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Laurent Virapoullé : « Le seul que les Saint-Andréens n’ont pas essayé, c’est moi »

Ecrit par Philippe Madubost – le mardi 21 octobre 2025 à 14H27
L'opposant dénonce à son tour une « brutalité de ton » de la part de Joé Bédier (archives).

À la veille d’une probable entrée en campagne, Laurent Virapoullé esquisse les contours d’un projet qu’il dit « original, novateur et transgressif » pour Saint-André. Chef d’entreprise et figure issue de la société civile, il mise sur une approche de « rassemblement », au-delà des clivages partisans. Dans cet entretien accordé à Zinfos974, il évoque ses relations avec son frère, son positionnement politique, ses relations avec le RN et les grands axes de son programme municipal.

"Saint-André est en panne"

Dès le lendemain des élections législatives de 2022, vous aviez fixé le cap des municipales. Pourquoi voulez-vous devenir maire de Saint-André ?

Parce que c’est la capitale de l’Est et qu’elle est aujourd’hui en panne.
En panne, parce que près de 500 employés communaux sont en arrêt maladie.
En panne, parce qu’il y règne un climat insurrectionnel dans certains quartiers, avec parfois des scènes de guérilla urbaine.
Beaucoup de citoyens ont été victimes de cambriolages, d’agressions et d’autres faits de délinquance.
En panne, parce qu’il n’y a pas de réel développement économique : aucune zone d’activité n’a été créée au cours des six dernières années.
En panne, enfin, parce que l’eau ne coule pas dans les robinets, malgré les promesses et les critiques.
Je pense que le temps de l’Est est venu. C’est la région qui a le plus de potentiel, parce qu’il y a encore des ressources importantes en terrains et en eau qui doivent être mieux gérées. Nous sommes proches de Saint-Denis, de l’aéroport, et nous avons une jeunesse dynamique.

« Les chefs d’entreprise doivent s’engager »

Vous ne vous présentez pas comme un politique ?

Jusqu’à présent, il est rare que des personnes issues de la société civile, et encore moins des chefs d’entreprise, prennent le risque personnel de s’engager dans l’action politique.
La plupart de mes collègues préfèrent faire profil bas, parce qu’ils ont beaucoup à perdre en s’exposant.
Mais je pense qu’il est temps qu’une personne expérimentée dans le domaine des affaires, qui a fait ses preuves, consacre son temps et son énergie à ramener la prospérité à Saint-André.
Si je me présente, c’est parce que je pense que notre programme, élaboré depuis des mois, est le meilleur, qu’il est original, transgressif et qu’il va probablement être au centre des débats.

« Je consulte toutes les forces politiques »

Donc votre décision est prise ?

Elle est très avancée. Je consulte les différentes forces politiques de Saint-André pour voir dans quelle mesure elles peuvent travailler avec nous.
C’est la raison pour laquelle je n’ai pas encore, contrairement à ce qui a été écrit, annoncé ma candidature. Je me situe dans une logique de rassemblement, et les consultations sont toujours en cours.

Laurent Virapoullé était candidat en 2022 aux législatives dans la 5 ème circonscription (archives).

« J’ai toujours tendu la main à mon frère »

Avec votre frère ?

Il est prévu que je le rencontre dans quelques jours. J’ai toujours tendu la main à mon frère, depuis les élections législatives où je l’avais appelé à me soutenir, au cours des meetings et à chaque fois que j’ai pris la parole (son frère avait, lui, soutenu Stéphane Fouassin aux législatives de 2022 NDLR).
Je sais qu’il faut donner du temps au temps, être patient, et que ce rassemblement se fera de toute façon — avant le premier tour, s’il y a des convergences suffisamment fortes, ou après le premier tour, dans l’ordre que les Saint-Andréens auront choisi.
Il n’y a rien de mieux que la démocratie pour faire avancer paisiblement les convergences.
Si on n’arrive pas à s’entendre dans l’immédiat, on peut au moins fixer des règles, une sorte de gentlemen’s agreement. Il ne s’agit pas d’être dans la compromission, mais simplement de maintenir un débat apaisé.
Je n’ai aucune raison d’agresser qui que ce soit — ni Jean-Marie, ni Bédier, ni Fruteau. Je ne parlerai que de mon programme.
Je n’ai pas d’adversaires : je présente une vision et un programme que personne d’autre ne présente. C’est, selon moi, une condition nécessaire et suffisante pour être candidat.

« Il faut toujours donner une chance à l’union »

On a l’impression que les choses ont été trop loin. Existe-t-il encore une chance de trouver un accord avec votre frère ?

Il faut toujours donner une chance à l’union et au rassemblement. Personne ne connaît le cours des événements à venir.
Est-ce que les municipales auront lieu avant les législatives ? Est-ce que ce sera l’inverse ? D’autres élections peuvent-elles avoir lieu entre-temps ?
À ce stade, on ne peut rien exclure, mais le scénario le plus probable est qu’il y ait deux listes concurrentes.

