Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Mayotte en sous-France"

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Depuis 2016 où l’expression « sous-France » apparaît sous la plume de Mahamoud Azihary (Mayotte en sous-France. Mensonges et manipulations d'État au service des intérêts des amis de l'Entre-Soi, L’Harmattan), on ne compte plus les occurrences de cette formule, sous la plume de journalistes, d’essayistes, de politistes.
En avril 2018, Patrick Roger posait, dans son article du Monde un constat accablant et toujours d’actualité six ans plus tard : « Les Mahorais attendent des réponses fortes, que l'État s'avère incapable de leur apporter ».
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L’année suivante, Laurent Decloitre, évoquant le Contrat de convergence et de transformation 2019-2022 pour Mayotte, donnait la parole à Estelle Youssoufa (à l’époque militante au sein du Collectif des citoyens de Mayotte) : « On est français depuis 1841 et on devrait applaudir parce qu'on va enfin nous donner l'eau potable ! »
En 2023, le médecin et photographe Bastien Doudaine publiait un reportage titré « Mayotte en sous-France » qui mettait en évidence les difficultés d’un système de santé qui « ne parvient pas à répondre aux besoins de soins d'une population dont 77% vit sous le seuil de pauvreté ». Sa conclusion était sans équivoque : « Ce documentaire photographique explore les enjeux de santé des plus précaires, sur une île française où la législation nationale n'a qu'une existence partielle. Comme une France à deux vitesses, ici l'accès aux soins pour tous n'est pas une réalité. »
« Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »
Il semblerait que nos gouvernants, depuis des décennies, n’aient pas lu saint Matthieu. Puisque ils étaient les seuls à être sourds et aveugles à la situation du 101e département français.
Toujours est-il que le cyclone Chido semble avoir agi comme un révélateur, obligeant les plus hautes autorités de l’État à rendre des comptes à une population livrée à elle-même. Même si, comme le disait feu Charles Pasqua, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Et les faits récents laissent peu de place à l’optimisme. Quatre jours après sa nomination à Matignon, François Bayrou oublie d’assister à une cellule de crise à l’Élysée pour diriger le conseil municipal de Pau. La Corrèze avant le Zambèze ?
Le lendemain, à l’Assemblée nationale, s’exprimant sur la situation de Mayotte, il explique laborieusement que le chef de l’état et le premier ministre ne peuvent pas quitter « en même temps le territoire national ». Qu’aurait pensé le docteur Freud de cette déclaration ?
Mais de quoi Mayotte est-il aujourd’hui le nom ?
Le fruit d’une « décolonisation inachevée », comme le pense Ahmed Ali Abdallah, enseignant chercheur en droit public à l’Institut National Universitaire de Mayotte et auteur d’un Statut juridique de Mayotte (L'Harmattan, 2014) ?
Ou bien un territoire pour lequel « le droit international, sur le fondement duquel les revendications comoriennes tirent leur légitimité, n'offre pas une réponse convaincante à la situation de Mayotte », selon Thomas M'Saïdié, maître de conférences au même institut universitaire ?
Toujours est-il qu’en ce 24 décembre, des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, sans eau, sans électricité, sans nourriture, attendent certes une réponse rapide et forte à la situation d’urgence qui est la leur. Mais surtout des perspectives d’avenir et non un bricolage politique qui laisse la porte grande ouverte à tous les populismes.


