d’Américains avouant la connaitre très peu tant elle était apparue effacée dans son rôle de vice-présidente. Et à l’inverse, Donald Trump en tentant de dissimuler la sienne, colérique et amateur de "fake news", quand il ne s’agissait pas de purs mensonges.

Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps. De l’avis unanime des commentateurs américains, et même français, Kamala Harris aurait largement pris le dessus sur Donald Trump.

Pour Libération par exemple, "la candidate démocrate a dominé (…) son adversaire républicain, sans ressort et toujours sur la défensive. La vice-présidente a réussi à transformer le débat en une dénonciation des échecs et des controverses de la présidence Trump".

Kamala Harris a pris le dessus psychologiquement dès les premières secondes en impulsant son tempo à la confrontation, en se dirigeant vers son adversaire pour lui serrer la main vigoureusement. Une façon de lui dire : "Je n’ai pas peur de toi".

Et tout au long du débat à proprement parler, elle a su attaquer Donald Trump sur ses points faibles, le contraignant à la défensive. Et comme souvent dans ces cas-là, le candidat républicain est allé souvent à la faute. Comme par exemple quand il a repris une "fake news" dont tous les Américains savent depuis longtemps déjà qu’elle est totalement inventée, selon laquelle des immigrés haïtiens voleraient et mangeraient les chats et les chiens des bons citoyens américains dans une petite ville de l’Ohio. Ce qui a obligé les deux journalistes à intervenir pour rétablir la vérité et dénoncer les approximations, voire les mensonges. D’où la réflexion de Donald Trump à la sortie du débat, affirmant qu’il avait dû se battre contre trois adversaires, Kamala Harris et les deux présentateurs.

Reste maintenant à savoir si Kamala Harris a réussi à convaincre ces fameux électeurs indécis. Il semblerait que oui. Elle qui avait tout à perdre dans ce débat, en est sortie suffisamment ragaillardie pour proposer immédiatement à son adversaire une nouvelle confrontation. Ce dernier n’a toujours pas répondu.

Il faut dire qu’il doit être encore un peu abasourdi. Sans doute par sa prestation, même s’il a affirmé peu après que c’était la meilleure qu’il ait jamais faite, mais surtout par le soutien affiché à la candidate démocrate par la superstar Taylor Swift, quelques minutes à peine après la fin du débat.

Dans une publication sur Instagram immédiatement devenue virale, avec 3,6 millions de "J'aime" en un peu plus d'une heure, la chanteuse a dit avoir choisi Kamala Harris car elle "se bat pour les causes et les droits auxquels je crois". "Je pense qu'elle est une dirigeante douée et solide", a ajouté Taylor Swift dans un long message, qu'elle a signé "vieille fille à chat" et agrémenté d'une photo d'elle avec son chat. Une référence directe à une déclaration empreinte de clichés misogynes du colistier du candidat républicain Donald Trump, James David Vance, visant les femmes sans enfant et qui les remplacent par des chats.

Ce soutien de Taylor Swift pourrait s’avérer déterminant auprès de la jeunesse américaine, peu incline à voter traditionnellement.

Terminons avec la politique en France. Le Premier ministre Michel Barnier a promis ce matin de nommer un gouvernement "la semaine prochaine", expliquant faire "les choses méthodiquement, sérieusement", depuis son arrivée à Matignon il y a six jours.

Le feuilleton du choix du Premier ministre étant terminé, celui du choix des ministres s’apprête également à prendre fin. Nous connaitrons par exemple qui a été choisi pour l’Outre-mer et s’il s’agit d’un ministre d’État, d’un simple ministre ou d’un secrétaire d'État. Le choix ne sera pas anodin et permettra de mesurer l’importance que Michel Barnier compte nous accorder.

Et pourra alors commencer une nouvelle série, celle de la vie mouvementée du nouveau gouvernement.

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