Laproptaz met sur la table la question de la réparation du crime de l’esclavage

"La réparation est le fondement de toute injustice. Et puisqu’un tort a été commis, il doit être réparé. Les réparations pour rétablir la justice sociale et historique, pour permettre le développement et l’enseignement de notre langue, de notre culture et de notre histoire. La réparation pour la réappropriation de nos ressources et de nos espaces, réparation pour l’application et la reconnaissance de la loi Taubira de 2001 qui, dans son article 1er, reconnait que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrée à partir du XVe siècle aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe, contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité". C’est par ces mots que Mathieu Laude, membre du collectif aux 43 associations, a débuté son intervention. Il reprenait là le début du courrier adressé aux 24 maires et présidents de collectivités en août 2020.
"On parle de réparation collective"
A ses côtés, Philippe Bessière tente de définir les contours de ce que pourrait être cette réparation. "On ne parle pas de réparations individuelles pour être clair, car La Réunion est tellement métissée. On parle de réparation collective et là ça touche à l’habitat. Je pense que l’accès au logement fait partie des réparations. Pour ceux qui ont souffert et qui ont construit La Réunion, et qui n’ont eu aucune compensation à l’abolition alors que les propriétaires eux, ont eu une compensation, donc il est tout à fait logique à mon sens que l’on devienne propriétaire. Ensuite il y a la réparation culturelle, notamment à l’école, que l’on puisse y enseigner la langue, la culture, c’est tout à fait normal. Et puis il y a l’ouverture sur les pays extérieurs parce qu’on a bunkérisé La Réunion (…) on a de moins en moins de contacts avec Madagascar, le Mozambique, ce n’est pas normal. Si on a une voie de développement, c’est quand même vers l’Afrique, renouer ce lien avec les pays d’origine, ça paraît vraiment nécessaire. La première réparation, disait Christiane Taubira, c’est l’Histoire. Et là nous y sommes : le 10 Mai nous disons : nous voulons l’Histoire pour nous réparer ! Nous ne voulons pas l’Histoire pour nous diviser ! Nous ne voulons pas l’Histoire pour effacer quoi que ce soit parce que nous avons besoin de l’Histoire pour faire peuple ! Pour vivre ensemble, pour nous réconcilier car il y a une réconciliation à mener. Pourquoi le jour de l’Aïd les musulmans, le jour de l’An chinois les Chinois, peuvent se réunir et appeler tous les Réunionnais mais les cafres ne pourraient pas ?! Et dès qu’ils posent une revendication, on appelle au péril noir et on fait appel à des instincts très bas", avise l’historien à deux pas de la fameuse statue scellée sur le Barachois.
"Pourquoi la statue de Labourdonnais n’a pas été déboulonnée jusqu’à présent ?", embraye Ghislaine Mithra-Bessière, présidente de l’association Rasine Kaf. "Parce que le mouvement Laproptaz a choisi la voie de la démocratie. Nous avons choisi de nous réunir pour dire à messieurs et mesdames les élus, aux citoyens réunionnais : allons réfléchir ensemble, à une autre vision, à une autre représentation de notre histoire et c’est ça laproptaz. Ce n’est pas l’effacement de l’histoire, ce n’est pas tout ce qu’on nous a mis sur le dos. On sait que ça vient des héritiers des colons, des personnes qui ne nous connaissent pas et n'ont pas lu notre courrier. Ce que l’on demande, c’est qu’il y ait une commission publique, citoyenne, avec des historiens, des sociologues, les pouvoirs publics, associations, société civile et qu’on puisse discuter. Pourquoi on fait référence à Georges Floyd ? Est-ce que vous n’avez pas l’impression que ce passé c’est comme un genou qui est posé sur notre cou et qu’on ne respire pas. Quand on marche à La Réunion, on ne respire pas un bon air. Il y a quelque chose de grave, il y a quelque chose de lourd. Qu’est-ce qu’on voit ? On voit que dans les rues, de Saint-Pierre à Saint-Denis en passant par Saint-Paul, Sainte-Suzanne, il n’y a que des noms d'esclavagistes", pose-t-elle la mesure du chantier que le collectif met déjà sur la place publique.


