La Fondation pour la mémoire de l'esclavage appelle à un débat national sur la réparation dans les Outre-mer

Après avoir organisé une table ronde et des groupes de travail sur le sujet en décembre dernier, la Fondation pour la mémoire de l'esclavage appelle à l'ouverture d'un débat national sur la question de la réparation, notamment dans les Outre-mer.
La question semble indifférer, voire agacer, la société française. Le plus souvent abordée ou envisagée par le prisme de l'aspect financier, la réparation des préjudices causés par la traite des Noirs par la France dépasse pourtant ce simple cadre, selon la Fondation pour la mémoire de l'esclavage (FME).
En décembre dernier, la Fondation présidée par l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault organisait à Paris une table ronde intitulée « Réparer l'esclavage ? Mais (pour)quoi ? », sous la direction de la journaliste réunionnaise Mémona Hintermann-Affejee, qui siège à la FME dans le collège des personnes qualifiées.
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Quatre ateliers de travail étaient par ailleurs organisés, dont un portait sur les réparations pour les Outre-mer français. L'élue de la majorité régionale de La Réunion Patricia Profit y participait, au titre de membre du collège des fondateurs.
« À quel moment commence la réparation ? »
« Il y a un moment qui peut apparaître comme un vide mais il est important de mentionner que les personnes esclavisées avaient une vie, une histoire, que cette dernière devrait être sue et enseignée. C'est la première étape de la réparation. À quel moment commence la réparation ? Le devoir de mémoire est pratiqué par des états africains qui travaillent sur l’histoire de l’esclavage : Bénin, Ghana, Sénégal. Ils ont un mot à dire et doivent faire partie du processus », a-t-elle fait valoir.
Dimanche 29 juin, la FME a publié une déclaration dans laquelle elle s'engage à poursuivre ses travaux dans aux moins quatre grands axes :
- Un volet international, dont la priorité des prochains mois est le travail engagé avec Haïti sur la double dette de 1825.
- Un volet concernant les outre-mer, afin de corriger les injustices et inégalités issues de l’esclavage et de la colonisation.
- Un volet concernant l’ensemble de la société française, visant à renforcer la lutte contre le racisme.
- Enfin, un volet concernant spécifiquement les arts, la culture et le patrimoine.
Relevant que la question de la réparation interroge désormais des institutions comme les Nations Unies ou l'Union africaine, et que certains pays comme les Pays-Bas ou le Brésil ont déjà agi en ce sens, la Fondation pour la mémoire de l'esclavage appelle à l’ouverture en France d’un débat public.
« Quatre millions de victimes dans l'espace colonial français »
« Un an avant le 25e anniversaire de la loi Taubira par laquelle la France a reconnu l’esclavage et la traite comme crimes contre l’humanité, et à l’heure où le Parlement s’apprête à délibérer de l’abrogation symbolique du Code Noir, il est essentiel non seulement d’ouvrir le débat sur l’influence que l’esclavage colonial continue d’exercer sur la société française, mais surtout que ce débat soit l’occasion d’apporter des réponses concrètes et pas uniquement symboliques aux problèmes actuels de notre pays, en Outre-mer comme dans l’Hexagone, ainsi que dans nos relations avec le reste du monde », relève la FME.
« Nous considérons que la France ne peut rester hors de ce mouvement. D’abord parce que quatre millions de personnes ont été victimes de l’esclavage dans l’espace colonial français entre le 16ème siècle et 1848. Ensuite parce que les héritages de cette histoire continuent de marquer la société française, dans les Outre-mer comme dans l’Hexagone, d’une multitude de manières. Enfin parce que ces héritages sont aussi un enjeu dans les relations de la France avec ses anciennes colonies, en premier lieu avec Haïti », poursuit la Fondation.
Pour la FME, cette prise de conscience que le passé ne peut être réparé, mais que l'avenir doit être amélioré, nécessite d'être impulsée par l'État et soutenue par ses institutions financières que sont la Banque de France et la Caisse des dépôts et consignations.


