Revenir à la rubrique : Faits divers

Le cadre de SFR vole des centaines de téléphones pour flamber au jeu

Ecrit par Eric Lainé – le samedi 27 septembre 2025 à 08H09

Ce mardi, un ancien cadre de SFR a été condamné à une peine de 360 jours-amende à 100 euros pour escroquerie. De 2019 à 2022, ce joueur compulsif est soupçonné d’avoir détourné pas moins de 427 téléphones pour un montant de 591.378 euros.

A la fin de l’année 2022, une employée des ressources humaines de l'opérateur de télécommunications SFR (Société Française du Radiotéléphone) effectue une formation en comptabilité. Elle se pique au jeu au point d’effectuer un petit contrôle de routine quant aux entrées et aux sorties de téléphones dans l’entreprise. C’est ainsi qu’elle découvre que des téléphones, dont la vente a été annulée, ne réintègrent pas toujours les stocks.

Mieux encore, de faux contrats sont établis au nom de vraies sociétés. Une fois livrés, ils sont réclamés sous couvert d’une erreur d’aiguillage avant qu’il ne soit procédé à l’annulation des factures. Et le tour est joué. En épluchant la liste des téléphones ainsi portés disparus, SFR s’aperçoit que le vendeur est toujours le même. Alain A. ne tarde pas à faire l’objet d’une mesure de licenciement tandis qu’une plainte pour escroquerie est déposée.

"De 80 à 100.000 euros de téléphone en deux ans et demi"

Les gendarmes retrouvent la trace de plusieurs receleurs auprès de qui le cadre de SFR a écoulé sa précieuse marchandise au fil des années. Car si la période de prévention s’étale de septembre 2019 à juin 2022, le petit manège a débuté dans le courant de l’année 2015. Tony C., 47 ans, est l’un des premiers clients d’Alain A. Il a reconnu avoir acquis "une quarantaine de téléphones pour au moins 15.000 euros". Souvent, il récupère les appareils encore sous blister lors de rendez-vous chez Atlas avec Sandrine, l’épouse d’Alain A.

Surtout, Tony C. met dans la boucle Benjamin D., 39 ans. Ce dernier est persuadé qu’il tient un bon filon. Il lui prend deux appareils par mois en 2019-2020 pour finir à 15 par mois en 2022. A la barre, Benjamin D. baisse le curseur à 5-6 téléphones par mois. Quand le prix d’un iPhone 13 pro s’affiche à 1.100 euros, il le touche à 950 euros, payés cash. Il avoue n’avoir « pas de chiffre » à donner mais il reconnaît "peut-être avoir acheté de 80.000 à 100.000 euros de téléphone en deux ans et demi".

"C’était juste pour avoir de l’argent facile"

Benjamin D. les écoule un peu partout, "chez Cash Converter, auprès de particuliers et chez Allo.com avec des factures". Mais il assure avoir été receleur à l’insu de son plein gré, persuadé que "le cadre haut placé chez SFR" avait des prix. Le patron d’Allo.com, chez qui Benjamin D. revend l’essentiel des téléphones détournés, prenait une commission de 50%. A la barre, Shamir D., 43 ans, n’a pas la mémoire des chiffres et puis, à l’époque, il n’avait "pas de registre de contrôle des stocks". Il confirme seulement avoir partagé les bénéfices avec son ami Benjamin D. Fifty-fifty.

Alain A. reconnaît "au moins une centaine de téléphones détournés". «SFR parle de 427", rappelle le président Vincent Dufour. "Je n’ai pas tenu de comptabilité", rétorque l’ancien cadre. Comment a-t-il dépensé tout cet argent sachant qu’il pouvait doubler son salaire en revendant sous le manteau quatre téléphones par mois à 1.000 euros ? « Les sorties, les restaurants et les jeux d’argent… », énumère Alain A. « Il n'y a pas eu d’enrichissement. C’était juste pour avoir de l’argent facile. Avec cette addiction, je passais des nuits blanches à jouer sur mon téléphone… », complète-t-il.

