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Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : 2026 : annus horribilis ? 

Ecrit par N.P. – le lundi 5 janvier 2026 à 09H34

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :

Dans 1984, le célèbre roman de Georges Orwell, la société gouvernée par Big Brother obéit à trois slogans :   

  • « La guerre, c’est la paix. »
  • « La liberté, c’est l’esclavage. »
  • « L’ignorance, c’est la force. »

En 2025, nous sommes définitivement entrés dans un univers orwellien.

Les mots n’ont plus de sens. L’opinion remplace le fait. Le mensonge est généralisé. La presse est domestiquée par les puissances de l’argent. Bref, c’est le triomphe des « faits alternatifs », concept popularisé par Kellyanne Conway, conseillère à la Maison Blanche lors du premier mandat de Donald Trump.

Le quotidien britannique The Guardian avait, à l’époque, parfaitement résumé, de manière caricaturale certes, mais ô combien explicite, cette notion : 

« - Vous voyez ce cheval ? Dites-moi ce que c’est.

- C’est un cheval.

- Non, c’est un vaisseau spatial ! »

Big Brother ou Ubu ? Il est de plus en plus difficile de savoir dans quel monde nous vivons. En tout cas, ce n’est pas celui de la rationalité, de la réflexion distanciée, de l’échange apaisé de points de vue.

Et difficile de croire que 2026 échappera aux vents mauvais de la « post vérité » et des fake news.

Faire preuve d’esprit critique, utiliser sa faculté de jugement, c’est à la fois différencier et organiser le réel, c’est configurer le « commun » en partageant nos expériences sensibles (Myriam Revault d’Allonnes, La Faiblesse du vrai, Le Seuil, 2018).

À l’heure de l’IA générative et de la “tiktokisation” des esprits, à l’heure où nos intelligences sont de plus en plus malmenées par des réseaux dits sociaux, il est à craindre que la prédiction de Michel Desmurget (voir son livre de 2019, La Fabrique du crétin digital) ne devienne très vite réalité.

Alors que faut-il nous souhaiter pour 2026 ?

D’abord ne pas baisser les bras face à la désinformation érigée en stratégie, de gouvernance pour les uns, de conquête du pouvoir pour d’autres. La tentation est grande, face aux désordres du monde et au sentiment d’impuissance, de lassitude, d’injustice que l’on ressent parfois, de se placer en retrait de la société des hommes. Mais ce serait laisser le champ libre à ceux qui veulent imposer leur hégémonie culturelle, rendre les peuples impuissants à bien juger, les mettre en situation de ne plus distinguer le vrai du faux.

Souhaitons-nous donc une année 2026 qui soit celle du réveil des consciences.

Emmanuel Kant définissait les Lumières du XVIIIe siècle comme « la sortie de l'homme de sa minorité dont il est lui-même responsable ».

En 2026, ayons le courage de savoir !

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

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