Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : "n'ayons pas la mémoire courte !"

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :
"Il est toujours joli, le temps passé
Une fois qu'ils ont cassé leur pipe
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
Les morts sont tous des braves types."
Ainsi chantait, non sans malice, tonton Georges en 1961.
Au nom de cette morale, il faudrait donc oublier les torts subis, les insultes crachées à notre visage, le mépris, le racisme…
Madame Bardot est morte. Que la terre lui soit légère !
Mais pour ma part je n’oublie pas les propos par elle tenus, à l’encontre des Réunionnais et des Réunionnaises.
Rappel des faits. Nous sommes en mars 2019. Madame Bardot se fend d’un courrier au préfet de Région. Elle y qualifie La Réunion d’"île du diable", dénonçant les "fêtes indiennes Tamoul avec décapitations de chèvres et boucs en offrande à leurs Dieux et dont les abats jetés à la mer attirent les requins".
Les Réunionnais deviennent sous sa plume une « population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches ».
Quelques lignes plus loin, elle évoque des "autochtones [qui] ont gardé leurs gênes de sauvages", vivant avec "des réminiscences de cannibalisme des siècles passés".
Et l’on pourrait oublier de tels propos ? Et l’on pourrait s’associer au chœur des pleureuses qui se lamentent sur la disparition d’une icône française ?
"La vieillesse est un naufrage", écrivait Charles de Gaulle, évoquant, dans ses Mémoires de guerre, Philippe Pétain. Dans le cas de Madame Bardot, la chute est spectaculaire. Après avoir été la Marianne des années 1960, autrement dit l’incarnation des valeurs de la République française héritées du siècle des Lumières, elle prend le contrepied de ces mêmes valeurs en multipliant les déclarations xénophobes. Quand elle ne déclare pas son admiration pour ce grand samaritain qu’est Vladimir Poutine - "Je lui trouve beaucoup d’humanité", déclare-t-elle en 2013 -, elle envisage de prendre la nationalité russe !
Entre 1997 et 2008, madame Bardot est régulièrement condamnée par les tribunaux pour incitation à la haine raciale.
Ce dimanche 27 décembre 2025, ce n’est pas seulement l’actrice que Jean-Luc Godard avait révélée en 1963 dans son film Le Mépris qui disparait. C’est aussi une femme qui véhiculait une vision réactionnaire, raciste, homophobe, de la société.
On peut néanmoins porter au crédit de Madame Bardot sa franchise décomplexée. Elle, au moins, n’avançait pas masquée.
Pour le reste, sa disparition reste pour moi un non-événement.


