La recherche généalogique à l’heure d’internet et des tests ADN

Au cours de plus de quarante années d’activité, le Cercle généalogique de Bourbon a levé le voile sur le passé des plus grands patronymes réunionnais. Mais la quête identitaire ne cesse de passionner le public, notamment les descendants d’esclaves et d‘engagés, pour qui les documents d’état civil remontent moins loin dans le temps.
Un pirate dont la trace sur l’île remonte à 1665, avant qu’il n’épouse une Malgache, et dont les documents d’état civil ont brûlé lors de la révolte des Communards à Paris : si l’histoire de Gilles Fontaine, l'ancêtre des Fontaine de La Réunion, est désormais bien connue du grand public, c’est en bonne partie grâce au travail des bénévoles et des passionnés du Cercle généalogique de Bourbon (CGB).
« Il n’y a plus de mystère sur les grandes familles réunionnaises », confirme Christian Fontaine, le président du CGB, qui cite comme primordiale la découverte du livre d'Antoine Boucher. Ce secrétaire fiscal de la Compagnie française des Indes orientales, de passage à l’île Bourbon de 1702 à 1709 dans le cadre d’un recensement de la population, a permis de recueillir une masse d’informations sur les colons et leur mode de vie.
Le livre, comme d‘autres ouvrages majeurs pour qui se lance dans la recherche généalogique, est en vente sur le site internet de l’association. Christian Fontaine, un instituteur à la retraite, animera une conférence ce mardi 10 février (18h) à la médiathèque Antoine-Roussin de Saint-Benoît (entrée gratuite) portant sur l’histoire de la généalogie réunionnaise.
Des données disponibles plus rares pour les engagés et les esclaves
Les temps ont changé pour le CGB, qui ne compte plus que 300 adhérents, après avoir atteint la barre des 700. À l’heure de l’internet roi, n’importe quel Réunionnais peut tenter de tracer son arbre généalogique derrière l’écran de son ordinateur, en s’appuyant sur les documents numérisés accessibles sur le site des Archives nationales d’Outre-mer (ANOM).

Dans son bulletin quadrimestriel du mois d’août 2025, qui relate notamment le destin du soldat de seconde classe Benoît Jérôme Hoareau, un Saint-Joséphois fait prisonnier de guerre entre 1940 et 1944, le Cercle généalogique de Bourbon affiche du reste deux pages de publicité pour des logiciels informatiques de généalogie.
Christian Fontaine souligne toutefois que l’essentiel des informations sur les patronymes les plus courants à La Réunion concerne les Blancs. Pour les descendants d’engagés et d‘esclaves, les données disponibles sont plus rares. Le plus souvent, les informations, quand elles existent, ne remontent pas au-delà de la date de l’arrivée sur l'île de leurs ancêtres mozambicains ou indiens, faute de registres d’état civil dans leurs pays d’origine.
Les tests ADN toujours interdits en France...
Le thème de la quête des origines traverse la culture commune des îles colonisées du sud-ouest de l’océan Indien : dans son premier livre Les Rochers de Poudre d’Or paru en 2006, la romancière et journaliste mauricienne Natacha Appanah narre ainsi le parcours d’engagés indiens s’embarquant en 1892 pour l’inconnu de l’ancienne Isle de France.
Le besoin d’en savoir plus sur ses origines peut en théorie être satisfait par un test ADN, lequel permettra de déterminer, selon le sérieux de la méthode employée, les composantes de son origine ethnique. De plus en plus de personnes y ont recours, admet Christian Fontaine en citant l’exemple des Antillais ayant utilisé les tests ADN pour déterminer avec précision la provenance des bateaux chargés d’esclaves ayant été acheminés dans la région.

Mais les tests génétiques à vocation récréative (c'est-à-dire non prescrits par la loi) sont totalement interdits en France et leur fiabilité est parfois sujette à interrogation, rappelle le président du CGB. Comme l’expose la CNIL, les tests ADN ne peuvent être réalisés en France que dans le cadre d’une enquête judiciaire, du fait des risques sérieux de voir les informations et données personnelles être utilisées à des fins commerciales ou malveillantes.
...Mais de plus en plus utilisés
Pour contourner cette interdiction, il suffit d’envoyer son échantillon génétique aux États-Unis (le principal marché du test ADN à vocation récréative), puis d'adresser la livraison des résultats chez un proche résidant à l’étranger. La pratique est connue et semble de plus en plus courante, même si elle est impossible à quantifier.
Dans la série télévisée Watchmen (2019), où l’univers sombre de super-héros bannis de la société pour leur violence se mêle à la réalité historique du massacre (au moins 300 morts) de la communauté noire de la ville de Tulsa (Oklahoma) en 1921, les tests génétiques sont encadrés et permettent aux descendants des victimes de faire le lien avec leurs ancêtres tragiquement disparus.
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