Revenir à la rubrique : Faits divers

"Heureusement que tu as bien répondu, sinon je t'aurais coupé la tête"

Les violences ne sont pas toujours physiques. L'homme qui comparaissait ce mercredi dans le cadre de la comparution immédiate pour des faits de violences intra-familiales aggravées dans la commune de Saint-Paul en est la preuve. Une fois encore, le tribunal a été confronté aux effets dévastateurs de l'alcool, qui entraine des violences psychologiques extrêmement graves.
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 10 septembre 2021 à 10H41

Kevin P., 26 ans, père de 5 enfants, est d'humeur festive le 5 septembre dernier. Il passe sa journée à boire avec ses dalons alors que sa femme passe la sienne à lui demander d'arrêter. "Rentre", lui dit-elle, "T'es pas ma mère", répond-t-il, menaçant de lui couper la tête quatre fois. Il finit par rentrer à la case à 23h dans un état d'alcoolisation tel que les lignes qui vont suivre font froid dans le dos.

Arrivé dans un état second et d'excitation, il lui crie qu'il ne va pas la frapper mais l'atteindre à travers les enfants. Il s'empare d'un sabre et met des coups sur une porte, le bar et le frigo. Il menace sa femme et ses enfants en hurlant qu'il est un loup-garou et qu'il a besoin de sang. Il entre dans la chambre, ou par peur ses enfants se sont réfugiés, armé d'un sabre. 

"Qui je vais tuer en premier ?", "Personne, papa"

Il s'adresse à sa fille ainée et lui demande, la menaçant du sabre : "Qui je vais tuer en premier ?", "Personne papa", répond la petite. "Heureusement que tu as bien répondu, sinon je t'aurais coupé la tête", lui lance son père.

Alors qu'il est débarrassé de l'arme, ses enfants le supplient d'arrêter. Alors qu'ils sont tous regroupés dans le salon à regarder la TV, une deuxième scène surréaliste se produit. Il s'en prend à la télévision et veut la casser car le présentateur lui parle mal. Et ce n'est pas tout, il s'en prend ensuite au pain qui, lui aussi, est en graine contre lui. Durant cette crise de folie, sa femme n'aura eu de cesse de protéger ses enfants et de vouloir calmer son mari. Elle aura une ITT de 3 jours. 

"Vous dites : j'ai besoin de sang. Vous imaginez la peur de vos cinq enfants !"

À la barre, il est tout penaud et en larmes à l'énoncé des faits. "Vous êtes dans la confusion la plus totale, vous faites n'importe quoi", fustige la présidente, indiquant qu'il a confondu tous ses enfants. Il reconnait tous les faits, même les violences sur le chien et le chat.

"Pourquoi vous n'êtes pas rentré chez vous quand votre femme est venue vous chercher ?", insiste la magistrate. "J'étais avec des camarades, je voulais faire la fête", dit le prévenu. "Vous dites : j'ai besoin de sang. Vous imaginez la peur de vos cinq enfants !", fustige la présidente. L'expert psychologue notera qu'il n'a pas de troubles mentaux mais que des soins sont indispensables, son véritable problème étant l'alcool. 

"Ce dossier fait froid dans le dos !"

De tous les prévenus de cette audience, il est le seul qui semble prendre conscience de ses actes, demandant lui-même à être suivi. "Il boit le week-end. D'habitude, ce sont des insultes, mais c'est la première fois comme ça", explique sa femme au tribunal. Elle informe également qu'elle a appris le matin même être enceinte de leur sixième enfant.

Pour le parquet, "les dossiers se succèdent et les violences sont toutes aussi dramatiques". "Ces faits qui ont atteint sa femme et ses enfants sont extrêmement graves. Ces scènes sont terrifiantes du point de vue des enfants. Il ne veut pas la frapper elle, mais l'atteindre à travers leurs enfants. Il reconnait et comprend qu'il a largement dépassé les limites, mais il sait qu'il réagit mal quand il boit et il continue ! Ce n'est pas à postériori qu'il faut penser au traumatisme subi par les enfants. Ce dossier fait froid dans le dos !", conclut la procureure. 

"Ça fait froid dans le dos, il a complètement pété les plombs !" 

Indiquant qu'il n'a qu'une mention à son casier, elle requiert une peine de 15 mois de prison dont 8 mois assortis d'un sursis probatoire pendant 3 ans, des obligations de soins, de travail, une interdiction de paraitre au domicile afin de protéger la famille et le maintien en détention.

"Ça fait froid dans le dos, il a complètement pété les plombs !", avoue la défense. "Il a fait n'importe quoi et regrette sincèrement, pour autant, la prison n'est pas la solution. C'était un délire créé par l'alcool et il va tout faire pour que ça ne se reproduise plus, sa famille a besoin de lui, ses enfants le réclament. La prison, OK, mais je vous demande un aménagement pour le contrôler", plaide la robe noire.

"Vous rentrez directement chez votre mère, c'est bien compris ?!"

L'avocate, bien aidée par le comportement de son client à la barre, obtient gain de cause en partie. Il est condamné à une peine de 18 mois de prison dont 10 mois avec sursis probatoire, des obligations de soins, de travail, une interdiction de paraître au domicile familial, mais pas au maintien en détention.

"Je ne prononce pas le maintien en détention mais ça veut dire que vous rentrez directement chez votre mère, c'est bien compris ?! Je ne prononce pas non plus d'interdiction de contact donc si vos enfants veulent venir chez votre maman, ils peuvent, mais vous n'allez pas chez vous. Le juge d'application des peines, si vous vous comportez bien et suivez vos obligations, pourra lever cette interdiction", conclut la présidente avec fermeté. 

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :