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[Jules Bénard] "Souvenirs, souvenirs…" La Rivière des sixties, drôle de patelin !

Ecrit par zinfos974 – le samedi 28 avril 2018 à 00H40

Mon pays s’appelle "La Rivière". Pas "La Rivière-Saint-Louis". Parce que même si nous faisons encore partie de la même commune (ça ne durera pas), il s’agit de deux populations aux caractères très différents. Les yabs-chouchous/patt-jaunes/maouls d’un côté, les citadins de l’autre. On s’aime bien, forcément, avec toute cette histoire commune… mais on n’est pas pareil.

Et puis chez nous, i chante quand i cause.

"Koça la fééééééé… ?"

On prétend que nous autres, les Riviérois, avons une tendance à nous prendre pour Luis Mariano simplement en causant. Pauvre Luis ! Toutefois, il y avait un fond de vérité là-dedans.

Je dis "il y avait" parce qu’aujourd’hui, d’abord on a pris l’habitude de causer "mi néna… té gars… j’nique ta mère… fan d’pute !… j’m’en vais t’farcir la rondelle…" et autres amabilités.

Et puis, il y a trop de maisons ; l’écho n’est plus porté par les collines et le vent. Ce qui expliquait notre accent chantant. C’était une autre affaire…

C’est que c’est loin de collines et de ravins "qui, au-dessus des fleurs de cannes, portaient l’écho de proche en proche, comme expliquait le poète. Ce qui donnait à peu près : "Otéééé Ti-Juuuuurrrrles…" Ça roulait de ravines en frondaisons pour revenir une minute plus tard : "Koça la fééééééé… ?"

Encore une minute et : "La di à vous apporte la calbasse de l’eau !"

Réponse : "La di vouiiiii".

Ça fortifiait les glottes et améliorait les cordes vocales. Las ! Tout ça s’en est allé à vau-l’eau. Comment voulez-vous réclamer in coup d’charrette à Hector, devant chez Ah-Ton,  à six cents mètres de là, quand un rap débile, style "Et si ou i aime pas mon misique allé fé bour à ou !" assourdit la région, du Gol à Tapage ?

Voilà ! Lorsque j’étais môme, c’est comme ça qu’on parlait à La Rivière. Prétendre qu’il y aurait des Basques parmi nos ancêtres, il n’y a pas des kilomètres.
 

 

La maison hantée

Il y a d’autres recoins où l’on vocalise plus qu’on ne parle : Saint-Joseph, Grand-Bassin, entre autres. D’où gag comique.

La vieille Lucida, qui donnait un coup de main à Mémé Anéa de Saint-Jo, lui disait : "Anéa ma fiiiiiiille, moune La Riviiiiir-là, ça i chante vouiiiiiii…"

En disparaissant, Papa Jules n’avait laissé à Justy qu’une impressionnante série de dettes : les emprunts qu’il avait dû contracter pour monter sa petite entreprise de construction de routes. Ça marchait mais, trahi par son pancréas, il nous a laissés. Justy a dû rembourser. "Ti-Jules" nous a quand même laissé, route Hubert-Delisle au Ruisseau, la maison familiale, une grande case en bois, bois-de-fer et bardeaux s’il-vous-plaît, qui en jurait par son volume et ses proportions.

Quelques années plus tard, très mal conseillée, notre mère décida d’abattre la vieille maison pour en construire une autre, en "dur". Une affreuse bâtisse carrée à étage, à l’esthétique douteuse, style blockhaus qui n’aurait pas dépareillé la Ligne Maginot… qu’elle n’a jamais pu achever faute de moyens. La maison fut vendue en l’état, c’est-à-dire juste les murs et la toiture (voir photo), pour rembourser la Caisse centrale, ancêtre de l’IEDOM.

Notre maison fut vendue et revendue au moins dix fois parce que… un fantôme venait régulièrement empoisonner la vie des travailleurs désireux d’achever la bâtisse. Coups de pieds aux fesses, baffes sonores, moustaches tirées… Une fois, un camion de livraison de sable, garé freins tirés dans la pente de l’allée du garage, se débloque on ne sait comment, dévala la pente et s’en fut escagasser une camionnette roulant route Hubert-Delisle en contrebas.

