Histoire météorologique : 29 avril 1892, l'horreur s'abat sur Maurice.

La routine c'est confortable, c'est rassurant...mais, en matière de cyclone cela peut rapidement se transformer en piège mortel. Rendez-vous compte ! disent les experts de l'époque, aucun météo n'a jamais frappé l'île Maurice entre le 12 avril et le 1er décembre depuis 1759, date de naissance des archives météorologiques !
En outre, la trajectoire n'est pas bonne, les vents ne viennent pas de la bonne direction ! C'est sur ces postulats erronés qu'en dépit des observations inquiétantes qui s'accumulent au cours des journées précédant le drame : houle forcissant sensiblement, sautes de pression, temps maussade...l'on statuera qu'un violent cyclone est inconcevable et qu'il n'y a rien à craindre de pire qu'un peu de pluie et de vent.

Trajectoire du cyclone du 29/04/1982 - Source : www.firinga.com
Lorsqu'ils réalisent à quel point ils se sont fourvoyés, il est bien trop tard comme toujours ! Le télégraphe est HS et, vers 11 heures, les 70 000 habitants de Port Louis prennent conscience que leur situation est critique.
Très vite, ils se retrouvent piégés dans une tourmente cauchemardesque où le vent rugit férocement et gagne en puissance de minute en minute. Quant à la rade de la ville, les remous y sont si terribles, qu'elle ne ressemble plus qu'à un maelström anarchique débordant généreusement sur la ville alentour et drossant les navires, et les pauvres marins qui tentent de sauver leur gagne pain, vers des obstacles mortels.
Les rafales sont si violentes que leur souffle démonte les constructions pièce par pièce, cloison par cloison comme un gosse facétieux maniant des Lego. Nombre de victimes périront ensevelies sous les décombres de leurs maisons devenues de tragiques sarcophages.
L'obélisque de Malartic elle même, pourtant massive sera "sciée" en deux par les vents ! Au fait de sa puissance, on enregistrera une pression de 710 mm à Port Louis (soit 947hpa)...autant que pour le cyclone de février 1932 à La Réunion. Les anémomètres ont lâché autour des 240 km/h, il est probable que les rafales soient montées beaucoup plus haut localement !

Obélisque de Malartic abattue, vue après le passage du cyclone
Vers deux heures de l'après-midi, le vent faiblit tandis que le centre du cyclone "survole" Port Louis. Courte accalmie en trompe l'œil puisque le cyclone continuera de se déchaîner avec une cruauté redoublée jusqu'au crépuscule.
Les secours s'organisent donc à la seule lueur de la lune, sans doute voilée de nuages, compromettant grandement les chances de survie des victimes.
Telle une hache météorologique, le mur de l'œil a fendu la ville de part en part, ne laissant dans son sillage sanglant que des amas de gravats enchevêtrés avec des débris divers et surtout des corps par centaines...
Au fur et à mesure du recensement, il faut se résoudre à l'évidence : c'est une véritable hécatombe !
Entre 1 200 et 1 500 morts, plus de 5 000 blessés, 25 000 sans abris, un tiers de Port Louis entièrement rasé, sans compter les dégâts aux cultures. Il s'agit du pire sinistre de l'histoire de l'île et même des Mascareignes, fruit d'un cocktail calamiteux : une zone portuaire densément peuplée, un manque de vigilance, un mur de l'œil qui ne dévie pas.

Plan de la ville montrant les parties détruites par le cyclone
Il est sans doute bien peu de familles mauriciennes qui n'aient à pleurer un mort, à héberger des proches sinistrés ou à pâtir économiquement des conséquences de ce météore à l'époque.
Le retentissement de ce drame sera mondial de l'Australie au New York Times, en passant par l'Inde et l'Europe. Des galas de charité seront organisés, des poèmes déclamés et, encore aujourd'hui, certains auteurs évoquent le grand cyclone de 1892. Il faudra attendre Carole en 1960 pour que le souvenir de ce drame ne soit en partie éclipsé dans les mémoires locales.
Assurément, où que l'on habite dans le sud de l'océan indien, ce vendredi 29 avril 1892 est une date à retenir, comme un avertissement...

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*Article initial rédigé par Mathieu Clement pour Actus Météo 974*


