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Le futur gouvernement de Michel Barnier va-t-il imploser ?

Contrairement à ce qu’on a d’abord cru hier soir, le feuilleton de la nomination des ministres du gouvernement Barnier n’est pas terminé. On avait cru dans la soirée d’hier que l’on assistait à l’épilogue du feuilleton politique qui nous tient en haleine depuis deux mois et que la France allait enfin se mettre au travail. Il n’en est rien. Ce n’était qu’un énième épisode, même si l’on a conscience que l’on approche de la fin.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le vendredi 20 septembre 2024 à 18H34
Michel Barnier

 

 

Tout d’abord, rappelons-nous que le Premier ministre propose une liste de noms mais que c’est le président de la République qui les nomme. "Sur proposition du Premier ministre", nous dit la Constitution.

Michel Barnier a donc soumis à Emmanuel Macron une liste de 38 ministres, autant d'hommes que de femmes. 16 ministres devraient l'être de plein exercice, parmi lesquels sept macronistes, trois issus des Républicains, deux du MoDem, un d'Horizons, le parti d'Edouard Philippe, ou encore un du parti centriste UDI.

Deux noms de ministres posent problème

Parmi les trois ministres issus de la droite se trouvent Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, qui devrait être nommé au ministère de l’intérieur et la sénatrice Laurence Garnier, pressentie pour occuper le portefeuille de la famille.

Contraint à une cohabitation qui ne dit pas son nom, ce n’est pas le rôle du président de la République de rayer un nom. Tout juste peut-il attirer l’attention du Premier ministre sur des noms qui pourraient poser problème.

Et c’est apparemment ce qu’il a fait concernant au moins la sénatrice Laurence Garnier, laquelle était opposée au mariage pour tous et à l’inscription de la liberté de recourir à l’avortement dans la Constitution, alors qu’elle est pressentie pour prendre le ministère de la famille.

Son éventuelle nomination a surtout fait réagir les partis politiques. A gauche, ce qui est normal, mais aussi au sein même de la majorité présidentielle. Les 33 députés du MODEM sont actuellement en réunion de crise. D’après ce qui en a d’ores et déjà filtré, 80% d’entre eux seraient opposés à une participation de leur parti au gouvernement.

Mais il n'y a pas que du côté du MoDem que la perspective de voir les LR Bruno Retailleau et Laurence Garnier rejoindre le gouvernement suscite des crispations. Le député macroniste Ludovic Mendes a par exemple publié sur X : "Après tout le travail que nous avons accompli sur le plan sociétal, Laurence Garnier et Bruno Retailleau au gouvernement, c'est NON !". "Ce serait faire un énorme pas en arrière sur tous les progrès que nous avons accomplis jusqu’à présent", voyant en eux l'incarnation d'une "vieille droite française". "C'est la vieille France, dans la manière dont on parle des sujets sociétaux", assène-t-il.

Ce qui ne manque pas d’inquiéter certains. Jean-Louis Bourlanges par exemple, qui est président du groupe MODEM de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, "adjure ses amis (du MODEM, NDLR) de surmonter leurs réserves". La solution, selon lui, pourrait être que le "président de la République modifie à la marge certaines des propositions qui lui ont été faites par le Premier ministre, mais la situation politique, financière et internationale du pays est trop sérieuse pour que les partisans d’une France libérale, sociale et européenne, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, refusent de prendre ensemble toutes leurs responsabilités".

L’éventuelle nomination de Bruno Retailleau et Laurence Garnier ne fait de renforcer l’inquiétude d’une dérive trop "à la droite de la droite" du futur gouvernement Barnier. Les pressentis ministres LR y seraient en position de force avec 7 ministres de plein exercice, plus que ne le laissait espérer leur score de 6% aux dernières législatives.

C’est ce qui explique apparemment en partie les oppositions jusqu'à hier soir des patrons de partis macronistes, Gabriel Attal, Edouard Philippe ou Laurent Wauquiez. Ils sont d’autant plus inquiets que nombre de leurs députés et de leurs adhérents sont en fait des anciens des Républicains. Le fait que ce soit un Républicain qui soit Premier ministre ne risque-t-il pas de faire voler en éclats leurs partis et n’incitera-t-il pas tous ces transfuges à retourner au bercail ? Ce qui marquerait la fin de la Macronie et des espoirs de présidentielle de quelques-uns…

On devrait en savoir plus d’ici la fin de la journée. Quoi qu’il en soit, alors que l’on pensait un moment que l’annonce officielle du gouvernement pourrait survenir ce soir, Matignon a fait savoir que ce ne serait pas le cas et maintenu l’échéance de la fin de la semaine.

