Revenir à la rubrique : Société

Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « Save the date »

Retrouvez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab consacré à l'inondation de mots anglais dans l'usage commun.
Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le dimanche 3 novembre 2024 à 09H22

« Save the date ». « Cake wedding ». « Checker ses mails ». « Community Manager ». « Street Art ». « Business Model ». « Sneakers ». « Smartphone ». « Followers ». « Deadline». « Challenger », etc.

Lire aussi : Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « Sortir du binaire »

Je n’en peux plus de cette pseudo-modernité qui doit obligatoirement se manifester par un usage immodéré, absurde et ridicule du “globish”, cette langue anglaise lexicalement pauvre (1500 mots) et grammaticalement réduite à sa plus simple expression.

« Les mots sont les amours de ma vie », écrivait Bernard Pivot dans Les Mots de ma vie. Par cette formule, l’animateur d’« Apostrophes » et de « Bouillon de culture », disparu en mai 2024, faisait l’éloge d’une langue riche, truculente, exubérante, où cohabitent des mots beaux, amusants, classiques, désuets, modernes, bizarres. Tout le contraire du “Global English” dont l’indigence saute aux yeux.

Nos cousins québécois qui, eux, savent ce qu’est être une île francophone dans un océan anglophone font, à bon escient, la chasse au “franglais”. Contrairement à nous qui, comme des papillons aveuglés par la lumière, volons, sans âme ni conscience, vers une modernité trompeuse.

Il ne s’agit pas de sombrer dans une nostalgie réactionnaire (« c’était mieux avant ! ») qui n’est pas de mise à l’heure d’une mondialisation culturelle bénéfique, si elle est bien comprise.

Il s’agit de prendre conscience que nous sommes engagés dans une bataille linguistique qui va bien au-delà d’une simple joute lexicale. Dire « tree », « arbre », « chajar » ou « pié d’bwa », ce n’est pas seulement désigner une même chose de manières différentes. Toute langue véhicule une vision du monde. Penser son environnement dans la langue de l’Autre, au détriment de son propre langage, c’est appréhender, voir, réfléchir avec les yeux, le cerveau d’un autre qui vous dit quoi et comment croire.

Vous me rétorquerez, avec la sagacité et la promptitude d’esprit qui caractérise les lecteurs de Zinfos que parler plusieurs langues est une richesse dont il serait stupide de se priver. Mais l’usage désordonné du “globish” dont nous sommes les témoins n’a rien à voir avec un bilinguisme maîtrisé. C’est un sabir qui malmène aussi bien la langue française que la langue anglaise.

Alors, au lieu de patauger dans un “gloubi-boulga” linguistique qui ne fait qu’afficher la prétention et la superficialité des locuteurs, apprenons réellement des langues étrangères. Parlons réellement anglais, allemand, espagnol, chinois, hindi, arabe, etc. C’est la seule voie pour nous ouvrir au monde.

Autrement, nous aurons des générations d’analphabètes bilingues.

Mohamed Aït-Aarab

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

Dans la même rubrique

0💬
Tri :