« Deux visions différentes, mais pas opposées »

Il y aura donc une “primaire Virapoullé” ?

Je ne sais pas si on peut parler de “primaire Virapoullé”, mais j’ai envie de dire que cela est sain pour la démocratie.
Si on dénonce les dynasties, si on dit qu’il ne peut y avoir de transmission de père en fils, on doit accepter que deux frères — qui peuvent d’ailleurs avoir des activités en commun (la gestion d’une SCI, NDLR) — n’aient pas tout à fait la même vision du développement économique et social de Saint-André.
Quand il y a des repas de famille le dimanche, est-ce que tout le monde pense la même chose autour de la table ?
Ce qui se passe, c’est que nous avons deux visions qui ne sont pas exactement les mêmes pour Saint-André.

Plus de 200 personnes étaient présentes ce mardi soir à une réunion organisée à Cambuston pour écouter le candidat et ses soutiens.

« Moi, je n’ai jamais été élu »

Qu’est-ce qui différencie Laurent de Jean-Marie, et inversement ?

Nous n’avons pas le même parcours. Moi, je n’ai jamais été élu, je viens du monde économique ; donc je pense que je suis à même de ramener la prospérité dans la ville, et avec elle des emplois, la sécurité et du travail pour le plus grand nombre.
Sur le plan social, je suis pour la suppression de l’octroi de mer, alors que Nouvel’R et l’ensemble de la classe politique sont pour son maintien, mis à part Trait d’union et le RN.
Après, nous ne sommes pas en désaccord sur tout : il y a des sujets de convergence, qui font qu’à terme, on puisse se rassembler si cela est possible.

« Je respecterai le verdict des urnes »

On a l’impression que la seule façon de trouver un accord serait que l’un ou l’autre fasse marche arrière…

J’arpente la ville depuis des mois, j’ai vu des centaines de personnes, et mon projet est clair.
Si d’autres veulent nous rejoindre, tant mieux. Et si mon frère considère qu’il a un projet, une histoire, un bilan et qu’il veut le porter, qui suis-je pour l’en empêcher ?
À l’inverse, il ne peut m’empêcher de porter ce en quoi je crois.

« L’union se fera dans l’ordre choisi par les électeurs »

En tout cas, de mon côté, je respecterai le verdict des urnes au premier tour et j’appelle toutes les personnes qui se réclament de notre famille politique à faire de même.
Je pense que ce serait naturel que l’union se fasse dans l’ordre choisi par les Saint-Andréens, dès lors que les programmes convergent suffisamment.
Si l’union ne se fait pas au premier tour, il y a toujours possibilité de la faire entre le premier et le deuxième tour.

Le patron du RN péi était présent ce mardi au côté de Laurent Virapoullé.

« Je crois au mandat de proximité »

Pour être maire de Saint-André, il faut avoir le goût de recevoir les gens, de passer du temps avec eux.
Je passe des heures à les écouter dans les réunions. À 50 ans, avec ma disponibilité, mes enfants sont grands et mon entreprise est arrivée à maturité, j’ai le temps de me consacrer à l’écoute.
Je ne me suis pas représenté aux législatives en 2024 alors que j’étais sollicité par la droite réunionnaise et les macronistes. Je suis resté fidèle à mon engagement pour Saint-André.
En cas de dissolution, je ne serai pas candidat à la députation.
Je pense que la clé du développement de la ville, de l’Est et même de La Réunion passe par un mandat municipal.

« Mon père se serait porté candidat »

Que pense votre père de cette situation ?

Il souhaite qu’à un moment ou à un autre, l’union se fasse pour qu’on puisse assurer les chances de victoire.
Mais je pense que s’il avait été à ma place, il se serait porté candidat.
Il a toujours été un homme de convictions et n’a jamais hésité à prendre ses responsabilités et à porter ses convictions.

En 2022, il avait reçu le soutien de son père durant la campagne des législatives (photo D.R).

« Le seul que les Saint-Andréens n’ont pas essayé, c’est moi »

Vous voulez incarner quelque chose de nouveau ?

Le seul que les Saint-Andréens n’ont pas essayé, c’est moi !
Les autres candidats ont tous été élus, maires ou adjoints ; moi, je n’ai jamais été aux responsabilités à Saint-André.

« Une liste de rassemblement sans étiquette »

Quelle sera votre étiquette ? Dans une interview à Zinfos974, le patron du RN, Jean-Jacques Morel, évoquait un possible soutien à votre candidature afin de faire “gagner la droite” et en disant partager des “valeurs communes” avec vous et d’autres candidats dans l’île ?

Ma liste sera une liste de rassemblement, sans étiquette politique.
Nous pourrons rassembler des personnalités de différents horizons : Rassemblement national, divers droite, centre gauche, gauche ou sans étiquette.
Notre seule boussole sera notre programme.
Saint-André est à l’image de La Réunion : on y retrouve des forces politiques plurielles qu’il faut être capable de rassembler, en dressant des ponts entre des citoyens pas forcément d’accord sur tout.
C’est cela, être capable de compromis : c’est l’ADN de Trait d’union, que j’ai créé avec Michel Vergoz.