Le piège se referme sur Jordan Bardella

Parlons maintenant d’un sujet que j’ai déjà évoqué hier et qui risque de prendre de l’ampleur dans les jours qui viennent.

Je résume. Vous savez qu’une cinquantaine de responsables du Rassemblement national doit comparaitre à partir du 30 septembre en correctionnelle. Dont Marine Le Pen et son père Jean-Marie. On leur reproche des faits des détournements de fonds, concrètement d’avoir "de manière concertée et délibérée" mis en place, entre 2004 et 2016, un "système de détournement" des enveloppes (21.000 euros mensuels) allouées par l’Union européenne à chaque député pour rémunérer des assistants parlementaires. Ces derniers auraient en fait travaillé entièrement ou partiellement pour le RN, lui permettant ainsi d’économiser les salaires de ses cadres.

Le Parlement européen, partie civile, avait évalué en 2018 son préjudice à 6,8 millions d’euros pour les années 2009 à 2017.

Miraculeusement, Jordan Bardella ne figurera pas parmi les prévenus. Il avait pourtant été pendant 6 mois attaché parlementaire d’un député européen RN.

Il a toujours nié avoir bénéficié d’un emploi fictif et avait produit des preuves, selon lui, de son travail effectif.

Libération apporte les preuves de la fabrication des fausses preuves par Jordan Bardella 

Le journal Libération de ce matin vient mettre à mal cette version en publiant un certain nombre de preuves qui semblent irréfutables.

Selon lui, "un agenda 2015 a été livré au siège du Rassemblement national en 2018, puis rempli à la main par Jordan Bardella, dans le but de lui fabriquer de fausses preuves du travail qu’il n’a semble-t-il jamais effectué à l’époque où il était l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Jean-François Jalkh".

Alors que son nom est cité en 2017 par l’avocat du Parlement européen parmi les assistants ayant eu "des activités incompatibles avec leur contrat d’assistance parlementaire", les équipes de Jean-François Jalkh auraient selon le journal préparé un dossier de fausses preuves de travail pour Jordan Bardella, au cas où son ancien employeur serait interrogé sur l’activité de cet ex-assistant parlementaire fictif.

Ce qui arrivera le 6 juillet 2021, nous dit Libé. "Ce jour-là, Jean-François Jalkh est entendu par les juges et affirme disposer de 'tous les justificatifs du travail effectué par Bardella, notamment ses revues de presse papier'".

Selon Libération, on y retrouve bien l’écriture de Jordan Bardella, mais ces écrits auraient en réalité été réalisés en 2018, et antidatés.

Un agenda acheté et annoté trois ans après la fin de son contrat

Libération affirme que Jordan Bardella a fabriqué d’autres fausses preuves de travail. Selon le journal, "un membre de l’équipe de Jean-François Jalkh a commandé sur Internet un agenda calendrier 2015 blanc et bleu (…). Sur celui-ci, Jordan Bardella a gribouillé de façon sommaire quelques événements liés au mandat de Jean-François Jalkh entre février 2015 et juin de la même année, de l’époque où il était son assistant parlementaire local. (…). Pour faire croire qu’il suivait son agenda ou l’accompagnait à des événements. Son écriture y apparaît sur douze pages""On lui a dicté ce qu’il fallait mettre dans l’agenda, raconte une source proche de l’eurodéputé à l’époque" au journal.

Libération a aussi pris connaissance du bon de commande du calendrier. Il indique que l’agenda a été acheté sur un site allemand de vente en ligne de livres d’occasion le 15 mai 2018, avant d’être livré au siège du Rassemblement national. Selon plusieurs témoignages, il est alors remis à Jordan Bardella, presque trois ans, jour pour jour, après la fin de son contrat d’assistant parlementaire.

Gageons que nous réentendrons parler de ce fameux agenda dans les semaines à venir.

Etiquettes : Le podcast de Pierrot

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