Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Le PCR est il sur le déclin ?

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 26 juin 2013 à 14H30

En 2010, il perd les élections régionales. En 2012, il n’enlève aucun siège de député. C’est inattendu. Ce ne sont pas ses adversaires qui en sont la cause. Divisés et n’ayant pas de discours mobilisateur, ils ne sont pas l’auteur de ces échecs. Le PCR décline, comme décline un arbre fragilisé par l’érosion du sol qui le nourrit. L’évènement est historique. Car il signifie la fin d’une époque, la fermeture d’un laboratoire d’idées, l’extinction d’un foyer potentiel de résistance au pouvoir central. La mort programmée  d’un parti enraciné dans l’histoire locale, dont il fut l’un des acteurs essentiels. C’est aussi la fin d’une dynastie, celle des Vergès. Un patronyme qui pendant 50 ans a guidé les masses populaires, comme le mirage guide le troupeau.

Pouvoir magique d’un nom.

D’où le patronyme « Vergès » a-t-il tiré cette force qui n’a pas faibli de 1945 à 1981 ? Il y a là matière à réflexion. En voici une tentative d’explication. Indigné par les souffrances qu’il découvre en tant que médecin, Raymond Vergès décide de passer à l’action. En association avec des personnalités progressistes, il lance un appel à la mobilisation. Ainsi naît le comité républicain d’action démocratique et sociale(CRADS). Les succès que remporte le dit comité sont massifs et fulgurants. Rien d’étonnant à cela. La colonie était calme, parce que les colonisés s’accommodaient de l’injustice. Un cri humaniste venu de si haut ne pouvait pas ne pas les réveiller et réveiller leur enthousiasme. La départementalisation promise était porteuse d’espoir pour tous les travailleurs asservis, et plus encore, pour la population de couleur. Pourquoi ? Pour le savoir, écoutons ceux qui ont plongé leurs regards dans la société coloniale et ont livré leurs témoignages. Envoyé en mission dans l’île par le Secours Populaire français , voici un extrait du rapport de Maître Vienney, le chargé de mission, à ses pairs : « La cause que je viens plaider devant vous aujourd’hui, est celle des 240000 créoles exploités furieusement par 20 familles qui se partagent dans l’île les plantations, les usines de sucre et les usines de rhum .»(Témoignages du 21/01/47). Quant à la population de couleur, elle se répartissait dans des communautés qui vivaient repliées sur elles même. Elles étaient toutes habitées par une crainte révérencielle qui les inclinait à la soumission et au respect des préjugés de race et de classe. Pour elles la départementalisation signifiait l’accès à une citoyenneté pleine et entière. Et elles l’ont eue ; En fallait il davantage pour que le patronyme « Vergès », que la légende a auréolé de prestige et de gloire, ait la capacité de mobilisation qu’on lui connait ?
Si le CRADS n’a rien perdu de sa force en devenant successivement fédération du PCF (1947), PCR(1959), c’est par la force magique du dit patronyme qui commande le changement. Le docteur Raymond Vergès meurt le 2 juillet 1957, Paul Vergès lui succède et prend le relais.

Le PCR, parti révolutionnaire

En 1959, il crée le PCR et le proclame « force de libération nationale ». Il enchaîne les actions qui font de lui un homme politique connu et respecté sur le plan national et même international : convention de Morne Rouge (1971), conférence de Paris (1975), convention de Ste Anne (1977) ; La presse nationale qui en rend compte le traite en leader de la décolonisation des DOM. Le PCR est à son zénith. De plein pied dans le sens de l’Histoire, car l’heure est à la décolonisation ; sa force d’attraction et puissante. Il séduit les jeunes qui trouvent dans les comités d’action lycéens (C.A.L.) et le front de la jeunesse autonomiste Réunionnaise (F.J.A.R.) un noble emploi à leur naturel besoin d’action forte. Ils y adhèrent. Les chrétiens progressistes et les démocrates indignés par les atteintes à la démocratie, en font de même. Attiré dans l’île par l’arrivée de Michel Debré, candidat aux législatives de 1963, le très influent journaliste du « Monde », Raymond Barillon nous déclare à nous départementalistes que la victoire de Paul Vergès est certaine. Ce dernier y croit fermement et clame haut et fort que « l’autonomie est inéluctable ». Il compte sur la voie démocratique pour l’arracher. Choix qui lui fait honneur et le rend digne de respect. Au dernier de ses mémorables congrès, le 5ème tenu en juillet 1980 le parti aux 10000 membres qu’il conduit remporte un magnifique succès. 20 messages de soutien lui sont adressés de l’étranger. Cependant c’est le chant du cygne. Pourquoi ? C’est que la départementalisation révolution par la force de la loi, comme l’affirment ses défenseurs, a transformé les structures économiques sociales.

