JIR : Un plan de continuation qui interroge

Première réaction : ce serait la fin du pluralisme de la presse. Quel que soit le jour de la semaine, le Réunionnais qui se rendrait à la boutique le matin pour acheter ses deux journaux comme il en avait l’habitude, n’en trouverait qu’un seul. Difficile dans ces conditions de continuer à parler de pluralisme.
D’autres réflexions me sont immédiatement venues à l’esprit en écoutant la vidéo. J’ai bien entendu le PDG du JIR affirmer haut et fort qu’il se battait pour préserver les 108 emplois de son journal. Sauf qu’à première vue, et au risque de me tromper, ce que je reconnaitrais bien volontiers si c’était le cas, il n’y a pas besoin de 108 personnes pour faire un magazine hebdomadaire et faire tourner un site comme Clicanoo. Et il n’y a pas besoin de 56 journalistes comme c’est le cas actuellement au Quotidien pour publier un journal qui ne paraitrait que 5 jours sur 7. Il y aura donc de la casse sociale, et pas qu’un peu.
D’autant que l’on peut aussi s’interroger sur la viabilité économique d’un tel montage. Un site internet rapporte beaucoup moins de publicité qu’un quotidien papier et il est peu probable qu’un magazine hebdomadaire puisse ramener suffisamment de pub pour permettre aux deux entités de vivre. Ne court-on pas le risque, une fois de plus, de retrouver le JIR « nouvelle-nouvelle formule », devant le tribunal de commerce dans quelques mois ?
D’après la vidéo publiée sur Clicanoo, en fait de rapprochement entre les deux journaux, on assisterait plutôt à une prise de contrôle du Quotidien par le JIR. Avec Jacques Tillier à la tête des deux entités. Dans ces conditions, et connaissant l’aversion (et le mot est faible) des journalistes du Quotidien pour le PDG du JIR, le sujet de la clause de cession risquera de se poser avec encore plus d’acuité dans la mesure où les journalistes du Quotidien n’accepteront pas une direction et un actionnariat « JIR ». À ce stade, on peut légitimement se poser la question de savoir comment le « nouveau-nouveau JIR » envisage de financer les centaines de milliers d’euros que va représenter l’ensemble de ces clauses de cession.
La seule solution pourrait consister en l’attribution massive de subventions nationales et régionales. Et là aussi, on peut en douter au vu des déclarations de la Ministre de la Culture qui indique que l’État ne peut débloquer de subventions à une société qui n’est pas en règle par rapport à ses obligations fiscales et sociales. Même problématique du coté de la Région qui semble refuser d’octroyer une aide au JIR pour des raisons qu’il lui appartiendra de préciser.
Pour finir, la période d’observation permet certes de geler les dettes mais elle ne permet pas pour autant de retrouver de la trésorerie courante. Or, sans trésorerie nouvelle, il sera difficile en même temps de tenir jusqu’à la fin de la période d’observation et en plus de financer le lancement d’un nouveau magazine hebdomadaire comme annoncé.
Ça fait beaucoup de handicaps…


