Homophobie: La Réunion n'est pas épargnée

Un homme et une femme, tout va bien. Plusieurs hommes et plusieurs femmes passe encore, du moment que les choses se font "normalement", comme disent certains. Mais les relations d'autrui avec une personne de même sexe, cela en dérange plus d'un. L'homophobie ou peur de l'homosexualité semble encore bien présente.
Le dernier rapport de SOS homophobie fait état d'un "triste record" d'affluence pour l'année 2010. Il indique que les témoignages d'agressions physiques à caractère homophobe se multiplient entre 2009 et 2010, même si, la plupart du temps, les violences faites aux gays, lesbiennes, bisexuels ou transsexuels prennent la forme d'injures ou de rejets.
La Réunion, pas vraiment un modèle
A la Réunion, difficile de faire un état des lieux. Aucune association pour gays et lesbiennes sur le département pour évaluer la situation, et les Réunionnais ne contactent pas ou très peu SOS homophobie. Ce qui ne signifie pas moins de discriminations qu'ailleurs...
Patrick Garaud, ancien prétendant à un doctorat, a soutenu une thèse à l'université de la Réunion en 2004 sur le sujet. Il y évoque la particularité du contexte local. "Nous aurions pu penser que l’île de la Réunion, décrite comme un modèle de tolérance sociale, aurait été le creuset d’une société ou la tolérance sexuelle en vu du libre épanouissement de chacun aurait été de mise. En fait, il n’en est rien. La morale commune est un syncrétisme où les préceptes religieux sont largement présents", écrit-il.
Autrement dit, l'île n'est pas épargnée par les actes homophobes. Au contraire, l'isolement insulaire ainsi que le fort poids des religions, généralement opposées aux relations homosexuelles, pourraient accroître la "pression sociale" à la normalité, selon lui.
Un tabou très fort
Pression sociale, tabou et exclusion effraient. A tel point que l'homosexualité est parfois désavouée par les homosexuels eux-même. Damien, enseignant-chercheur à Saint-Denis, raconte s'être retrouvé face à des situations au bas mot "cocasses" dans sa vie intime.
"Certains copains qui pourtant avaient des rapports sexuels avec d'autres hommes refusaient, dans un déni incroyable, d'admettre leur homosexualité! J'ai l'impression que le tabou est plus fort ici qu'en métropole".
Lui, dit ne jamais avoir avoir été victime d'homophobie. "Peut-être, suppose-t-il, parce que je suis discret". Mais il reconnaît être un "cas particulier", a fortiori parce que l'annonce de son homosexualité à sa famille s'est "bien passée, à la différence de beaucoup d'homos hommes ou femmes".
La loi sanctionne aujourd'hui les discriminations sur une base sexuelle, ce qui n'empêche pas un grand nombre d'hommes et de femmes de vivre leurs relations amoureuses dans le silence par crainte de l'incompréhension et de la réaction homophobe, parfois manifestée par les proches qui leurs sont le plus cher...



