Gestion des déchets à La Réunion : exportation ou enfouissement, un débat stratégique

La Réunion accueille une nouvelle plateforme de traitement des déchets industriels dangereux. Huiles, produits chimiques, solutions acides, condensateurs, ou encore batteries lithium-ion, dont l'usage se multiplie avec les véhicules électriques, font partie des déchets pris en charge par cette nouvelle installation.
Extension du site SUEZ à Bois-Rouge
La nouvelle plateforme de Déchets Industriels Dangereux (DID), inaugurée à Bois-Rouge près de l’usine d’Albioma, marque une extension significative du site. Elle triplera la capacité d’accueil des déchets, répondant aux aléas comme la pandémie de Covid-19 ou les conflits géopolitiques (ex. Guerre en Ukraine, Covid), qui compliquent parfois les exportations.
Cette plateforme se concentre sur les batteries lithium-ion, présentes notamment dans les piles et les véhicules électriques. Auparavant, leur exportation nécessitait des protocoles complexes. Aujourd’hui, ces batteries usagées s'accumulaient sur l’île, sans solution pour leur départ.
Un demi-million d'euros pour traiter les batteries lithium-ion
L’installation d’une section dédiée au traitement des batteries lithium-ion a nécessité un investissement d’un demi-million d’euros. Ces batteries, hautement inflammables, sont rendues inertes grâce à un processus spécifique.

Selon Hervé Madiac, directeur régional de SUEZ Recyclage et Valorisation, ce traitement, qui s’étend sur sept étapes, est particulièrement exigeant. Les techniciens, spécialement formés, suivent des protocoles stricts pour éviter les incidents : ouverture des modules, vérification des composants, décharge partielle, et gestion des risques d’inflammation grâce à un système d’urgence (immersion dans l’eau). "Nous avons inventé cette méthode pour un milieu insulaire, ici même à La Réunion," précise Hervé Madiac.

Pour l’instant, seules les batteries intactes sont acceptées. Par conteneur, la plateforme peut stocker 21 batteries, avec deux conteneurs par bateau. Ces batteries seront prochainement acheminées vers Dunkerque, où une usine de recyclage est prévue.
Un laboratoire d’analyse unique dans les Outre-Mer
En parallèle, SUEZ a présenté un laboratoire dédié à l’analyse des déchets industriels et des effluents. Ce laboratoire, le premier de ce niveau dans les DOM-TOM, évalue la dangerosité des matériaux, contrôle la qualité de l’eau et participe à la valorisation des déchets. Auparavant, ces analyses étaient effectuées en métropole, en Corée du Sud ou en Australie. Ce gain de temps sera également bénéfique pour les entreprises locales, puisqu'ils pourront s'en servir moyennant finance.
Depuis 2013, la capacité de stockage du site de Bois-Rouge est passée de 485 à 1 281 tonnes. Ce projet, initié en 2004, a mobilisé un investissement total de plus de 2 millions d’euros.
Exporter ou enfouir : un choix stratégique pour La Réunion
Le coût de l’exportation des déchets dépend de leur nature, variant de quelques centaines d’euros par tonne à 500 000 euros pour les plus complexes. À cela s’ajoutent les frais de conditionnement et de transport, estimés à 1 000 euros supplémentaires.
Face à ces coûts, la création d’un centre d’enfouissement sur l’île est envisagée. Cette solution permettrait de traiter localement les résidus toxiques, notamment les REFIOM (résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères) produits par la technique de combustion de CSR (consistant à brûler des ordures triées pour en faire de l'énergie) via les unités de valorisation énergétique en construction à Saint-Pierre et Saint-André.
Fabrice Hoarau, élu chargé de l’environnement à la Région, a évoqué cette perspective : "Ces REFIOM devront être traités ici pour éviter une augmentation des coûts de l’énergie pour les ménages." Une étude conjointe de la Région, du syndicat Sydne et d’Ileva est en cours pour déterminer l’emplacement de cette future plateforme.


