Le masseur sans diplôme a les mains baladeuses

Giovanni S. tient le snack d'une salle de sport de l'agglomération dionysienne. Selon lui, il entretient une certaine proximité avec des clientes, ce qui l'emmène, un jour, à proposer ses services de masseur à l'une d'entre elles, qui lui faisait part de ses problèmes de dos. Elle accepte et il entreprend alors de la manipuler dans la salle de sport. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'il commence à poser ses mains sur ses seins, sur son entrejambe et va jusqu'à poser le genou sur son sexe pour, selon lui, mieux la remettre en place. Elle lui fait part de son mécontentement après la séance et finit par déposer plainte sur les conseils d'amis. Convoqué au commissariat, il reconnait, mais explique qu'il y avait une certaine proximité entre eux : "Avec elle, on était proches. Il y avait une attirance. Pour moi, c'était un flirt, elle était consentante", explique-t-il lors de son audition.
L'affaire est alors restée sans suite jusqu'au 6 octobre 2023 où une nouvelle plainte est déposée à son encontre pour des faits d'agression sexuelle. Une jeune femme se plaint d'avoir été touchée par son masseur lors d'un soin dans un institut de massage. Elle explique qu'elle a demandé un massage lymphatique, massage doux destiné à évacuer les toxines du corps, mais que le praticien lui a touché le sexe à plusieurs reprises. Elle finit par se lever et quitter l'institut en claquant la porte. Elle expliquera, sur l'appel de la patronne de l'institut, ce qu'il s'est passé. La gérante lui donne raison concernant ce geste déplacé. La cliente dépose plainte le lendemain. Il s'avère que la gérante est aussi la petite amie du masseur. La première affaire ressort et cette fois, le parquet décide de déférer le pseudo-masseur sans diplôme qui est présenté en comparution immédiate.
"Il était très insistant entre mes jambes"
la barre, le quadragénaire tente d'expliquer au tribunal qu'il a agi dans les règles de l'art pour justifier ses gestes déplacés allant jusqu'à parler de quiproquos. "C'est curieux quand même qu'à trois ou quatre ans d'écart, deux femmes qui ne se connaissent pas dénoncent des agissements comparables et qu'à chaque fois, vous évoquez des quiproquos", lui répond la présidente. Même son de cloche de la part de sa dernière victime qui indique à la barre : "Au début, je me suis dit qu'il s'était trompé. Et puis, ça a recommencé, il était très insistant entre mes jambes. Au bout de plusieurs fois, je me suis levée et je suis partie me rhabiller. Il m'a dit qu'il était désolé. Je suis allée me faire masser ailleurs, y compris en Thaïlande, et je n'ai jamais vu ça", témoigne la victime.
Pour sa défense, le prévenu réfute une quelconque atteinte sexuelle. Il ajoute être "passionné par la kinésithérapie. Je me suis formé tout seul en regardant YouTube et par des formations". Il reconnaît "un accident de manipulation sans aucune ambiguïté. Je me souviens avoir mis beaucoup d'huile, il est possible que mes mains aient glissé", ajoute, penaud, le prévenu. "Il est masseur comme moi je suis évêque", répond Me Guillaume Motos pour la partie civile. "Ma cliente était dans une position de vulnérabilité totale, elle faisait confiance à ce qu'elle pensait être un professionnel. Elle s'est sentie salie. Il a trouvé un moyen d'avoir des corps sous la main", conclut la robe noire.
"Il s'agit d'une agression sexuelle par surprise"
De son côté, le parquet trouve "des similitudes entre les deux victimes, ce n'est pas anodin". La procureure ajoute qu'il "s'agit d'une agression sexuelle par surprise", estimant que "ses explications ne sont vraiment pas claires. On veut nous faire croire que le genou au niveau du sexe permet de guérir la colonne vertébrale. Ça fait deux fois sur deux personnes différentes, ça commence à faire beaucoup", conclut la magistrate qui requiert une peine de 2 ans de prison avec sursis probatoire, une inscription au fichier des délinquants sexuels et l'interdiction d'exercer la profession de masseur.
"On a rouvert un dossier classé alors qu'il n'y avait pas de nouvel élément le concernant", estime en défense Me Devaguy Mardaye. "On donne du crédit aux deux dossiers grâce à cette procédure qui n'aurait pas eu de sens si le premier dossier avait été classé. Il n'y a pas d'intention caractérisée, ce n'était pas une volonté de sa part. Vous allez devoir juger s'il y a eu intention", plaide la robe noire qui demande la relaxe de son client.
Après délibération, le tribunal condamne le "masseur" à dix mois de prison avec sursis probatoire comportant une obligation de soins, l'inscription au fichier des auteurs d'infractions à caractère sexuel et prononce l'interdiction d'exercer l'activité de masseur pour une durée de trois ans.