On raconte qu’une vieille dame, SDF, avait installé son campement de nuit au rez-de-chaussée, dormant sur de vieux cartons.

Un matin, on retrouva son corps empalé sur les fers à béton de la future fosse septique. Le médecin estima que pour être ainsi mutilée, elle avait dû tomber du premier étage. Or, l’escalier du premier étage n’avait jamais été construit !

D’où la réputation de maison hantée de notre vieille demeure familiale.

Pas plus d’ectoplasme que de beurre en broche !

Un jour, bien des décennies plus tard, la maman de José Payet (Studio Oasis) me clama : "Allez dans zot’ vieille case, vous va trouve vot’ papa !"

Désireux d’en avoir le coeur net, en bon journaliste que j’étais, je me résolus à y passer deux nuits. Si Papa il y avait, j’avais quelques questions à lui poser. Je passai donc deux nuits sur le sol de la future salle de réception, armé de ma lampe de poche, de tortillons anti-moustiques, de deux paquets de Gauloises, avec le chaleureux soutien de mon pote Walker. Le J & B eût été mal venu, non ?

Je ne vis que des compagnies de tangues, quelques chauves-souris, des nuées vrombissantes de choses ailées. Mais de Papa, point.

Ma grand-mère Mamie-de-Cilaos m’expliqua que s’agissant d’un fantôme de la famille, je ne pouvais pas le voir. Ce qui intéressait l’autre malicieux, c’était d’empêcher qu’un étranger s’installât sur notre terrain. Je n’étais pas un étranger, CQFD ! Selon elle également, il devait plutôt s’agir de mon grand-père Jules Élysée.

Mon ami Daniel Ravate, imam du Sud, me dit qu’il s’agissait plutôt de djinns. Ces lutins de la mythologie musulmane cherchent toujours un endroit où se caser. Lorsqu’ils en trouvent un à leur convenance, ils font toutes les niches possibles et imaginables aux fâcheux qui auraient le front de venir troubler leur quiétude.

Cela risque de rester à jamais une énigme non résolue car un courageux a rasé la vieille demeure inachevée pour bâtir un immeuble de rapport en lieu et place. Souhaitons que ses futurs locataires n’aient pas trop à se plaindre de portes qui claquent, de robinets qui fuient, sinon de massacreur à la tronçonneuse.

Voire ! Comme dit l’ami William : "Il y a plus de choses dans le ciel, Horatio, que ton esprit ne saurait en concevoir".

Sorbets de l’eau-sorbets, Fernandel, Tex Tone…

La route Hubert-Delisle, dans les sixties, était juste macadamisée. Inutile de vous dénombrer les "brossages" et autres gades en vélo dans ce chemin pentu, "sablozoeufs-mal-au-nez". Pardon, je plagie Pierre Repp : "sablonneux, mal aisé", aaaaarrrrrggggg !

Pour nous rendre chez Ah-Ton, à cent mètres plus bas, nous avions choisi d’y aller pedibus cum jambis, c’était plus sûr. Ah-Ton, c’était la grotte aux trésors comme chez tous les Chinois d’alors. C’était également l’antre aux quarante voleurs quand nous y posions le pied ! C’est qu’il y avait tout, là-dedans. D’abord à bâfrer…

Ce "petit Chinois" (un mètre cinquante-cinq tout mouillé) et son fils, notre pote Jean-Claude, fabriquaient eux-mêmes les petits LU qu’ils mettaient à sécher sur le comptoir. Il en disparaissait régulièrement quelques-uns. Puis les "boules chinoises", pâtisseries rondes, marron clair, grasses et sucrées si délicieuses que c’en était un péché.

Pour quelques francs CFA, nous nous approvisionnions de "sorbets de l’eau/sorbets de lait", cubes dégoulinants de délices, servis dans du papier-carton marron. Pendant que l’un de nous distrayait Ah-Ton, les autres se pressaient autour du grand bac en bois rempli de tourteaux pour les cochons. Des tourteaux à base de pistache, succès, qui ne finissaient pas toujours dans le manger-cochon.

