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Le Billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Le grand zembrocal de M. Retailleau"

Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le vendredi 6 juin 2025 à 13H15

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab.

Islam, islamisme, frérisme, salafisme, intégrisme, radicalisme djihadisme, etc.… Tout cela semble composer un joyeux zembrocal dans l’esprit de M. Retailleau. Pourtant, en tant que ministre de l’Intérieur et des Cultes, les subtiles différences entre tous ces termes devraient lui être familières. À moins que d’autres considérations – plus bassement politiciennes - n’entrent en ligne de compte.

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Rappel des épisodes précédents.

Le 21 mai, Emmanuel Macron préside un Conseil de Sécurité. À l’ordre du jour, le rapport commandé par Gérald Darmanin, ex-patron de la police, et consacré à l’entrisme des Frères Musulmans, confrérie égyptienne fondée en 1928 par Hassan Al-Bana, le grand-père de … Tarik Ramadan. Comme le monde est petit !

Mais la veille, Bruno Retailleau a fait fuiter ledit rapport dans la presse, suscitant le courroux présidentiel.

Ce qui est intéressant dans cette histoire – et en dit long sur le rapport actuel de la société française à l’islam – est le contenu de ce document intitulé « Frères Musulmans et islamisme politique en France ». La première partie rappelle le contexte de la fondation de la confrérie dans une Égypte sous domination britannique. La deuxième partie explique sa perte d’influence dans une très grande partie du monde arabo-musulman. Les Frères Musulmans sont, en effet, aujourd’hui une structure vieillissante dont les dirigeants sont davantage en quête de notabilité (sans oublier leur participation au lucratif bizness du marché halal) que désireux d’imposer la chari’a à l’ensemble de la société française.

Et c’est là que le ministre des cultes se prend les pieds dans le tapis de prière : car la conclusion du rapport est sans ambiguïté. Nulle menace de grand remplacement théologique ne plane sur la République : « Dans ce contexte, “Musulmans de France” [la structure qui sert de faux-nez hexagonal aux Frères] ressemble davantage à un réseau réticulaire de solidarité entre baronnies locales qu’à une structure de commandement orientée par une idéologie rigide, d’autant que ses cadres vieillissants semblent à la peine pour assurer la relève générationnelle. Aucun document récent ne démontre la volonté de “Musulmans de France” d’établir un état islamique en France ou d’y faire appliquer la charia. » (p. 66 du rapport).

Que le ministre de l’Intérieur et des cultes veuille s’attaquer au radicalisme, à l’intégrisme, personne ne lui jettera la première pierre. Et surtout pas moi ! Mais qu’il confonde sciemment, pour des motifs bassement électoralistes, une religion dont la vocation, comme toutes les religions, est l’élévation spirituelle, et son instrumentalisation à des fins politiques, est tout simplement inacceptable. Les vigies de la République, si elles ne se sont pas assoupies, se doivent d’alerter les citoyens sur cette manipulation grossière.

Les Français – de confession ou de culture musulmanes – ne peuvent plus être sans cesse l’objet d’injonctions paradoxales.

Qu’ils se taisent et on les somme de s’exprimer car leur silence devient symptôme d’un refus d’intégrer la communauté nationale.

Qu’ils s’engagent – syndicalement, politiquement – et prennent part à la vie de la cité, ils sont accusés d’entrisme.

Et moi qui pensais être un bon citoyen, fier de la République et de ses valeurs, ne serai-je pas, à l’insu de mon plein gré, membre d’une introuvable cinquième colonne ?

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