Fukushima : Première réflexions après l'accident

Dangerosité comparée : C'est vrai que le risque statistique d'accident sur une centrale nucléaire est faible. C'est vrai aussi que les autres énergies présentent des dangers qui font des victimes : coup de grisou dans les mines de charbon, explosion de dépôts de pétrole, marée noire etc... Mais on voit bien que l'échelle du risque n'est pas du tout la même. Comme on l'a vu en 1986 à Tchernobyl et maintenant à Fukushima, dans le cas d'un accident nucléaire, la catastrophe prend des proportions apocalyptiques qui n'ont plus rien à voir avec un accident industriel classique : comment envisager l'évacuation d'une ville de 36 millions d'habitants comme Tokyo ? D'abord les quantités d'énergie mises en jeu sont considérables. Ensuite à cause des effets de la radioactivité. Celle-ci peut faire directement des centaines voire des milliers de victimes par irradiation directe. C'est ce qui rend très difficiles les réparations. Les produits radioactifs sont extrêment toxiques : un gramme de plutonium correspond à une dose mortelle pour un million d'habitants. Mais surtout, même à faible dose, la radioactivité peut provoquer des détériorations de l'ADN des êtres vivants, induisant des cancers et des malformations congénitales. Les retombées sont dispersées au gré des conditions climatiques. Les pays qui ont choisi d'abandonner le nucléaire ne sont donc pas à l'abri du risque et c'est injuste. On l'a bien vu en Europe avec l'accident de Tchernobyl : la radioactivité ne s'arrête pas aux frontières. De plus, certains produits radioactifs ont des durées de vie très longues et peuvent contaminer les sols pour des périodes inimaginables, rendant des régions entières inhabitables pendant des centaines d'années. Prendre un tel risque pour l'humanité relève de l'irresponsabilité, d'autant plus que les arguments des pronucléaires sont largement mensongers comme on va le voir.
Nucléaire ou réchauffement climatique ? On nous dit que les centrales nucléaires permettent de lutter contre le réchauffement climatique. Il est vrai que, contrairement au pétrole et au charbon, le nucléaire ne produit pas une grande quantité de gaz à effet de serre. Mais après Tchernobyl et Fukushima, il est difficile de prétendre que le nucléaire est une énergie non-dangereuse et propre. Choisir entre la production de CO2 favorisant le réchauffement et la production de déchets nucléaires extrêmement dangereux, c'est un peu choisir entre la peste et le choléra...
Indépendance énergétique ? Au Japon 30 % de l'électricité est d'origine nucléaire, 80 % en France, mais seulement 6 % dans le monde. On estime à une centaine d'années de consommation, au rythme actuel, les réserves d'uranium dans le monde. C'est peu et si certains pays décidaient d'augmenter la part du nucléaire, ce serait encore beaucoup moins. La France a un peu de minerais d'uranium, mais comme pour le pétrole, nous dépendons largement aussi des autres pays producteurs, du Niger par exemple, avec les mêmes risques géopolitiques que pour le pétrole en cas de conflit. Il est évident que les énergies renouvelables sont les seules qui, parce qu'elles sont décentralisées, donnent un vraie indépendance énergétique à un pays.
Énergie bon marché ? Tout dépend de ce que l'on incorpore au coût de revient de l'énergie d'origine nucléaire. Actuellement on ne compte pas (ou très peu) dans le prix de l'électricité nucléaire les dizaines d'années de recherche. Mais, on ne compte pas non plus le coût du démantèlement des centrales après usage. Les experts estiment que le démandèlement des centrales françaises qui arrivent en bout de course va coûter 100 milliards d'euros. Enfin on ne compte pas la gestion à long terme des déchets. Certains produits, extrêmement toxiques, et à longue durée de vie devront être stockés et surveillés pendant des milliers d'années. Et ça, les économistes ne savent même pas en calculer le coût qui est astronomique. Si on prend en compte le démantèlement des centrales et la gestion à long terme des déchets, l'énergie nucléaire devient l'énergie la plus chère du monde.
Les réunionnais concernés : Certains Réunionnais pensent qu'ils ne sont pas concernés par ce débat, parce que nous n'avons pas de centrale nucléaire sur notre île. C'est une grave erreur. D'abord parce que nous ne sommes pas à l'abri de retombées, les nuages de poussières radioactives étant capables de faire le tour du monde. Mais surtout parce que les milliards investis dans le nucléaire, recherche ou construction de nouvelles centrales, ne sont plus disponibles pour des investissements dans les énergies renouvelables, qui, elles, permettraient de créer des milliers d'emplois à la Réunion. Certes, la France ne peut pas arrêter du jour au lendemain toutes ses centrales, mais elle peut décider de ne plus en constuire une seule en se tournant délibérément vers les économies d'énergie et les énergies renouvelables, grandes pourvoyeuses d'emplois durables et non délocalisables.
Gérard Mamet (Le Tampon)


