Grand Raid : Je suis diabétique et alors?

On pourrait croire, pour certains d’entre eux, que le Grand Raid est un jeu d’enfant. Si, si… A voir leur palmarès, on peut légitimement le croire: En 1995, le docteur Bekka emmène ses patients au prestigieux marathon de New York. En 1996, ils partent pour l’ascension du Kilimandjaro. En 1998, ils sont six à se lancer dans la traversée de la Manche à la nage. En 2000, douze personnes participent à une étape du Tour de France (étape tirée au sort pour les amateurs). Les voilà partis pour 160 km de vélo et trois cols à franchir, dont le redouté Mont Ventoux. En 2002, le docteur Bekka et ses patients affrontent les températures extrêmes du Pôle Nord. Ils parcourent la banquise pendant cinq jours, à -40 degrés. En 2003, ils partent en Chine. Avec la coopération d’une équipe médicale locale et la participation de patients chinois, ils roulent en VTT sur 220 kilomètres sur la muraille de Chine. Enfin, dernier exploit en date: En 2005, ils se rendent au marathon des sables dans le désert marocain. En autosuffisance, les athlètes doivent parcourir 220 kilomètres à 45° le jour et 2° la nuit.
Les voilà au Grand Raid 2008, "dans une nouvelle aventure humaine où l’on ne peut plus vraiment parler de rapports médecin-patients mais de rapports amicaux", souligne Yves Cottereau, retraité et diabétique de type 2. Nouvel exploit tenté, tous les autres ont été couronnés de succès. Ce qu’ils redoutent le plus ? Les incroyables dénivelés de la course.
José Vincent a 47 ans, cela fait 24 ans qu’il est diabétique. "On nous a bien prévenus des gros dénivelés qu’il allait y avoir. C’est cela qu’on redoute pas mal", explique-t-il. Pour ce technicien supérieur en maintenance industrielle, la rencontre avec le docteur Bekka lui a permis d’accepter totalement sa maladie, au point qu’aujourd’hui sa sœur ironise: "Tu as de la chance d’être diabétique". Il le dit lui même, "il est vrai que je ne serai pas à La Réunion en ce moment, je n’aurais jamais autant voyagé dans ma vie si j’avais connu un autre parcours de vie".
Delphine Arduini, 30 ans, est diabétique sous insuline depuis l’âge de 16 ans. Elle a rencontré le docteur Bekka lors d’un salon du diabète, au stand "Diabète et sports extrêmes" récemment. "Moi je continuais à faire du sport de haut niveau mais c’était le flou artistique. Le docteur Bekka m’aide vraiment pour ma préparation, la gestion de mon effort", raconte la jeune femme qui a toujours cherché à aller de l’avant.
Jacques Semail, 55 ans, était marathonien. Il y a encore quelques années, il n’aurait pas cru qu’un jour il serait à La Réunion pour faire le Grand Raid car pour lui, l’annonce de sa maladie a été comme "un K.O en boxe. L’idée que tout s’arrête".
Le docteur Bekka, diabétologue et ancien médecin sportif s’est vite rendu compte que la plupart de ses patients diabétiques tenaient un discours très fataliste. La peur de faire des malaises, par exemple, est un des arguments qui freine les patients. "L’activité physique est un des piliers du traitement du diabète", assure pourtant le docteur Bekka. Il a voulu prouver à ses patients que tout est possible, même les exploits les plus fous. Message qui doit servir à tous: "l’idée n’est pas d’aller tous les jours défier le Kilimandjaro mais chacun peut, et doit, avoir une activité physique. On doit se connaître, connaître sa maladie et continuer ses activités sans que le diabète ne devienne un handicap" rappelle-t-il.
L’équipe arrivera au stade de la Redoute dimanche après-midi.


