Le béton tue !

La mort de Rémi Fraisse s’inscrit dans la longue tradition des violences policières françaises. Cette violence a toujours été présente depuis la naissance du monde ouvrier car elle est souvent le paroxysme de la lutte du peuple. Elle illustre aussi la tradition de la jeunesse, estudiantine ou ouvrière, éclairée, en rébellion, comme celle de Malik Houssekine en 1987 ou celle de Placide Marie-Louise, 20 ans, tué au lendemain de l’assassinat, par la troupe, d’Illmany Sérier comme l’a montré le film « Chalvet, la conquête de la dignité », diffusé au FIFAI 2014. Ce film nous a rappelé la violence extrême des forces de l’ordre de la République lorsqu’elles tiraient, au sol mais également depuis un hélicoptère, sur les manifestants Martiniquais luttant pour l’amélioration des conditions de travail et des salaires des ouvriers agricoles (14 février 1974).
La mort de Rémi Fraisse n’est pas anodine. Elle est le point culminant de la répression aveugle des forces de l’ordre au service d’un Etat aux ordres du capital (celui qui ne paie pas d’impôts) et des multinationales (idem), ces entreprises ultralibérales qui dénoncent en permanence la mainmise de l’Etat dans les affaires économiques mais n’ont de cesse de réclamer de la commande publique, des grands travaux, des routes, des barrages, des incinérateurs… payés par le contribuable. Quant au débat nauséabond sur le manque de légitimité qu’aurait cette poignée de manifestants, les mêmes que ceux de Notre-Dame-Des-landes, il n’est pas recevable dans une société façonnée par des médias corrompus aux ordres d’intérêts financiers supérieurs, pourfendeurs de tout ce qui dérange la pensée unique, celle de l’ultra-libéralisme. Où en seraient les droits des ouvriers sans le sacrifice des grévistes de Fourmies (1891) quand la troupe est venue les mitrailler avec ordre de viser les meneurs ? Ces ouvriers auraient-ils dû continuer à se taire, à subir ?
La suspension des travaux suite à la mort de Rémi Fraisse montre bien le non-sens de l’enjeu «vital» du barrage ; Les écolos, les « baba cools » des années 80 et 90 ont lutté pendant plus de 20 ans contre le projet fou d’un canal Rhin–Rhône à grand gabarit qui devait détruire à tout jamais le site géographique et historique de la Vallée du Doubs autour de Besançon, la ville des LIP, avant d’obtenir l’enterrement du projet quand une partie de la population a commencé à comprendre les risques et la casse engendrés par un tel chantier !
Qu’en est-il à la Réunion ? La violence policière a tué dans l’œuf le grondement assourdissant d’une population mise à genoux par une vie chère dont se gavent les grands groupes de la distribution. La provocation policière de 2009 dont la première grenade assourdissante a été lancée depuis la Préfecture a été le signal de la fin de la récréation. Il fallait éviter à tout prix la synergie avec le mouvement Guadeloupéen. On connait la suite, la fin de manif au Chaudron et l’emprisonnement de 11 personnes. Car ne nous leurrons pas, en ces moments difficiles pour la République Française éclaboussée par de nombreux scandales impliquant la vie politique, où le peuple ne croit plus aux discours des politiques, le maintien de l’ordre devient un enjeu capital !
La mort de Rémi Fraisse est un sérieux camouflet à ceux qui renvoient, par peur ou par mépris, l’extrême-gauche et l’extrême-droite dos à dos, car elle montre bien les formes les plus fascisantes à l’intérieur même des forces de sécurité qui gazent, matraquent et parfois tuent du «gauchiste». On se rappellera le visage tuméfié de Xavier, jeune militant qui avait sauté sur la camionnette de Marine Le Pen, après son tabassage en règle dans le panier à salade qui le ramenait à Malartic, la condamnation expresse de Robin, qui avait osé invectiver Sarkozy, alors Président de la République, par une justice, le doigt sur la couture ! La façon d’exercer le maintien de l’ordre et la justice, mais aussi le soutien inconditionnel de la hiérarchie au tueur de Rémi Fraisse est un signal fort lancé aux éléments rebelles de la «gauche véritable» française et aux moutons qui pourraient être tentés de les suivre.
Au moment où, à la Réunion, commencent les travaux pharaoniques de la NRL et que les politiques locaux , dans leur majorité, annoncent la construction « INEVITABLE » de deux incinérateurs qui pollueront à tout jamais l’air que nous respirons, faudra-t-il un nouveau sacrifice humain pour que la population comprenne ENFIN que les militants que nous sommes n’ont d’autre but que le bien-être de tous, que nous ne voulons pas de mandat, pas d’argent mais empêcher les pollueurs, les bétonneurs, les empoisonneurs de s’en mettre plein les poches sur le dos des Réunionnais et de devoir, quand ils devront se faire soigner plus tard, se rendre dans des cliniques privées, payantes, qui auront peut-être été financées par les capitaux de ces mêmes entreprises pour faire de nouveaux profits sur la santé de la population réunionnaise !
Rémi, repose en paix, NOUS, nous ne t’oublierons pas !
MONCADA974 (NPA-REUNION)


