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Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Sortir du binaire"

Retrouvez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab consacré au conflit israélo-palestinien.
Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le samedi 26 octobre 2024 à 19H09

« Nous vivons dans le monde […] des idées absolues et des messianismes sans nuances. Nous étouffons parmi les gens qui pensent avoir absolument raison. » Albert Camus

Comment se déclarer en faveur d’un État palestinien sans être aussitôt qualifié de terroriste ?

Comment défendre le droit d’Israël à vivre dans la paix et la sécurité sans se voir soupçonné d’adhésion au sionisme ?

Si vous rejetez le Hamas et ses violences barbares, vous trahissez la sainte cause palestinienne (dont les pays arabes, d’ailleurs, se moquent comme de leurs premières promesses).

Si vous affirmez que Netanyahou, Ben Gvir et Smotrich sont des intégristes qui appliquent, à Gaza, une politique de la famine, vous êtes incontestablement antisémite.

L’heure n’est plus à la nuance.

L’Autre - le Juif, le Palestinien - doit être jeté à la mer, massacré, violé, affamé, bombardé, égorgé, pour qu’Eretz Israël ou la Palestine arabe, de la Méditerranée au Jourdain, voit le jour. Nettoyé, purifié, débarrassé de la présence insupportable du dissemblable, de l’étranger à cette terre.

Quand deux intégrismes s’affrontent, aucune issue n’est envisageable, et ce jusqu’à l’effondrement final des adversaires.

Tous les intégrismes, politiques ou religieux, fonctionnent par nature, sur une vision manichéenne, binaire, du monde. Nous / Eux. Le Bien / Le Mal. La Lumière / L’Obscurité. La Vérité / Le Mensonge.

Et comme nous sommes en présence de deux messianismes, chacun est persuadé que Dieu lutte à ses côtés, contre les infidèles, les mécréants, les animaux.

Il faut en finir avec ces assignations idéologiques, ethniques, qui annihilent toute réflexion, toute pensée critique, toute possibilité de débat. Ces assignations qui nous somment de rejoindre tel ou tel camp parce que l’on s’appelle Ibrahim ou David, Abraham ou Daoud.

Ayons « le courage de la nuance », comme le souhaitait Jean Birnbaum dans un essai de 2021. Courage qui consiste notamment à accepter de regarder l’Autre, à le considérer dans son humanité et non pas à le réifier, voire à l’invisibiliser.

Avoir le courage de la nuance, c’est refuser l’enfermement dans la spirale de la haine, celle des doctrinaires ancrés dans leurs certitudes comme celle des intellectuels organiques dévoués à la main qui les nourrit.

Avoir le courage de la nuance, c’est rester fidèle à la nécessité du doute.

Avoir le courage de la nuance, c’est employer le mot juste et refuser toute novlangue falsificatrice des faits et de la réalité.

Avoir le courage de la nuance, c’est faire le pas de côté qui permet de sortir des rails de la bien-pensance mensongère.

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

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