La Région se concerte avec les forces vives pour juguler la hausse du prix du fret

Ce n’est pas une nouveauté. La balance commerciale très déficitaire de notre territoire rend notre économie ultra dépendante des importations. A cause de la pandémie, le transport maritime subit des arbitrages dont les conséquences sont perceptibles par les acteurs économiques locaux. Transitaires et commerçants sont les premiers à ressentir cette vague de hausse des prix qu’ils répercutent en bout de chaîne sur les consommateurs.
C’est dans ce contexte anxiogène que l’instance régionale a convoqué ce vendredi toutes les forces vives économiques du territoire pour "rechercher des solutions", lance Patrick Lebreton en maître de séance.
Le 1er vice-président annonce sans grande surprise que la Région entend contribuer pour aider les entreprises à traverser cette mauvaise passe. Car le temps compte rappelle Ibrahim Patel, le président de la chambre de commerce, invité tout comme ses homologues de la chambre de métiers d'agriculture. "La situation est grave. Les entreprises font tout pour ne pas répercuter la hausse sur les prix mais jusqu’à quand ?", s’inquiète-t-il.
Une première bouée a été envoyée auprès des compagnies maritimes afin de leur réaffirmer la nécessité de continuer à desservir La Réunion. Dans le trafic mondial à flux tendu depuis un an et demi et l’apparition du Covid, le port de La Réunion a en effet été relégué au second plan des priorités du "big 3" des armateurs que sont Maersk, CMA CGM et MSC. La hausse du coût du fret vient dès lors se répercuter sur l’économie réunionnaise. Tous les secteurs sont concernés, de l’alimentaire à l’automobile en passant par les matières premières utilisées dans le BTP. Rappelons en effet que 95,3% du fret passe par le Port Est et seulement 4,7% arrive par avion.
Patrick Lebreton prévoit ainsi la mobilisation de dispositifs régionaux en partenariat avec la Banque publique d'investissement. Le premier d’entre eux est l’octroi d’un « prêt à Rebond React UE » à destination des TPE et PME sous conditions d’attribution. Ce prêt pourrait notamment être accordé aux entreprises ou associations existantes depuis au moins un an et affichant des fonds propres positifs à fin 2019. Son montant pourrait osciller entre 30.000 et 300.000 euros, à taux zéro (voir les conditions ci-contre, cliquez pour zoomer).
L'idée d'une compagnie maritime régionale a encore plus le vent en poupe
La collectivité chef de fil en matière économique prévoit aussi de mobiliser le « Fonds de sauvegarde 2 TPE et Associations ». Ce fonds s’adresse à toutes les TPE existantes de moins de 10 salariés ou associations groupements d’employeurs associatifs entre 1 et 20 salariés.
Enfin, le troisième levier évoqué ce vendredi 27 août tient dans la « compensation des surcoûts fret renforcés 2021-2022 ». Pourraient en bénéficier les entreprises ayant une activité de production à La Réunion et les entreprises commerciales réalisant la totalité de leur CA à l’extérieur sur des produits finis, fabriqués et conditionnés à La Réunion.
Patrick Lebreton confirme que la collectivité régionale travaillera avec l’Etat (à travers le Grand Port Maritime) afin de dialoguer avec les grandes compagnies maritimes et pouvoir venir en aide aux entreprises, au lendemain de l’annonce par le ministre de l’Economie de l’arrêt du dispositif « quoi qu’il en coûte ».
Enfin, la majorité régionale n’oublie pas la promesse de campagne d’Huguette Bello de "mise en place d’une compagnie maritime régionale."
"Dans les prochains mois, des échanges entre partenaires privés et publics", débuteront afin de "pallier aux carences de l’initiative privée et des grandes compagnies maritimes. Il s’agira d’offrir un outil de transport adapté aux besoins des entreprises locales et régionales en dessinant les contours d’un modèle économique rentable", entrevoit la présidence de Région.
Le préfet doit s’exprimer sur le sujet de la hausse du prix du fret maritime dans les prochains jours et définir un plan d’action, confirme Pascal Gauci, le secrétaire général pour les affaires régionales.
Entamé à 14H, le tour de table s’est conclu à 16H30 sur la promesse de "pérenniser cette assemblée, dans sa constitution, pour faire des points réguliers sur la situation et ce qui est mis en place", envisage Patrick Lebreton. "Nous sommes dans un contexte de crise où nous devons trouver des solutions sans filet. Nous sommes à l’écoute des acteurs économiques", réitère le 1er vice-président en l’absence d’Huguette Bello, hors département.
La hausse des couts du fret maritime en quelques chiffres :
Le prix des matières premières (alimentaire, agro-industrie, minéral) : augmentation en moyenne de 25% entre avril 2020 et avril 2021. Avec des hausses pouvant atteindre +91% sur des produits tels que les métaux ferreux.
Coûts du fret maritime : augmentation d’environ 30% en provenance d’Europe, et des coûts multipliés par 2,5 pour l’Asie.
*Hormis les députés Jean-Luc Poudroux, Karine Lebon, David Lorion et Philippe Naillet), étaient présents les représentants de l’ADIR (Daniel Moreau, Thierry Reydellet), la CPME (Eric Leung, Jean-Philippe Payet), le MEDEF (Abdoullah Ravate, Sandrine Dunand-Roux), CCI (Ibrahim Patel, Younous Amode Adame, Aziz Amode), CMA (Bernard Picardo, Jacques Maunier), FRBTP (Philippe Lebon), CESER (Dominique Vienne), U2P (Didier Mazeau, André Pierrejean), CAPEB, Cyrille Rickmounie, Raymond Vaïtilingom), Chambre d’agriculture (Frédéric Vienne), SICR (Fabrice Hanni, Valérie Chow Ping Mo), UMIR (Philippe Leleu), ODEADOM (Joël Sorres)


