Fraude aux emplois aidés à Saint-Benoit: 1,7 million d'euros pourraient avoir été détournés

Une affaire de fraude aux emplois aidés plane depuis 2016 au-dessus de la tête de dirigeants d'entreprises et d'associations, d'élus et de fonctionnaires de Saint-Benoît.
Elle ne date pas d'hier puisque c'est en août 2016 que le procureur de l'époque, Eric Tufféry, avait ouvert une enquête préliminaire suite à la dénonciation d'une mère de famille auprès de l'inspection du travail et un signalement effectué par cette dernière. En litige avec l'entreprise de nettoyage SDHP Action Pro dont elle était employée, la Saint-Pauloise avait révélé qu'au moins cinq sociétés, basées pour certaines dans l'ouest mais surtout dans l'Est de l'île, avaient recours aux emplois aidés sur des postes qui auraient dû être attribués à des salariés. Elle avait également pointé des formations subventionnées qui en réalité n'étaient jamais dispensées.
Des associations fantômes pour fournir de la main-d'oeuvre à bas prix
Plusieurs associations à vocation d'insertion auraient ainsi été créées de toutes pièces (Ouest Intégration, Association Action Pro...) afin d'embaucher des personnes dans le cadre du dispositif des contrats aidés. Un dispositif largement subventionné (à 90%) et piloté par les pouvoirs publics. Cette main-d'oeuvre à très bas coût était ensuite mise à la disposition des entreprises appartenant à ceux-là mêmes qui avaient monté les associations.
D'après nos informations, l'enquête menée par les enquêteurs financiers de la section de recherches de la gendarmerie touche à sa fin.
Ces dernières semaines, des auditions se sont déroulées dans les locaux de la caserne de la Redoute. D'ici la fin du mois, celles des principaux mis en cause, dont Teddy Rehamonja patron de plusieurs sociétés de nettoyage soupçonné d'avoir eu recours à ces manoeuvres frauduleuses, devraient clôturer le dossier.
Une dizaine de fraudeurs mouillés
Selon une source proche du dossier, une dizaine de personnes pourraient être inquiétées et se retrouver à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Denis. Dans cette affaire de fraude, le préjudice s'élèverait à près d'1,7 million d'euros.
Cet argent public détourné l'aurait également été dans le domaine de la formation. En effet, les emplois aidés sont en théorie réservés aux demandeurs d'emploi de longue durée, aux bénéficiaires de minima sociaux, aux personnes de plus de 50 ans au chômage ou à des personnes sans aucune qualification.
Afin de remettre ce public en selle, le gouvernement avait prévu qu'il bénéficie de formations. Pour certains, l'opportunité de monter des organismes de formation pour récupérer les marchés était trop belle. Et dans l'histoire qui nous intéresse, les formations auraient bel et bien été financées par des fonds publics. Pour autant, elles n'auraient jamais été suivies, les stagiaires étant invités à signer de fausses attestations de présence.
Pour rappel, en février 2020,[ la mairie de St-Benoit avait été perquisitionnée par les services d'enquête]urlblank:https://www.zinfos974.com/Emplois-aides-Perquisitions-a-la-mairie-de-St-Benoit_a149700.html . Des documents censés matérialiser les faits et confirmer les suspicions avaient été saisis.
Dans les prochaines semaines, le parquet dionysien pourrait enfin désigner les suspects - les têtes pensantes et leurs complices - ainsi que les infractions commises.


