Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "un président ne devrait pas dire çà"

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La publication par le quotidien Le Monde (du 20 au 23 décembre ) d’une enquête en quatre volets consacrée à la présidence Macron révèle les dessous de sept années d’un pouvoir commencé dans l’euphorie de la start-up nation et qui pourrait se terminer par une jacquerie parlementaire. À la lecture du « grand quotidien du soir », on découvre que le Jupiter des premiers mois de mandat dissimulait un personnage digne des brèves de comptoir.
Dans l’édition du 20 décembre, Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach racontent que l’Élysée aurait baptisé Matignon « La cage aux folles », au moment où Gabriel Atal, premier “premier ministre” ouvertement gay, occupait les lieux.
À l’automne 2023, Emmanuel Macron est en réunion de travail avec Aurélien Rousseau, alors ministre de la Santé. Ils évoquent les difficultés de l’hôpital public et l’Aide Médicale d’État que la droite souhaite supprimer. S’en suit un dialogue surréaliste :
- Emmanuel Macron : « Le problème des urgences dans ce pays, c’est que c’est rempli de Mamadou. »
- Aurélien Rousseau : « Non, ce n’est pas le premier problème de l’hôpital. »
- Emmanuel Macron : « Si, si. Vas-y, tu vas voir ! » (Le Monde, 21 décembre 2024, p. 21)
En octobre 2019, le président de la République avait choisi le très très droitier magazine Valeurs actuelles pour parler des problèmes d’immigration. Comme le rappellent les journalistes du Monde, l’hebdomadaire avait été condamné en 2015 pour « provocation à la haine raciale » ; il le sera une deuxième fois en 2024 pour « injure publique à caractère raciste ». Le choix macronien pose donc question.
En réponse à une question, Emmanuel Macron utilise le terme (quelque peu connoté) de « rabzouz » pour parler des Français d’origine maghrébine. Ce qualificatif a été caviardé par les conseillers de l’Élysée et ne figure plus dans la version publiée du journal.
Dernier acte (jusqu’à la prochaine sortie du président) : en déplacement à Mayotte, après le passage dévastateur du cyclone Chido, Emmanuel Macron lance à une foule, à juste titre en colère : « Vous êtes contents d’être en France ! Car si ce n’était pas la France, vous seriez 10 000 fois plus dans la merde. »
Trois petites dernières pour la route :
- 11 octobre 2013 : les abattoirs Gad (Finistère) viennent de fermer, provoquant des licenciements massifs. Le ministre de l’Économie, un certain Macron Emmanuel, fustige les salariés qui viennent de perdre leur emploi, « une majorité de femmes », « pour beaucoup illettrées » à qui on ne peut pas demander « d'aller travailler à 50 ou 60 km » faute de permis de conduire.
- 3 juin 2017 : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien ! »
- 15 septembre 2018 : « Je traverse la rue et je vous en trouve [du travail] »
Qu’un homme ou une femme politique ait son franc-parler et veuille rompre avec la langue de bois dont sont coutumiers nos élus(e), tout le monde peut le comprendre et sans doute l’admettre. Qu’il affiche un tel mépris de classe, que sa parole soit teintée d’un racisme qui fleure bon la colonie, non !
Décidément, un président ne devrait pas dire çà !
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