L’agriculteur à l’origine du désastre de la Ravine Carosse condamné

Les traces amènent à une exploitation agricole en amont. Sur place, seul le fils de l’exploitant est présent. Son père est à la gendarmerie pour porter plainte pour dénoncer un acte malveillant selon lequel quelqu’un se serait introduit chez lui pour ouvrir la vanne des fosses à lisier. Avertis, les militaires vont alors profiter de sa présence pour l’interroger et l’agriculteur va finir par avouer. Il a bien déversé 100 m3 de lisier dans la rivière.
Présent à l’audience, un représentant de la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) va souligner que l’exploitation n’était pas en conformité. L’élevage de porcs était plus gros que prévu, mais surtout il n’y avait pas de cuve de récupération de lisier. "Il y a un flux de pollution massive qui s’est écoulé et qui a tout tué sur son passage", indique-t-il.
"C’est la totalité de l’écosystème qui a été compromis"
Le président de la fédération départementale de la pêche est également venu témoigner. Il a expliqué que les anguilles du site sont une espèce menacée, mais pas seulement. "Compte tenu de la puissance, les dégâts se répercutent sur la faune, mais aussi la flore qui maintient l’équilibre. C’est la totalité de l’écosystème qui a été compromis", précise-t-il. C’est pourquoi il se constitue partie civile et demande 10.000 euros pour engager un plan de sauvetage des espèces.
Pour le ministère public, la difficulté du dossier ne porte pas sur la constatation des faits, qui sont caractérisés, mais sur les causes qui les ont déclenchés. "On voit bien que ces exploitations à taille moyenne, qui font partie du tissu économique de La Réunion, polluent l’écosystème. Ils exploitent de manière sauvage et sont dans l’impossibilité de respecter les normes. Ce dossier à un impact sur l’avenir. Ce n’est pas le dossier du siècle, mais c’est un focus sur notre société qui doit nous interroger", souligne la parquetière avant de requérir 8 mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende.
Me Isabelle André-Robert va de son côté plaider la méconnaissance et la bonne foi de son client. "Il n’a jamais fait d’école d’agriculture. À son époque, l’école c’était la terre. Comme de nombreux agriculteurs, il est suivi par de nombreux techniciens qui ne lui ont jamais rien dit à ce sujet. Il a fait le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus et laisser une exploitation propre à son fils", assure la robe noire.
Après délibération, le tribunal va suivre les réquisitions et le condamner à 8 mois de prison avec sursis, 20.000 euros d’amende et à dédommager la partie civile à hauteur de 10.000 euros.


