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Le Billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « La bibliothécaire de Gaza »

Ecrit par N.P. – le samedi 16 août 2025 à 07H03

En ces temps déraisonnables, certains livres redonnent foi en l’humanité. Ainsi en est-il de La Bibliothécaire d’Auschwitz publié par le journaliste et écrivain espagnol Antonio González Iturbe.

Le récit retrace le parcours de Dita Kraus, une jeune fille de 14 ans, internée avec sa famille, en 1943, au camp d’Auschwitz-Birkenau. Elle y fait la rencontre de Freddy Hirsch, un éducateur juif, qui lui confie la mission périlleuse de conserver huit livres (un atlas de géographie, un manuel de géométrie, quelques romans) que les prisonniers avaient réussi à dissimuler aux gardiens. Au péril de sa vie, elle accepte de cacher et de protéger cet inestimable trésor. Elle deviendra ainsi « la bibliothécaire d’Auschwitz ».

Dita Kraus et tous les autres prisonniers avaient compris que, face à la barbarie, à l’entreprise de déshumanisation systémique et planifiée jusque dans ses moindres détails, là où l’on asservissait l’Homme, là où l’on projetait d’anéantir l’Humanité, un livre pouvait être un symbole d’espérance. Espérance et foi en la vie, en la transmission.

Protéger les livres, les cacher, en prendre soin, les lire et les relire jusqu’à les connaître par cœur, devenait une forme de lutte singulière contre la volonté mortifère des nazis. C’était la victoire des Lumières contre les ténèbres.

Je me plais à espérer qu’aujourd’hui, à Gaza, quelque part au milieu des ruines et de la désolation, au milieu des décombres et de la souffrance infinie, torturée par la faim, la soif et la peur, une petite fille a pour dernier trésor un livre qu’elle serre précieusement contre elle, qu’elle lit et relit, dont elle fait la lecture à ses petits frères et sœurs. Pour les rassurer, les distraire, les emporter loin de l’enfer. Le temps d’un conte d’Aladin et de sa lampe merveilleuse. Ou d’un poème de Mahmoud Darwisch : « Vous, qui vous tenez sur les seuils, sortez de nos matins / Et nous serons rassurés d’être comme vous, des humains ! »

Lire, réciter, conter, pour ne pas se résigner à perdre l’humanité qui vacille, mais survit en elle, qui tremble mais s’accroche à chaque seconde de son existence volée. La lueur d’humanité qui bat au rythme de son petit cœur affolé.

En dépit des bombardements et des déplacements imposés, des humiliations quotidiennes et de l’errance sans cesse recommencée.

En dépit des nuits sans sommeil et des journées sans pain.

En dépit du mutisme des hommes et du silence des cieux.

NB : Dita Kraus a publié en 2020 son autobiographie, Moi, Dita Kraus, la bibliothécaire d'Auschwitz, aux éditions Michel Lafon.

Mohamed Aït-Aarab

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