Un mode opératoire dépeint comme « enfantin »

Le substitut Antoine Tur débute son réquisitoire en prenant une citation dans la palette de Léonard de Vinci : « La simplicité est la sophistication suprême. » Une manière pour lui de souligner un mode opératoire qu’il dépeint comme « enfantin » de la part d'Alain A., poursuivi pour escroquerie. Un délit constitué au terme de « plusieurs manœuvres frauduleuses comme les fausses commandes, la dissimulation des annulations et l’absence de remise en stock des téléphones ».

Le magistrat impute l’ensemble des téléphones volés à Alain A. car il est « le seul chez SFR à faire ce type de manœuvres ».  Il fait le choix de le taper au portefeuille à raison de 360 jours amende à 100 euros. « Les quatre autres en ont profité contre de petits profits », poursuit le substitut du procureur. Il requiert entre quatre et six mois de prison avec sursis et de 5.000 à 20.000 euros d’amende à leur encontre suivant leur degré d’implication.

« Une comptabilité déficiente et un inventaire troué comme un gruyère »

D’entrée de jeu, Me Jean-Jacques Morel, en défense de Tony C., met un tacle au « téléphoniste qui vend des dizaines de milliers de téléphones SFR en tenant une comptabilité déficiente et un inventaire troué comme un gruyère ». Une manière de dire que SFR a laissé le ver dans le fruit pendant sept longues années, permettant aux téléphones de sortir. « Face à la faiblesse des contrôles, cela revient à être un oiseau pour le chat », illustre l’avocat.

Me Morel plaide pour que son client ait une sanction pécuniaire plus douce, totalement assortie du sursis. Il rappelle que si la société SFR n’est pas assise sur le banc des parties civiles, « c’est que son assurance a procédé à son indemnisation ». L’avocat a convaincu puisque Tony C. a écopé de quatre mois de prison avec sursis et de 5.000 euros d’amende également assortis d’un sursis.

« Il est le receleur d’un receleur »

Pour Me Farid Issé-Ali, « la vérité pure et simple est rarement pure et jamais simple ». En citant Oscar Wilde, l’avocat de Benjamin D. espère démontrer que les apparences sont parfois trompeuses. Ainsi, il rappelle que les téléphones n’étaient pas proposés à vil prix de la part de celui qui était présenté comme un haut cadre de SFR. Raison pour laquelle son client a toujours soutenu qu’il avait été longtemps dupé avant de découvrir que « les téléphones n’étaient pas chrétiens ». Et de préciser qu’il est allé au contact des enquêteurs en devançant l’appel.

Concernant Shamir D., le patron de Allo.com, Me Issé-Ali plaide la relaxe au bénéfice du doute. « Il est le receleur d’un receleur, le dindon de la farce, il doit donc être déconnecté du dossier. » Benjamin D. est finalement condamné à six mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende tandis que Shamir D. écope de six mois de prison avec sursis et de 10.000 euros d’amende.

« Il a succombé à une addiction au jeu »

Me Jean-Pierre Lionnet explique que Alain A. « a succombé à une addiction au jeu qui ne se contrôle pas facilement ». Il rappelle aussi qu’il « a assumé sa sanction, la honte et le soulagement d’être découvert comme tous les joueurs addicts ». L’avocat plaide « pour une peine la plus juste possible en tenant compte de l’incertitude quant au nombre de téléphones détournés ».

Il dit un mot sur l’épouse, absente, qui « a participé de façon anecdotique ». Mais le tribunal ne bouge pas d’un iota. Alain A. est bien condamné à 360 jours amende à 100 euros. Soit 36.000 euros, sachant que chaque jour non réglé serait transformé en jour de détention. Quant à Sandrine A., elle est condamnée à quatre mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende.

Etiquettes : escroquerie | SFR

Dans la même rubrique

0💬
Tri :