Le P.C.R., parti réformiste

En 1981 le PCR soutient de toutes ses forces et activement le candidat François Mitterrand. Surprise….Ce dernier se classe à la Réunion derrière Valery Giscard d’Estaing. Le rêve de l’autonomie par la voie démocratique en sort brisé. Paul Vergès se rabat alors sur « l’assemblée unique » dont il a obtenu la création. Assemblée unique+ décentralisation= autonomie. La sienne. Il tente par cette nouvelle équation de donner le change et de transformer sa défaite en victoire. Pas de chance ! L’assemblée unique est rejetée parle conseil constitutionnel. Un congrès s’impose ; il ne le tient pas pour ne pas avouer sa défaite. Et le déclin commence. Le parti perd ses relais syndicaux ;  les C.A.L et le F.J.A.R.se meurent lentement. Paul Vergès gère le patrimoine acquis et remporte encore quelques victoires en nouant des alliances même avec la droite (Conseil général). Puis il pratique « l’ouverture » en sollicitant des personnalités connues. C’est l’errance. Le parti géré au sommet n’a plus la force d’imposer ses décisions. La grogne monte et alimente l’anti-P.C.R. dans la population civile. La révolte d4huguette Bello lui vaut des nouveaux soutiens. Elle est censée représenter la modernité face à une direction devenue archaïque. L’effondrement semble inévitable. Une page de notre histoire se tourne.

Et maintenant ?

Fini le temps où la politique était présente dans les syndicats, les associations, les familles et même dans les conversations tenues dans les rues et les bars. Les réunions politiques étaient à cette époque là suivies par une foule nombreuse, enthousiaste et trouvaient de larges échos dans la presse réunionnaise. Paris ne pesait d’aucun poids dans le choix des candidats aux élections locales. Les meilleurs candidats se révélaient par leurs discours, leurs capacités à convaincre. La fièvre d’antan a laissé place au porte à porte, au clientélisme. Les affaires de corruption inspirent dégoût et rejet de la fonction. Les opinions se font et se défont en fonction de ce qui se passe au parlement et dans les ministères et que rapporte largement les médias. D’où l’impression des investitures délivrées de Paris. En conséquence de quoi, on élit des candidats sans savoir ce qu’ils valent.

Le pire serait que le vide laissé par le P.C.R. soit comblé par des appendicules des multiples centrales parisiennes, par des embryons nés des dissidences au sein des assemblées locales ou des conseils municipaux, ou encore par des élus, qui, portés par leur aura populaire, transforment leurs comités de soutien parti. Chaque candidat ou candidate présentera pour la forme un projet, alors que beaucoup ne se battent que pour satisfaire un antagonisme destructeur. Dans cette mêlée confuse, comment faire émerger candidats et élus compétents? Car il y en a. Ils risquent d’être écartés au profit de médiocres ou de cupides. Quand la politique cesse d’être noble, les électeurs indépendants s’abstiennent, tandis que les clientèles font les élus. Comment alors éviter que le paysage politique ne se transforme en un marécage nauséabond ? Refaire ce qui a été fait en 1945, c'est-à-dire, créer un large mouvement citoyen, ouvert à tous les élus sans distinction, pour bâtir ensemble, un projet construit à la Réunion et pour les Réunionnais. En sommes nous capables ?

Albert Ramassamy

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :