"Juliano Verbard est un martyr chrétien"

Le jeune homme a grandi dans un cercle familial soudé, ancré dans la religion catholique. Du groupe de prière qu'il a intégré à l'âge de treize ans, il dira: "C'est une bonne chose pour nous". Garçon effacé, "atone et même un peu vide" comme l'a décrit le psychologue Jean-Loup Roche, "il a adhéré par suivisme puisque c'est dans la logique de la famille". Faible de caractère, au moment des faits, il est présenté comme "un adolescent de dix-huit ans, immature, n'ayant pas pu s'opposer au projet parce qu'il a du mal à s'affirmer".
Diplômée d'une maîtrise en Droit
Les femmes du groupe sont quant à elles beaucoup moins réservées. Sonia Flore, considérée comme la "marraine spirituelle" de Juliano Verbard, a par exemple toujours fait savoir qu'elle refusait quelconque entretien avec les experts nommés par la cour. "Je ne dirai rien. Je ne crois plus en la justice des Hommes mais uniquement en la justice divine". Tout juste livrera-t-elle des éléments sommaires sur son vécu.
Diplômée d'une maîtrise de Droit obtenue à l'Université d'Aix-en-Provence, elle a été agent administratif au sein d'une compagnie d'assurance pendant près de 23 ans. La quinquagénaire ne s'est jamais mariée mais a recueilli sa nièce, Annelise Daleton (l'épouse de Jean-Charles) à la mort de sa soeur et l'a élevée comme sa fille.
Jean-Loup Roche remarquera néanmoins chez elle "une religiosité intransigeante". "L'endoctrinement lui a fait perdre son sens critique", précisera-t-il. Le professionnel traduira son silence "par une perte d'autonomie de la pensée, et ce, en dépit de son intelligence supérieure à la moyenne".
Conclusions identiques
Même son de cloche du côté du psychiatre. "Elle n'a pas été protégée de l'embrigadement par les études puisque ses convictions religieuses se rapprochent du fanatisme". Il diagnostiquera chez l'accusée "une altération du discernement due au fait que sa foi l'ait mise en position de dépendance".
Un peu plus tôt dans la journée, le médecin avait expliqué, notamment sur le cas de John Daleton, que les adeptes étaient eux aussi "des victimes de leurs croyances, entre autre fondées sur l'obéissance".
Il a également décelé chez Anissa Gens cette altération du discernement. "Au même titre que les autres accusés, elle n'était plus en état d'apprécier avec justesse et clairvoyance la situation", à savoir l'enlèvement et son organisation. La jeune fille au physique un peu chétif a subi des carences affectives dans son enfance passée en Métropole. "Ses parents ont divorcé lorsqu'elle était petite et Anissa a souffert de l'absence de son père, rentré à la Réunion", retracera le psychologue. Elle le rejoindra ensuite à l'âge de 16 ans et fera son intégration religieuse à peu près au même moment.
Lorsqu'elle est examinée en 2007, Anissa Gens prend le parti de l'ex-leader de la communauté. Sur les faits, elle indique que ce dernier était au courant mais contre l'idée. "On l'a fait pour lui malgré tout". Consciente d'être impliquée dans des faits très graves, elle se considère comme "une incomprise" et affirmera que "le Petit Lys d'Amour est un martyr chrétien".
Les deux experts s'entendront sur le fait qu'elle a été manipulée.