Ah-Ton recevait chaque mois les dernières productions des Editions "Mon Journal", histoires de cow-boys, Buck John, Kit Carson, Tex Tone et autres Oliver, succédané de Robin-des-Bois à bon marché.

Nous achetions pour cent fois rien de beaux macatias croustillants que Jean-Claude garnissait d’une louche de bonne graisse tirée directement du bac en tôle, une graisse blanche et marron où se nichaient de succulents petits bouts de grattons.

Des vélos "Hirondelle Saint-Étienne" pendaient au plafond. Dans les vitrines, de petits miroirs de poche portant, au dos, les photos d’Eddie Constantine, Fernandel, Georges Guétary… Vaisselle bon marché, marmites en fonte, cierges torsadés de communion, rouleaux de tissu kaki, briquets à amadou ou à essence… comme disait l’ancienne "pub pic et mab" de Ravate, il y avait tout, tout, tout !

Du sang, des larmes, des gonis, un pendu

Ce fut devant la boutique Ah-Ton que je pris pour la première fois de ma vie conscience de l’inanité des choses… et de ce qu’étaient ces crimes que nous ne voyions qu’au cinéma.

Nous étions occupés à chiper quelques pistaches sans doute, lorsque nous entendîmes hurler au-dehors. Nous nous précipitâmes… L’horreur !

Une femme d’une trentaine d’années, soutenue par deux amies, roulait des yeux effrayés prêts à jaillir de leurs orbites. Robe inondée de sang et, sur les clavicules, deux larges coupures laissant apparaître l’os à nu. Elle put expliquer avec difficultés que son frère, pété comme un coing, avait voulu lui faire son affaire, qu’elle s’était défendue et que fou de rage, il l’avait sabrée avec acharnement. Elle était aussi entaillée sur ses avant-bras et ses mollets.

On installa la malheureuse dans un fauteuil pliant apporté par Jean-Claude Ah-Ton. Quelqu’un alla quérir Edmond-de-Bardon, le seul taximan de Ruisseau/La Rivière pour la conduire à l’hôpital de Saint-Louis. Monsieur Ah-Ton lui mit des compresses imbibées d’alcool bleu sur ses plaies sanguinolentes. Lorsque Edmond arriva, il fallut encore lui donner des gonis, histoire de protéger ses précieux coussins du sang de la victime. Ah-Ton y consentit immédiatement. Une crème, cet homme, je vous dis !

Elle fut opérée de justesse par le docteur Edwards, un des seuls alors, avec "Mélo" Dambreville, à exercer entre Étang-Salé, Saint-Louis, La Rivière et Cilaos !

Vite alertés, les gendarmes de La Rivière s’étaient lancés à la recherche de l’homme qui avait voulu tuer sa soeur. Il habitait chemin du Bois-de-Nèfles, dans les bas du Ruisseau, était honorablement connu, sauf lorsqu’il se pintait, ce qui lui arrivait encore souvent. Solide travailleur également.

Il n’était pas allé bien loin…

Il était dans la cour de la maison qu’il partageait avec sa soeur. Pendu au manguier de la cour.

Quand vous avez huit ans, ce genre de truc vous marque à jamais
 

 

Les filles "madame Carnot"

Toujours route Hubert-Delisle mais côté Sud-Est cette fois par rapport à chez nous, il y avait une autre boutique-Chinois, chez Ah-Vi. Juste en haut de la Pente-Nicole, croisement de la route de Tapage.

Nous n’avons jamais su pourquoi Ah-Vi avait pour épouse madame Ah-Tite. Amis ? Associés ? Époux ? Amants ? Le mystère restera entier. On y trouvait moins de trésors que chez Ah-Ton mais on y était accueilli avec la même gentillesse et l’on y trouvait aussi de quoi faire bouillir les marmites.

Ah-Vi, situation stratégique oblige, avait tous les clients du coin mais surtout les planteurs descendant de Tapage. Ah-Ton monopolisait ceux du Gol et de Ruisseau. Ah-Vi était sur le chemin de l’école, d’où une vente forcenée de macatias et petits pains le matin.

