Fin de la prime de Noël : des milliers d’allocataires réunionnais exclus du dispositif

En 2024, plus de 93.000 foyers touchaient le RSA à La Réunion. Si la réforme annoncée du gouvernement est adoptée, une large partie d’entre eux — les personnes seules sans enfant — ne percevront plus la prime de Noël. Une économie nationale estimée à 200 millions d’euros, mais une perte sèche pour de nombreux ménages réunionnais.
À La Réunion, la mesure annoncée par le gouvernement dans le cadre du budget 2026 ne passe pas inaperçue. En réservant la prime de Noël aux seules familles avec enfants, l’État priverait une grande partie des bénéficiaires du RSA d’une aide versée chaque année depuis 1998, juste avant les fêtes. Fin juin 2024, selon le dernier bulletin de la Caisse d’allocations familiales de La Réunion, le RSA concernait 93 296 foyers, soit près d’un quart de la population légale (23 %). Parmi eux, une proportion importante de personnes seules sans enfant, aujourd’hui directement menacées par cette suppression.
Le gouvernement estime que cette réforme permettrait d’économiser 200 millions d’euros sur un budget total de 466,5 millions dédié à la prime. Pour les allocataires concernés, la perte sera immédiate : 152,45 euros pour une personne seule et 228,68 euros pour un couple. À l’échelle locale, le manque à gagner pourrait se chiffrer en millions d’euros, une somme non négligeable dans une île où le taux de chômage reste structurellement élevé et où les revenus de solidarité représentent un filet de sécurité essentiel.
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« L’État français a été très généreux, mais cette générosité a un coût que nous ne pouvons plus assumer »
« L’État français a été très généreux, mais cette générosité a un coût que nous ne pouvons plus assumer », a défendu Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, sur France Inter. Il reconnaît une décision « difficile », mais dit vouloir « recentrer » la prime sur les familles avec enfants. Des propos qui ont immédiatement suscité la colère des syndicats. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, lui a répondu ce mercredi sur RMC : « Je ne suis pas en accord avec les propos du ministre du Travail. Je n’aime pas ce terme de générosité, parce que c’est un système de protection sociale auquel beaucoup de concitoyens sont attachés et auquel ils contribuent. »
La dirigeante syndicale rappelle que la prime — environ 150 euros pour une personne seule et 228 euros pour un couple sans enfant — « n’a rien d’un luxe quand on gagne à peine plus de 500 euros par mois ». Pour elle, cette mesure traduit un changement de philosophie : d’un droit solidaire inscrit dans le modèle social français, on glisserait vers une politique d’aides sous conditions, plus restrictive et moins universelle.
Selon la Caf de La Réunion, 311 millions d’euros ont été versés sur les six premiers mois de 2024 au titre du RSA, dont 58 millions pour le RSA majoré. Les dépenses liées à cette prestation ont légèrement diminué (-1,4 % sur un an), mais la précarité reste élevée : 45 739 foyers percevant le RSA bénéficient aussi d’une aide au logement, et 43 % touchent des allocations familiales. Autant de ménages pour qui la prime de Noël constituait un complément vital à la veille des fêtes.


