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Fausse jumelle, vraie arnaqueuse

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 15 avril 2025 à 07H44

Le 28 mars dernier, une Saint-Pauloise de 45 ans a été définitivement condamnée à six mois de prison avec sursis probatoire, à 600 euros d'amende et à l'interdiction de toute activité commerciale pendant cinq ans. En 2022, cette agente immobilière avait multiplié les stratagèmes pour occuper gratuitement une villa dont elle avait la gestion.

Yasmina S., agente immobilière de 45 ans, ne manque pas d'aplomb et encore moins d'imagination pour parvenir à ses fins. L'histoire débute le dernier jour du mois d'octobre 2022. A Saint-Paul, le locataire d'une villa vient de rendre les clés à l'agence immobilière à qui la propriétaire a confié la gestion de ses biens. Mais le logement ne reste pas vacant longtemps. 

L'occupant de la villa mitoyenne constate l'arrivée d'un couple dans les jours qui suivent. En voulant saluer ses nouveaux voisins, il se heurte à l'indifférence de la femme qui fait même tout pour l'éviter et détourner son regard quand elle l'aperçoit. Un comportement d'autant plus étrange que l'homme est quasi certain que sa nouvelle voisine et l'agente immobilière en charge de la location des deux villas ne font qu'un. Il avait d'ailleurs eu un bon contact avec elle lors de la signature de son bail deux ans auparavant.

Sous les postiches, l'agente immobilière

Au fil des jours, la nouvelle voisine fait montre d'une surprenante discrétion, stationnant son véhicule à l'écart de sa villa et laissant la végétation envahir le jardin à hauteur d'homme. Si bien que la villa donne l'impression d'être à l'abandon. Plus curieux encore, la femme se grime quand elle sort de chez elle, portant parfois des perruques. Comme si elle voulait passer incognito aux yeux des locataires d'à-côté. Fin du premier acte.

Le voisin n'y prête plus attention jusqu'à ce qu'il se rende un beau matin à l'agence immobilière pour une formalité administrative. Il se retrouve alors face à face avec Yasmine, l'agente immobilière qu'il pense être aussi la voisine qui le fuit. Dans le bureau, l'accueil est tout au contraire chaleureux. La femme lui demande de ses nouvelles et si tout va bien pour lui, affichant un large sourire.

Trahie par la présence de rats

Sans lui laisser placer un mot, elle lui annonce qu'ils vont sans doute se croiser le week-end qui vient car elle est invitée à déjeuner... chez sa voisine. Le locataire n'en croit pas ses oreilles. Yasmine lui précise tout de go qu'il s'agit... de sa sœur jumelle. L'homme, un ancien gendarme, ne doute plus qu'il y a anguille sous roche. Fin du deuxième acte.

L'affaire en serait probablement restée là si un événement extérieur ne s'était pas produit. Fin mars, le voisin, encore lui, signale à l'agence la présence de rats aux abords des villas. Informée, la propriétaire, qui réside au Tampon, fait venir une entreprise de dératisation pour un devis. Mais finalement, elle se ravise et décide d'éliminer les rongeurs par ses propres moyens. 

C'est ainsi qu'elle et sa fille débarquent avec une panoplie de produits à Saint-Paul, le 3 avril 2022. Stupeur quand la propriétaire découvre que les deux villas sont occupées alors qu'elle ne touche plus que le seul loyer du gendarme à la retraite depuis plusieurs mois. Ce dernier ne manque pas au passage de lui parler de l'agente immobilière et de sa mystérieuse jumelle. Pour en avoir le cœur net, la propriétaire se rend à la Créole afin de vérifier qui a ouvert le compteur d'eau. Elle découvre avec stupéfaction qu'il est au nom de... Yasmine S.

Une histoire à dormir debout

Au terme d'un parcours judiciaire semé d'embûches, la propriétaire parvient à faire entendre sa voix. Le procès a eu lieu le 28 mars dernier devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Yasmine S. ne s'est pas présentée à l'audience. Sa version, recueillie par les enquêteurs, laisse pantois. Elle a prétendu avoir été contrainte de rouvrir le compteur à son nom après le départ des précédents locataires et à la suite de deux dégâts des eaux consécutifs.

Pour quoi faire ? Pour permettre la réalisation de travaux. Pour quelle raison était-elle souvent sur place ? Pour assurer le suivi du chantier. Fin mars, ne trouvant toujours pas de locataires, elle avait mis le bail au nom de sa fille en recherche de logement. Elle avait surtout besoin de justifier sa présence régulière sur les lieux et de contrecarrer le témoignage de l'ancien gendarme qui avait vu clair dans son drôle de manège.

Etiquettes : Justice

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