Il avait un autre avantage : sa boutique était juste en face de la maison de madame Carnot. Cette brave dame pratiquait le pressage des cannes dans sa presse artisanale, faite de deux gros rouleaux en bois tournant en sens inverse. Il lui restait toujours un peu de ce jus de fruit à nul autre pareil. Parole, je n’ai JAMAIS dégusté de jus de fruit, orange, pomme, mangue, gouyavier ou tout ce que vous voudrez, qui arrive à la cheville du jus de canne !

Madame Carnot avait, sans le savoir, un autre avantage, ses deux filles. Deux plantureuses filles de 16/17 ans ne portant jamais que des corsages diaphanes… et rien d’autre. Pour des "même-pas-ados" délurés, c’était Éden, Sodome, Gommorhe… Les curés et "madames catéchiss’" devraient se méfier des images qu’ils utilisent !

La « Micheline-l’autorail »

Ces deux pousse-au-crime au corsage transparent ne faisaient partie, en réalité, que de ces innombrables très jolies filles qui ont, de tout temps, fait la réputation de La Rivière (avec celles de Saint-Joseph, je l’admets).

Je me souviens des jolis minois d’Huguette Boisvilliers, de Maryline Alenvert, de Gabrielle, des traits fins et malicieux de Liliane, de la silhouette avenante de "Marie de Tata"…

Je me souviens de "Micheline l’autorail" ainsi appelée pour des raisons évidentes. Elle travaillait comme bonne chez "mââââme Georges", tante Lucette, juste en face de chez nous. Pas avare de ses charmes pour un franc (même CFA, c’est peu !), elle en faisait généreusement profiter les adultes qui insistaient un peu. Nous ? Trop jeunes pour y goûter, nous nous contentions de "lookater" par les interstices du garage où se tenaient des rendez-vous amoureux aussi prohibés que vite faits.

Nous pouvions observer "mââââme Georges", tante Lurette, à loisir. Sa maison était juste face à la nôtre. Chaque matin, du haut de son étage, elle vidait son broc de toilette directement dans sa cour. Juste sur la tête de "Tambour"… son chien jaune. "Kaï-kaï-kaï"…

Juste après, elle descendait morigéner Jo, notre pote Jo, qui s’époumonait à répéter ses leçons à haute voix.

"La taupe est un animal fournisseur".

"Pas fournisseur, mon enfant ! Fouisseur. Fouisseur".

"Oui momon… La taupe est un animal fournisseur…"

Malgré quelques erreurs de jeunesse qu’on lui passe volontiers, notre pote Jo a accompli une admirable carrière dans le paramédical, notamment au Foyer Albert-Barbot et à l’Hôpital d’enfants de Saint-Louis. Faut dire aussi que "tante Lucette" était une institutrice hors-pair. Même l’idiot mathématique que je suis avait fini par comprendre, grâce à elle, ce qu’étaient 75 centilitres :

"Hein ! mon enfant… Tu vois une bouteille de Vichy ?"

Vichy Célestins, bouteilles râpeuses, il n’y avait que ça alors.

"Ben c’est ça soixante-quinze centilitres".

C’est resté gravé là.

Compassionnel à contre-raison

On est sentimental en début d’existence, on se laisse vite aller à la compassion. C’est après que la vie vous rend égoïste.

À côté de chez Ah-Vi, il n’y avait pas que les filles de madame Carnot. Il y avait, juste dans le creux du virage, juste avant la maison des institutrices Payet et l’école des filles, un cordonnier-savetier. Oui, ça s’appelait… et ça s’appelle toujours comme ça : un artisan qui répare et sait même fabriquer des chaussures sur mesure. Je me souviens des sourires de mon Pépé Justinien : il n’en a jamais possédé plus d’une dizaine de paires toute sa vie durant. Il les faisait faire sur mesure par un bottier de Saint-Joseph, en gros cuir épais. Ça brillait, c’était du solide. Et quand il vous le mettait au cul, ça faisait mal.

Le bottier du Ruisseau était de cet acabit.

