Et si la secte de "Petit Lys d’Amour" avait commencé à renaître de ses cendres…

La secte « Cœur douloureux et immaculé de Marie », qui a défrayé la chronique à La Réunion sous la conduite de Juliano Verbard, alias le "Petit Lys d’Amour", présente d’étranges similitudes avec une communauté mariale implantée en métropole. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de se replonger dans une saga judiciaire qui n’a peut-être pas dit son dernier mot… (Volet 1/2).
Beaucoup pensaient que la secte « Cœur douloureux et immaculée de Marie » appartenait à un passé révolu depuis que la justice réunionnaise en avait fini avec le « Petit Lys d’Amour », condamné pour la dernière fois à 13 ans de réclusion criminelle en juin 2012 dans le cadre du procès de la spectaculaire évasion de la prison de Domenjod.
Pour mémoire, et afin de bien comprendre ce qui va suivre, il faut remonter près de 25 ans en arrière. Juliano Verbard fait parler de lui pour la première à la fin de l’année 2002. Le gourou a seulement 20 ans quand il débute son ascension en déplaçant jusqu’à 300 personnes à Savanna au lieu-dit « l’Oasis de la paix ». Celui qu’une foule bigarrée, acquise à sa cause, surnomme « Le Petit Lys d’Amour », convainc fidèles et curieux qu’il parle à la « Madone de la Réparation » le 8 de chaque mois.
Un petit groupe d’originaux resserre les rangs autour du gourou
La magie opère par l’intermédiaire d’une statue de la Madone qu’il a ramenée d’un voyage en métropole et qui se met à exsuder de l’huile. Juliano Verbard entre en transe tout en répétant les paroles que la Vierge susurre à ses oreilles. Parallèlement, un petit groupe d’originaux resserre les rangs autour de lui.

Parmi le noyau dur, qui croit dur comme fer à ses manifestations miraculeuses, il peut compter sur plusieurs membres de la famille de Fabrice Michel, son amant. La secte « Cœur douloureux et immaculée de Marie » se structure, forte d’une trentaine de fidèles qui constituent la garde rapprochée du « Petit Lys d’Amour ». Ce sont eux qui, au fil des mois, vont devenir les bras armés d’une entreprise criminelle particulièrement dévouée.
Ils se paient le luxe d’une évasion par hélicoptère
Violences physiques, agressions sexuelles et viols sur mineurs, rapt d’enfant, cavale… Les apôtres du « Petit Lys d’Amour » ne reculent devant rien pour satisfaire les pulsions de leur gourou. Ils vont même se payer le luxe de détourner un hélicoptère pour faire évader Juliano Verbard, son amant Fabrice Michel et le père de ce dernier de la prison de Domenjod… « Petit Lys d’Amour » et ses disciples sèment la terreur à travers La Réunion à partir de 2003, et ce, jusqu’au démantèlement de la secte en mai 2009.
Son palmarès judiciaire est à la hauteur de son parcours criminel. Juliano Verbard est successivement condamné à 8 et 5 mois de prison ferme en 2004 pour deux tentatives d’évasion, à deux ans de prison ferme pour des violences sur mineur, à 18 ans de réclusion criminelle en avril 2010 pour agressions sexuelles et viols sur mineurs, à 9 ans de prison ferme en avril 2011 pour l’enlèvement du jeune Alexandre et, enfin, à 13 ans de prison le 1er juin 2012 pour son évasion du centre de détention de Domenjod. Soit un total de 42 ans qu’une confusion de peine ramènera à 32 ans de détention.
« J’ai été fait prêtre par le Petit Caillou »
A son dernier procès – celui de l’évasion de la prison de Domenjod – Juliano Verbard fait œuvre de repentance en avouant pour la première fois qu’il n’avait « jamais eu d’apparitions ». Sincère ou pas, il signe ainsi sa rupture avec les fondements de sa secte « Cœur douloureux et immaculé de Marie ». Bien que tardif, ce déclic amène les 13 disciples poursuivis à ses côtés à tourner la sombre page du « Petit Lys d’Amour ».
Juliano Verbard ne se contente pas de rayer d’un trait de plume dix années de sa vie passées à la tête de sa secte. Il revient abondamment sur le point de basculement à l’origine de tout. « J’ai été fait prêtre par le « Petit Caillou ». Quand je l’ai rencontré, il m’a dit que j’étais appelé à être voyant, comme lui », déclare-t-il au deuxième jour de son procès aux assises.
