Hommage à Philippe Baptisto !

Il y a quelques minutes, ton neveu Christian Baptisto, talentueux ami, musicien irréprochable et appréciable collaborateur, m’appelait pour me dire que tu nous tirais ta révérence. Comme ça ! Sans prévenir.
Toute l’île connaît ton neveu et son « Z’enfant les hauts ». Personne ne te connaît, hormis ceux qui ont vécu à La Sakay, dont tu étais l’incontestable figure de proue.
C’est là que nous nous sommes connus. La sympathie fut immédiate. Mêmes amoureux de la vie, mêmes fous de ce merveilleux pays malgache, mêmes gourmands, mêmes gourmets…
Il ne m’étonne pas que Christian soit un musicien génial. Ce doit être de famille.
Lorsque je repris l’orchestre de Babetville, en 1970, tu t’es immédiatement lové dans la structure. D’abord à la batterie. Tu étais un percussionniste de premier plan ; ton roulement de caisse claire m’est resté dans le coco. Ensuite comme crooner. « Une rose pour Sandra »… « La nuit »… « J’ai tant besoin de toi »… Tu entraînais les danseurs sur la piste par ta voix chaude, prenante.
Nous avons ainsi assuré un bal au Cercle ou un mariage, chaque semaine.
Un autre ami disparu, Jean-Hugues, chantait et jouait avec nous. Lui aussi a fichu le camp sans prévenir, il y a un peu plus d’un an. Il chantait « Une petite fille » de Nougaro et tu le suivais sur tes caisses claires, avec les balais pour donner de la tendresse à ta rythmique.
Tu étais (nous étions) amoureux de la bonne bouffe. Nous comparions nos recettes de cuisine. Evidemment, la diététique n’était pas de nos préoccupations premières.
Etions-nous heureux, Philippe ? L’avons-nous été après la catastrophe de La Sakay ? Je ne le saurais dire, ami. Sans doute la nostalgie nous a-t-elle bouffé l’âme…
Avons-nous vécu comme nous l’aurions souhaité ? Je ne saurais le dire. Mais là où tu es, tu sais au moins que l’on continue de t’aimer, Philippe.
Que les Muses de la musique, de l’amitié, de la tendresse et de la bonne bouffe te tissent une route semée de roses.
JULES