Lire aussi : Municipales 2026 : le RN 974 "avance avec méthode" et prône une stratégie d’ouverture

La condition, c’est un soutien à Jean-Jacques Morel aux prochaines législatives dans la 5ᵉ circonscription ?

Jean-Jacques Morel n’a annoncé sa candidature dans aucune circonscription. Il n’a exigé à ce stade aucune contrepartie le concernant.
On verra bien au moment où les choses se présenteront, mais pour l’instant, il n’a demandé aucun soutien en contrepartie.

Laurent Virapoullé a co-fondé "Trait d'union" avec Michel Vergoz dont il reste proche (archives).

« Je suis un centriste, attaché à l’Europe »

En 2022, vous étiez le candidat investi par En Marche à la députation dans l’Est*. Aujourd’hui, vous pourriez être soutenu par le RN aux municipales de 2026 à Saint-André. Que s’est-il passé ?

Moi, je suis un centriste, humaniste et attaché aux valeurs européennes. Sans l’Europe, La Réunion n’aurait pas pu devenir le territoire moderne qu’elle est aujourd’hui.
À l’époque, je m’étais présenté à une élection nationale, sur la base d’un programme en sept points, avec deux priorités que je réaffirme aujourd’hui : rétablir l’ordre et la sécurité, et mettre fin à une économie de comptoir colonial que constitue l’économie réunionnaise, en supprimant l’octroi de mer.
Ces deux éléments restent valables et ce sont des points d’accord avec le RN, comme avec d’autres forces politiques demain.

« Je revendique de ne pas être un pro de la politique »

Une critique revient souvent : vous n’habiteriez pas à La Réunion et, en cas de défaite, vous ne seriez pas présent dans l’opposition car souvent en voyage. Qu’en est-il ?

Il est inexact de dire que je n’habite pas La Réunion. J’y réside, j’y suis contribuable, et je ne paye aucun impôt ailleurs dans l’océan Indien.
Ma société est basée à Saint-André.
On me reproche de ne pas être un homme politique professionnel — et bien je le revendique !
Si les Saint-Andréens ne me font pas confiance, j’honorerai le mandat d’élu de l’opposition qu’ils m’auront donné. Ce sera pour moi un honneur de défendre, à la mairie et à la Cirest, les intérêts des Saint-Andréens.

« Protéger, servir et développer »

Quel sera votre projet pour Saint-André ?

Mon projet s’articule autour de trois mots : protéger, servir et développer.
Protéger, c’est rétablir l’ordre républicain dans la ville, celui qui protège les plus faibles.
Servir, c’est remettre en état le fonctionnement des services communaux, valoriser les agents et améliorer l’efficacité du service public.
Développer, c’est revoir la gouvernance et rapprocher les décisions des habitants.

« Des mairies de quartier pour une démocratie de proximité »

Nous partagerons le pouvoir avec les citoyens à travers des mairies de quartier, qui piloteront la vie locale.
Je compte m’appuyer sur des conseils de quartier pour régler au plus près de la population la plupart des problèmes de proximité : propreté, éclairage, conflits de voisinage…
Chaque mairie de quartier devra regrouper les principaux services communaux.
On ne peut plus gérer Saint-André comme il y a 40 ans. Il faut rapprocher les centres de décision des habitants et les associer davantage à la gestion de leur ville.

« Une politique de grands travaux financée par l’Europe »

Je veux initier une politique de grands travaux, financés notamment par l’Union européenne, pour adapter la ville aux conséquences du dérèglement climatique : protection du trait de côte à Champ-Borne, endiguement de la rivière du Mât et de la rivière Saint-Jean, sécurisation de la ravine Sèche, remplacement des canalisations défectueuses et aménagement d’une grande zone d’activité à Bois-Rouge.
On ambitionne d’en faire un futur Cambaie ou Pierrefonds, afin que les entreprises puissent s’y installer.
Des fonds existent, notamment via le programme Eau pour les DOM, doté de 1,5 milliard d’euros pour l’eau potable et d’un milliard pour l’assainissement. Ces enveloppes ne sont pas totalement utilisées.
Ce qui manque, ce ne sont pas les financements, mais les projets et la vision. Durant la campagne, j’aurai l’occasion de présenter l’ensemble de mon projet.

« Le bilan de Joé Bédier ? Beaucoup d’investissements, peu de résultats »

Il a abandonné les quartiers. Il a fait beaucoup d’investissements, mais sans maîtriser les travaux réalisés, avec beaucoup de défauts et de malfaçons.
Et il n’a pas développé Saint-André sur le plan économique.
Son bilan sera jugé par les électeurs.


* Laurent Virapoullé avait récolté 13,33% des suffrages (3 425 voix) au 1er tour des législatives en 2022 dans la 5ème circonscription.

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