L'aire marine protégée des Chagos ravive l'espoir d'un retour au pays pour les derniers déportés

Avec ses 645.843 km², une superficie plus grande que celle de la France, l'immense aire marine protégée britannique des Chagos avait été conçue, sous couvert de sanctuaire pour la biodiversité, comme une « no-go zone » visant à tuer dans l'œuf tous les espoirs de retour au pays des anciens habitants de Peros Banhos, Salomon ou même Diego Garcia, cet atoll transformé en puissante base militaire par les Américains au prix de la déportation de la population.
Mais une décision de la chambre spéciale du Tribunal international du droit de la mer en date du 28 avril 2023, validant les contours de l'archipel que contestaient les voisins des Maldives, est venue remettre en question le plan machiavélique des Britanniques. Ceux-ci avaient déjà été échaudés par la résolution de l'assemblée générale de l'ONU du 22 mai 2019, confirmant la pleine appartenance de l'archipel des Chagos à la république de Maurice.
En décrétant unilatéralement une Aire Marine Protégée de 647500 km2 autour de D.Garcia dans l’archipel des Chagos, la GB a pu zoner puis quadriller ce territoire stratégique, qu’elle devait en théorie restituer à Maurice en 2016; empêchant ainsi le retour des chagossiens chez eux https://t.co/zK97rup7Dr pic.twitter.com/itrqjH6BAl
— Laylâ (@Leiyla08) November 11, 2020
Fin février, le premier ministre mauricien Pravind Jugnauth a organisé trois jours d'atelier de travail autour de la création de cette aire maritime protégée, avec l'appui de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et de la Zoological Society of London (ZLS). L'occasion pour l'UICN de dévoiler aux participants des ateliers, parmi lesquels figurait le leader du Groupe Réfugiés Chagos, Olivier Bancoult, les différentes zones de protection de l'aire marine.
Parmi les invités, un seul Réunionnais : Ary Yée-Chong-Tchi-Kan, membre du Comité solidarité Chagos Réunion, bien connu dans l'île pour son parcours politique au PCR. « Dès le premier jour, on a vite constaté que la part consacrée à l'humain était minime dans ce séminaire. On s'est concerté et je suis intervenu l'après-midi en disant : le peuple chagossien a été arraché à son écosystème et nous souhaitons sa réimplantation. Il ne s'agit pas de corriger une anomalie de l'histoire, mais de jeter les bases d'une co-construction », relate Ary Yée-Chong-Tchi-Kan.
Devant un parterre de scientifiques se proposant de sauver le corail-cerveau, les oiseaux marins ou les dauphins, les Chagossiens ont donc tenté de faire entendre leur parole et leur souhait d'être associés aux décisions. « Ils connaissent mieux que personne toutes les espèces de poisson de l'archipel », souligne Georges Gauvin, président du Comité solidarité Chagos Réunion. « Leur priorité, c'est de pouvoir nettoyer et fleurir les tombes de leurs familles », abonde Ary Yée-Chong-Tchi-Kan, pour relever le décalage entre le discours de protection de l'environnement tenu par les scientifiques, et les attentes des déportés de Chagos, pour qui la priorité demeure de pouvoir rentrer chez eux.

L'archipel des Chagos et ses principales îles.
La création de l'aire marine protégée entretient plus que jamais cet espoir, avec l'identification par l'UICN d'une « zone de repeuplement » de 7.261 km² intégrant les atolls de Peros Banhos et de Salomon, situés dans le nord des Chagos, dans un périmètre voué à être aménagé et équipé d'une piste d'aviation, d'une jetée et d'écoles, mais aussi d'un poste de police ou d'un hôpital. La production d'eau potable, de nourriture ou d'énergie pourra aussi être développée dans cette zone de catégorie 5. La pêche y sera autorisée, mais uniquement pour les besoins propres de la population. Quant aux activités touristiques, elles y seront encadrées, mais les Chagossiens auraient déjà fait part de leur désaccord sur le principe d'un tourisme de masse.
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La zone de « stricte conservation », de catégorie 1a, s'étendra sur 23.712 km² et sera vouée aux scientifiques. L'accès y sera réservé, assure l'UICN, aux personnes en charge de la protection de l'écosystème. La « zone de conservation », dite de catégorie 2, permettra, elle, une activité commerciale et touristique limitée, et ouvrira droit à des quotas de pêche pour les habitants. Enfin, une zone de « protection de l'habitat » de catégorie i5 complète le dispositif, au sein de laquelle un faible niveau de pêche industrielle pourra être autorisé.
Des préconisations qui ne doivent pas faire oublier le refus répété du gouvernement britannique d'appliquer la résolution de l'ONU exigeant son départ des Chagos.
« La bataille ne se déroule pas qu'à Maurice. Le Groupe réfugiés Chagos a rencontré la Pape, qui est un chef d'Etat et qui peut plaider en leur faveur », souligne Julie Pontalba, pour le Mouvement pour la paix. Selon Ary Yéé-Chong-Tchi-Kan, le gouvernement mauricien a du reste multiplié ces derniers mois les rencontres avec les autorités britanniques. Olivier Bancoult séjournera à La Réunion au mois de mai, l'occasion pour le leader des déportés des Chagos de faire part des derniers développements de son combat à ses camarades de lutte du Comité solidarité Chagos.

La base militaire de Diego Garcia. (Capture Marine Trafic)