Un jour, Justy m’envoya chez lui faire réparer la seule paire de groles que je possédais. Vous ai-je dit que nous étions fauchés ? Mes pompes prenaient l’eau, étaient limées par les frottements, les rafistoler revenait moins cher qu’en acheter des neuves.

Ce qui me ramène à une réflexion de M. Fettaz, notre prof de français à Leconte-de-Lisle, commentant un passage de Balzac : "Il faisait ressemeler ses bottes. Ce qui signifie qu’il n’avait pas les moyens de s’en acheter des neuves". Bon, passons !

Arrivant chez cet homme, je le trouvai sur le seuil de sa cahute, reniflant sa morve. "Moin lé pas bien jordu. Moin lé in’ ti peu malade".

Je rentrai à la maison, pleurant à chaudes armes parce que ce pauvre homme était mourant. Justy m’expliqua qu’il était beurré, c’est tout.

"Sentimantique et romantal", comme le traduisit plus tard, bien plus tard, mon ami Jean-Claude Fruteau lorsque je la lui racontai.

Le goût du "vrai" lait boeuf moka

Je n’aime pas le « lait entier » vendu en bouteilles agrémentées d’un bouchon rouge ! Quant aux laits écrémés ou demi, ça n’est pas du lait. Il en a l’air mais jamais le goût : c’est de l’eau colorée en blanc.

Le lait de "monsieur Caro", ça oui, c’était du lait !

Monsieur Caro était le papa de mon pote Camille, devenu infirmier je crois. Il avait sa case face à Chez Ah-Ton et possédait, ô merveille ! un boeuf et une vache moka. Ou conné encore koça i lé in boeuf moka, au moins ? Ce qui fait qu’outre les services que lui rendaient ces estimables bestioles pour conduire les cannes des autres à la balance Coco tenue par mon papa, il livrait du lait frais chaque matin dans les parages.

Malgré la faiblesse de ses moyens because le départ de mon papa, Justy a toujours tenu à nous servir du "vrai" lait chaque matin. Monsieur Caro déposait sa bouteille à cinq heures. Justy le faisait bouillir et nous servait notre bol de lait chaud. Elle mettait soigneusement de côté la crème de la cuisson et, au bout d’une semaine, elle en avait assez : à la fourchette, elle battait cette crème jusqu’à la transformer en beurre, un VRAI beurre, "non lavé" comme ils disent. Un beurre assaisonné d’un peu de sel, ce qui en faisait une merveille.

Aujourd’hui, devenu intransigeant sur ce qu’on me force à avaler, je ne tolère qu’un seul lait, entier non pasteurisé, dont le goût me rappelle le lait de monsieur Caro.

Le « 10 heures » de monsieur Clé Rivière

Oui, elle me reste chère au coeur, "ma" Rivière, malgré ses transformations. Malgré ses inévitables transformations contre lesquelles il serait vain de se révolter. Tant "il est dérisoire de lutter contre l’inéluctable !"

Comment oublier le vieux Gaffa, contrôleur sur car Patel ? Il ronchonnait beaucoup mais grâce à lui, nous étions au courant des dernières créations de Loulou Pitou ou Jules Arlanda. Car les chansons de nos artistes locaux alors, faute d’être diffusés sur les ondes, se transmettaient d’un contrôleur de car à l’autre.

Comment oublier que la belle Cliette a perdu sa jupe lors d’une représentation à l’école des filles du Ruisseau ! Cliette était la fille de monsieur Clé Rivière, instituteur en classe de Fin d’études. Malgré sa propension affichée pour le rhum du Gol, il menait ses ouailles à bon port. In jour comm’ ça…

Un de ses élèves, sans doute trop morigéné à son gré, lui joua un très mauvais tour. Expédié chez "Chinois-Neuve" en face lui rapporter un bon demi-quart de rhum, le commissionnaire apporta la bouteille fautive chez Frantz Fontaine, le directeur. Lequel éclata de son invraisemblable rire habituel et lui dit simplement : "Si tu n’as pas ton certificat, reviens me voir !"

Le mec eut son Certif’.

Et tout le monde foutut la paix à monsieur Clé.

 

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