L’ombre de la secte apocalyptique de Saint Charbel
« Petit Caillou » ou encore « Little Pebble », qui est à la source des desseins maléfiques de la secte, n’est pas une vue de l’esprit. Ce pseudo est celui d’un redoutable gourou qui sévit de longue date en Australie. William Kamm, né en 1950 en Allemagne, a créé « l’Ordre de Saint Charbel » dans les années 80. Prophète auto-proclamé, lui aussi affirme recevoir régulièrement la visite de la vierge, le 13 de chaque mois en ce qui le concerne.
Le Saint-Siège interdit son groupe de prière et l’excommunie en 2002. Malgré cela, il continue de prospérer depuis sa vaste propriété de 100 hectares. Condamné en Australie à 5 ans puis à 10 ans de prison ferme en 2005 et 2007 pour avoir agressé sexuellement de jeunes mineures, il est à la tête de la puissante secte apocalyptique de Saint Charbel.
« Ils avaient une confiance aveugle en moi à cause de la caution de Saint Charbel »
« Il (Nrld : William Kamm) a fait venir une femme à La Réunion pour qu’elle m’apprenne à avoir des apparitions. Elle m’a montré la marche à suivre. Elle m’a dit de me concentrer, que j’allais entendre des voix dans ma tête (..) J’ai fini par croire que je voyais, que j’entendais, mais en réalité, il ne se passait rien », déroule Juliano Verbard depuis le box des accusés. Quant à la foi que ses disciples lui manifestent, le « Petit Lys d’Amour » raconte : « Ils avaient une confiance aveugle en moi à cause de la caution de Saint Charbel. »
Dans des documents saisis par les enquêteurs, William Kamm dépeint effectivement Juliano Verbard comme « son petit prophète », son « petit Abraham du nouvel âge » ou encore son « petit soldat de l’espérance et de la vérité de La Réunion ». Quand il ne l’appelle pas « petit pinceau d’amour » ou encore « mon disciple bien-aimé ».
L’épouse mystique de William Kamm condamnée
Mais à La Réunion, Juliano Verbard n’est pas le seul à être investi d’une mission par William Kamm. Le gourou polygame aux 84 épouses mystiques, qui envisage de repeupler la planète après sa destruction par une boule de feu, est en couple avec Marie-Corinne Michel. Sœur de l’amant de Juliano Verbard, elle est à l’époque secrétaire de l’association « Cœur douloureux et immaculé de Marie » mais elle est surtout une des épouses mystiques de « Petit Caillou ».
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Dans la liste des crimes et délits reprochés au « Petit Lys d’Amour » et à son frère, Fabrice Michel, la jeune femme est intervenue à deux reprises. Le 9 avril 2010, elle a été condamnée à huit mois de prison avec sursis pour sa participation à des violences physiques exercées contre un enfant de 12 ans qui aurait été désigné comme l’Elu par la Vierge Marie. Sous couvert d’une stricte éducation spirituelle, l’enfant a été frappé, brûlé aux fesses et soumis au supplice de la serviette chaude par Verbard et sa bande.
« La Vierge me demande de faire quelque chose, je le fais »
Rebelote le 20 avril 2011. Cette fois, Marie-Corinne Michel est condamnée à huit ans de prison ferme par la cour d’assises pour avoir pris part au rapt du jeune Alexandre. Elle assume avoir été l’instigatrice de l’enlèvement, guidée par un message divin que lui a adressé la Vierge Marie. « Oui, je suis une épouse du « Petit Caillou » et je dois rendre compte de ce qu’il se passe à l’Ordre. La Vierge me demande de faire quelque chose, je le fais », raconte-t-elle à l’audience.
Ses aveux sont corroborés par Juliano Verbard. « Corinne Michel a reçu un message de la Vierge lui demandant d’enlever Alexandre. C’est l’épouse mystique du « Petit Caillou », elle est donc au-dessus des prêtres et de l’évêque. Elle est le lien entre nous et l’Ordre. » Incarcérée à l’issue du procès, Marie-Corinne Michel a depuis payé sa dette envers la société. Partie loin de son île depuis plusieurs années, elle a cependant renoué avec une nouvelle communauté mariale à visée apocalyptique qui vénère un mystérieux évêque proche de « l’Ordre de Saint Charbel ». Mais ça, c’est une autre histoire…


