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La presse écrite doit vivre

Difficile d’évoquer aujourd’hui un autre sujet que le procès en référé qui s’est déroulé ce matin devant le tribunal de commerce de Saint-Denis entre le JIR de Jacques Tillier d’un côté et l’imprimerie ICP Roto représentée par son président Alfred Chane Pane de l’autre côté. Au final, la Justice a tranché : en l’absence de contrat liant les deux parties, elle ne peut contraindre l’une d’elles, en l’occurrence ICP Roto, à contracter avec l’autre, le JIR. Si un contrat avait existé, elle aurait pu obliger l’imprimeur à l’appliquer. Mais en droit français, pour qu’un contrat soit valable, il faut qu’il y ait accord sur l’objet et le prix. Ce qui n’était manifestement pas le cas en l’espèce.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 19 juin 2024 à 18H18

 

La Réunion est un des seuls départements de France à avoir deux quotidiens. C’est une richesse qui garantit, en principe tout au moins, la liberté d’expression. D’autant que les choses sont plutôt bien faites, avec un partage politique : même si leurs patrons et leurs journalistes s’offusquent quand on le dit, on a un JIR plutôt marqué à Droite et un Quotidien plutôt à Gauche. Les équilibres sont ainsi respectés et chaque famille politique a les moyens de faire passer ses idées. Au lecteur ensuite de faire son choix.

Je rajouterai à ça que jusqu’à il y a quelques mois, nous avions en plus la chance d’avoir une presse d’excellente qualité. Je dis "jusqu’à il y a quelques mois" car il faut bien reconnaitre que la version famélique que nous offre le Quotidien depuis quelques mois avec seulement quelques pages de "locale" ressemble de moins en moins à ce qu’on attend d’un journal. Quant au JIR, malgré les purges successives qui ont frappé sa rédaction, il continue à surnager, même si lui aussi a divisé par 7 ou 8 le nombre de ses journalistes. Pour information, il n’y a plus de journaliste titulaire au service des  "Sports" par exemple. Et le pire est à venir puisque quelques-unes des "plumes" les plus prestigieuses du journal, celles qui produisaient des articles qui attiraient le lecteur, s’apprêtent elles aussi à quitter le navire à la fin du mois.

C’est peu dire donc que la situation est catastrophique en termes de contenu pour les deux journaux. Financièrement, ce n’est guère mieux. Le Quotidien ne tient encore, mais pour combien de temps, que parce que Jean-Jacques Dijoux, son actionnaire principal, accepte de faire les fins de mois à coups de centaines de milliers d’euros.

Quant au JIR, il est en redressement judiciaire. Durant cette période, il est donc censé ne pas pouvoir créer de nouveau passif. Or on a appris ce matin à l’audience de référé que le « trou » se serait aggravé d’au moins 300.000 euros depuis début mars. La loi dans ce cas-là ne prévoit s’une seule solution :  la liquidation pure et simple. A moins que d’ici le 3 juillet, Jacques Tillier ne soit capable d’amener de nouveaux actionnaires et de nouveaux fonds propres représentant au minimum cette somme.

Et même si c’était le cas, ça ne résoudrait pas le problème de fond puisque ça signifie que malgré les coupes sombres dans les effectifs, le JIR perdrait encore 100.000€ par mois. Et cela sans prendre en compte les mensualités à prévoir pour le remboursement du passif de plusieurs millions d’euros que le plan de continuation pourrait mettre en place avec un étalement sur 10 ou 15 ans, s’il venait à être décidé le 3 juillet. On le voit, la situation est loin d’être rose. Le journal est un véritable tonneau des Danaïdes et il n’est plus possible de réduire encore les coûts de fonctionnement. On est à l’os, comme on dit vulgairement.

N'allez pas croire pour autant que je me réjouisse de cette situation. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, et je le répète, la presse écrite doit vivre.

Des études aux Etats-Unis ont montré que l’émergence de Donald Trump et du populisme était en partie due à la perte de puissance de la presse "papier".

La presse numérique ne peut remplir le vide laissé par le "print". Il a été prouvé que l’œil humain se fatigue au bout d’une vingtaine de lignes sur le net. Ce qui explique que tous les journaux en ligne se limitent à des articles courts.

Impossible donc de faire des dossiers ou des enquêtes. Le numérique est dans la réactivité, là où le "papier" est dans l’analyse, la mise en perspective.

Le JIR et Le Quotidien doivent donc vivre. Surtout que de gros nuages noirs s’amoncèlent au-dessus de notre démocratie. Nous ne serons jamais assez nombreux pour la défendre. Aux intéressés, à ceux déjà impliqués ou à de nouveaux investisseurs, de trouver les solutions.

 

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