L'association Kartyé Lib interpelle François Bayrou sur le devenir de la prison Juliette-Dodu

L'ancienne prison Juliette-Dodu, un des derniers vestiges de l'esclavage à La Réunion, risque l'oubli. L'association Kartyé Lib MPOI lance un appel au gouvernement pour sauver ce lieu emblématique et en faire un espace de mémoire.
L'association Kartyé Lib MPOI (Mémoire Patrimoine océan Indien) a adressé un courrier au Premier ministre François Bayrou pour attirer son attention sur le projet de requalification mémorielle de la prison Juliette-Dodu, située à Saint-Denis. Ce site, considéré comme un vestige majeur de la période de l'esclavage, est au cœur d'une mobilisation portée par l'ONG pour préserver la mémoire collective.
Un lieu emblématique de l'histoire réunionnaise
Marie-Lyne Champigneul, présidente de l'association, souligne dans son courrier l'importance historique de la prison Juliette-Dodu, en activité de 1718 à 2008. Selon elle, ce lieu représente l'un des derniers témoins de la servitude à La Réunion et mérite d'être protégé de l'oubli. "L'ONG Kartyé Lib MPOI œuvre pour la sauver de l'indifférence, afin qu'elle demeure un lieu de mémoire et de transmission", écrit-elle.
Le projet de requalification porté par l'association vise à transformer ce site en un espace mémoriel qui serait également un point de rayonnement vers d'autres pays de l'océan Indien, comme Madagascar, l'Inde, la Tanzanie, le Mozambique et les États de la Corne d'Afrique.
L'association propose de restaurer certains pans de mur à l'identique pour retracer l'évolution architecturale des lieux au fil des époques. Le site deviendrait un espace ouvert, avec des chemins en plein air, des allées ombragées, des jardins créoles propices au recueillement et à la rencontre. L'objectif est de permettre aux visiteurs de s'approprier l'histoire tout en favorisant une atmosphère apaisante.
Un espace vivant, entre mémoire et création
Kartyé Lib MPOI envisage également de consacrer des espaces à l'artisanat local, avec des boutiques mettant en valeur le savoir-faire réunionnais, tels que le café bourbon pointu, le thé blanc, les confiseries, la vannerie et la confection d'instruments de musique. Une cellule sera spécialement aménagée pour accueillir "Mathilde", la guillotine réunionnaise célèbre pour sa couleur rouge.
Le projet inclut également l'aménagement d'espaces culturels, accueillant des spectacles théâtraux, des expositions d'art, des concerts et des fonnkèrs. Ces initiatives permettront de faire vivre la mémoire tout en favorisant l'appropriation collective de l'histoire. La chapelle ouverte sur la rue Labourdonnais deviendrait un symbole des multiples apports culturels de l'île.
Un appel au soutien du gouvernement
Dans son courrier, Marie-Lyne Champigneul sollicite le soutien de François Bayrou pour faire aboutir ce projet qu'elle qualifie de "juste et nécessaire". L'association espère que cette initiative contribuera à renforcer le devoir de mémoire et à transmettre aux générations futures l'histoire des territoires d'Outre-mer marqués par quatre siècles d'esclavage.
Par ailleurs, la présidente de Kartyé Lib MPOI a exprimé ses regrets de ne pouvoir participer à la cérémonie commémorative de la journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, qui s'est déroulée le 10 mai dernier à Brest, en raison d'un engagement pris pour une manifestation mémorielle et littéraire à La Réunion.
Vers une revalorisation mémorielle
Pour Marie-Lyne Champigneul, la préservation de la prison Juliette-Dodu est une priorité. Elle souligne l'importance de la réhabilitation de ce lieu pour en faire un espace de mémoire collective, tout en appelant le gouvernement à agir rapidement. "Vous représentez aujourd'hui un recours déterminant pour faire aboutir cette cause juste et nécessaire", conclut-elle dans son courrier.
L'association attend désormais une réponse du Premier ministre et espère que le projet pourra bénéficier d'un soutien concret pour sa mise en œuvre.


