Injection illégale de botox ? Une infirmière et une médecin jugées à Saint-Denis

Le tribunal correctionnel de Champ-Fleuri s’est penché ce vendredi 12 septembre sur le cas d’une infirmière soupçonnée de pratique illégale de la médecine. Une médecin généraliste, soupçonnée de l’avoir aidée, devait également répondre de plusieurs infractions. Sur le commerce d’injections de botox, pratique populaire depuis quelques années, la réglementation semble perdre à peu près tout le monde.
C’est une affaire peu banale qui occupe la matinée du tribunal correctionnel de Saint-Denis ce vendredi 12 septembre. Louise*, infirmière de 27 ans, est jugée pour pratique illégale de la médecine et utilisation d’un produit n’entrant pas dans le cadre des normes de l’Union européenne.
À ses côtés, Vanessa*, médecin généraliste, est par ailleurs jugée pour complicité de pratique illégale de la médecine, prescription de médicaments restreints et achat de produits non conformes. Autrement dit, les deux femmes sont soupçonnées d’avoir pratiqué des injections à visée esthétique, en utilisant du botox, alors qu’elles n’en avaient pas le droit.
Premier signalement d’un professionnel
Dans le courant de l’année 2024, un professionnel de l’esthétique dépose une plainte concernant un compte Instagram. Ce dernier propose en effet plusieurs prestations : des injections pour les lèvres, pour redessiner une mâchoire ou un nez… bref, une remise en beauté pour un coût inférieur à celui d’un cabinet classique.
Trois à quatre cents euros la piqûre : de quoi attirer. Car, comme le montre l’enquête menée à la suite de cette plainte, le cabinet médical de Vanessa a bien vu ses revenus augmenter depuis qu’elle a engagé Louise comme assistante médicale. Le compte Instagram est d’ailleurs géré par cette dernière : auparavant installée en métropole, la jeune femme est venue s’installer début 2023 sur l’île pour y pratiquer ses injections. L’esthétique, explique-t-elle à la barre, est pour elle une véritable passion.
Si, dans un premier temps, son affaire fonctionne sans accroc dans un local de l’Ouest, les recettes commencent à s’amoindrir face aux dépenses qui s’accumulent. Louise consulte alors son comptable, qui lui signale un problème de taille : les injections qu’elle pratique doivent être effectuées sous la responsabilité d’un médecin.
Ni une ni deux, elle liquide son activité et cherche à se mettre en conformité, comme son avocate le souligne à l’audience. C’est ainsi que Louise croise la route de Vanessa, médecin installé dans l’Ouest. La praticienne recherche justement une assistante médicale. Grâce à la CGSS, qui s’est constituée partie civile dans ce dossier, les généralistes peuvent bénéficier d’une aide pour recruter une assistante, chargée de la prise en charge des patients et de l’administratif.
Injection esthétique : une mode dangereuse
Popularisées ces dernières années avec l’explosion des réseaux sociaux et des influenceurs, les injections de toxine botulinique (dans le jargon, du Botox, la marque la plus connue) sont devenues un phénomène de mode. Comme l’ont souligné à plusieurs reprises les avocats de la défense, il s’agit même d’un diktat, dans une société où l’apparence compte énormément.
En Hexagone, plusieurs personnes ont déjà été condamnées pour exercice illégal de la médecine. Les « sœurs Botox », dans le Nord de la France, dont l’aînée se présentait comme « Docteur » sur Instagram, n’avaient aucune qualification médicale : quatre ans de prison. À Marseille, une femme, qui affirmait s’être formée grâce à des vidéos, a écopé de 18 mois avec sursis… Les exemples ne manquent pas, mais diffèrent du dossier d’aujourd’hui : toutes ces personnes condamnées étaient étrangères au monde médical.
Ici, Louise et Vanessa évoluent dans ce milieu : l’infirmière était convaincue d’agir dans son bon droit et organisait les rendez-vous en plus de pratiquer les injections. La médecin assure, elle, avoir suivi une formation dans une école privée parisienne de médecine, où des cours de chirurgie esthétique lui auraient été dispensés.
C’est selon elles en toute bonne foi qu’elles ont, dans l’arrière-salle du cabinet de Vanessa, poursuivi ces injections de toxine botulinique. Un second point joue en leur faveur : l’absence de victimes. Dans les affaires évoquées plus haut, des patientes avaient subi de graves complications après des injections ratées. Rien de tel dans ce dossier.
Une zone grise
Les médecins généralistes ont-ils le droit, oui ou non, de faire des injections de botox ? Si la réponse n’est écrite nulle part noir sur blanc, l’Ordre des médecins, dans une décision de septembre 2024, précise que ces injections sont réservées à certaines catégories de professionnels : dermatologues, chirurgiens plastiques, médecins esthétiques (trois écoles reconnues existent en France) et ophtalmologistes.
Or, cette décision est postérieure à la période des faits reprochés à Louise et Vanessa. Difficile donc d’avoir une réponse tranchée.
Le Parquet requiert deux ans avec sursis
Lors de ses réquisitions, le Parquet n’a pas ménagé Louise et Vanessa. Selon la procureure, les deux femmes n’avaient pas conscience des risques encourus par leurs patientes. La pratique, encadrée et délicate, peut avoir de lourdes conséquences physiques et psychologiques.
Elle souligne également l’utilisation de produits non conformes aux normes de l’Union européenne. Sur ce point difficilement contestable, les prévenues évoquent une simple méconnaissance. Le doute n’étant pas permis sur les actes pratiqués par l’infirmière, le ministère public, s’appuyant sur les textes en vigueur de l’Ordre des infirmiers, a requis : deux ans de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et une interdiction d’exercer pendant deux ans.
Sur le banc des parties civiles, outre la CGSS, figuraient l’Ordre des médecins et une patiente expliquant que sa mère et elle avaient reçu des injections de Louise. Elles demandent réparation. L’Ordre des infirmiers, également présent, déplore un manquement à la déontologie.
La défense, elle, a insisté sur la « zone grise » entourant les injections, tout en reconnaissant l’erreur d’avoir acheté des produits non conformes. Elle a dénoncé des réquisitions jugées « trop sévères ».
En attendant, l’infirmière et la médecin seront fixées sur leur sort en octobre prochain.
*Prénoms d'emprunts


