« La défense de la souveraineté française » au cœur des ambitions de coopération régionale dans l'océan Indien

La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a ouvert ce vendredi à Saint-Denis la Conférence de coopération régionale de l'océan Indien, assurant de la volonté d'Emmanuel Macron d'associer La Réunion et Mayotte à sa politique pour un plus grand rayonnement de la France dans la zone. Huguette Bello et Cyrille Melchior ont souligné la nécessité de fraternité avec les pays voisins.
Cela n'a rien du hasard si la première table ronde au programme de la Conférence de coopération régionale de l'océan Indien (CCR-OI), qui s'est ouverte ce vendredi 28 novembre dans un hôtel de Saint-Denis, était consacrée à la sécurité maritime.
Avant le début des travaux qui se poursuivront jusqu'à samedi, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a réuni en préfecture les autorités locales et celles de Mayotte, pour la signature d'un document d'orientation stratégique dont la première priorité édictée consiste à « faire rayonner l'Europe, la France et les territoires ultramarins dans le cadre d'une politique de codéveloppement dans l'océan Indien et mieux maîtriser les enjeux de sécurité ».
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Depuis l'apparition des tensions en mer Rouge et le basculement de la majeure partie du trafic du canal de Suez vers la route maritime située entre le Cap de Bonne-Espérance et le détroit de Malacca, des milliers de navires filent au large de La Réunion, faisant peser des menaces environnementales et des risques de sécurité très élevés sur notre île et les pays voisins.
« C'est puissant, il faut le dire et il faut le redire »
« La Réunion accueille le troisième port militaire de France. Vous savez que notre zone économique exclusive est la troisième de la région. C'est presque un quart de notre ZEE dans le monde. C'est puissant, il faut le dire et il faut le redire », a relevé Naïma Moutchou devant un parterre d'élus, d'ambassadeurs et de militaires. La ministre du gouvernement de Sébastien Lecornu assume que « nous faisons face à des défis géopolitiques, climatiques, sécuritaires [que] nous ne pourrons pas résoudre seuls. »
Après avoir exfiltré Andry Rajoelina de Madagascar, la France s'inquiète sans doute de voir le président de la Refondation Michael Randrianirina, un haut gradé de l'armée, s'afficher volontiers avec des dignitaires russes, ou donner un long entretien au média Russia Today. Des craintes identiques persistent sur une présumée influence russe exercée sur le président des Comores Azali Assoumani.
« La défense de la souveraineté française sur nos territoires, à Mayotte et dans les TAAF, elle est indispensable et elle doit comprendre, dans le contexte géopolitique actuel, une vigilance accrue et des initiatives appropriées, des dialogues approfondis avec nos voisins. Nos territoires sont au cœur de ce nœud de connectivité dans la région qui est si important pour le commerce, pour l'énergie. La sécurité maritime, la pêche illégale, les trafics, les actes de piraterie, les migrations clandestines, l'aide aux navires en difficulté, la prévention des marées noires sont autant de menaces qui pèsent sur la stabilité de l'océan Indien », a martelé Naïma Moutchou.
La Réunion, porte d'entrée dans la COI et l'IORA
Outil majeur de la coopération régionale, la Commission de l'océan Indien (COI) s'est transformée, au fil des années, en levier d'influence économique et sécuritaire pour la France et l'Europe dans la zone. La ministre des Outre-mer a précisé que la France s'est engagée, lors de sa présidence tournante de la COI qui débutera en mai 2026, « à organiser des opérations de surveillance conjointes, navales et aériennes, avec un appui en échange d'informations et de planifications par les centres régionaux de coordination ». Et aussi « à mutualiser les moyens de remorquage pour prévenir la pollution marine, alors que cette région voit le doublement du trafic maritime. »
Un peu plus tôt, la présidente de Région Huguette Bello avait fait valoir, durant son discours, que la France ne devait plus considérer La Réunion comme un relais dans sa politique de coopération régionale, mais bien comme un partenaire. C'est d'ailleurs le travail diplomatique de La Réunion, a-t-elle rappelé, qui a permis à la France de siéger à la COI, puis d'obtenir le statut de membre de l'influente IORA (Association des États riverains de l'océan Indien).
Une manière de dire qu'il conviendrait de mieux prendre en compte les aspirations des pays de la zone, qui se côtoient et partagent une histoire commune, avec, parfois, la cicatrice encore béante de la colonisation française.
« Des pays avec lesquels nous avons une histoire commune et des liens fraternels »
« Je suis animée de la profonde ambition que nous partageons avec nos frères et sœurs de l'océan Indien, une évidente communauté de destin. Je crois beaucoup à cela et je défends toujours cela avec force, avec conviction, à cause de notre passé colonial. On ne nous a pas appris suffisamment la solidarité avec les peuples de notre région, malheureusement. La coopération régionale est, d'une certaine manière, un moyen de réconcilier l'histoire qui a fait de nous un département français et une région européenne », a avancé Huguette Bello. La présidente de Région souhaiterait que des jeunes des pays du Sud puissent, dans un souci de réciprocité, bénéficier de missions de coopération à La Réunion.

Le président du Département Cyrille Melchior, présent à Maurice lors du récent séjour officiel d'Emmanuel Macron, s'est lui aussi prononcé en faveur d'un développement « contribuant à l'épanouissement de l'ensemble des pays de l'océan Indien avec lesquels nous avons une histoire commune et des liens fraternels. » La collectivité, qui intervient notamment dans le domaine de l'agriculture durable à Madagascar, et participe au programme de VSI (Volontariat de Solidarité Internationale) de France Volontaires, conduit par ailleurs un programme de mobilité pour des apprentis avec les Seychelles.
La Réunion et Mayotte, l'équipe de France de l'océan Indien
« Intervenir dans le champ de la coopération régionale, c'est agir pour le développement humain sous toutes ses formes, y compris culturelles et sportives, à l'image des Jeux des îles de l'océan indien dont la 12e édition aura lieu en 2027 aux Comores. Nous travaillons ainsi à renforcer les liens régionaux dans ces domaines essentiels à la cohésion, tout en privilégiant la réciprocité », a relevé Cyrille Melchior, en posant le sujet brûlant de la relation entre les Comores et Mayotte, dont les répercussions sont désormais bien perceptibles à La Réunion.
Naïma Moutchou a du reste plaidé en faveur d'une meilleure reconnaissance de l'influence des collectivités locales dans la zone sud-ouest de l'océan Indien, en affirmant que « l'engagement fort de la France dans cette région stratégique ne serait pas possible sans nos territoires, qui forment cette équipe de France de l'océan Indien. C'est vous qui donnez à la France sa légitimité et ses atouts pour rayonner dans la région ». Reste à savoir s'il s'agit d'un réel changement de paradigme dans la politique d'influence de la France dans la zone ou d'un simple effet de manche.


