Éricka Bareigts amène Manuel Valls au bord de la ravine du Butor

A la faveur d'une visite dans le quartier de la Providence durement impacté par le cyclone Garance, la maire de Saint-Denis et le ministre des Outre-mer se sont penchés sur la ravine du Butor, qui est sortie de son lit et a emporté deux maisons sur son passage.
Qu'ont bien pu se dire Manuel Valls et Éricka Bareigts lors de leur échange loin des micros, alors qu'ils surplombaient la ravine du Butor, à l'endroit où elle longe la fin de la rue Joseph Ouvrier ?
La maire de Saint-Denis a sans doute expliqué au ministre des Outre-mer que son gouvernement devait investir massivement dans une politique d'aménagement en adéquation avec les particularités de notre île. Tandis que l'ancien premier ministre lui a probablement rétorqué que l'État ne pouvait pas tout, et que les collectivités devaient impulser l'effort.
« Ici, c'est la vraie histoire des vrais gens, il est important qu'on l'amène voir ce qui est difficilement compréhensible quand on fait un rapport. Quand on descend dans la ravine pour aller voir ce qu'elle a charrié en termes de masses et de roches, ce sont deux choses différentes », a expliqué Éricka Bareigts ce jeudi 6 mars en fin d'après-midi, avant de rejoindre Manuel Valls pour une réunion en préfecture.
Évoquant « les problèmes de réchauffement climatique, d'aménagement », Éricka Bareigts a plaidé pour la mise en place d'un « grand débat » avec la population afin de définir des priorités d'aménagement. Pour l'ancienne ministre, il est clair qu'il faudra faire des sacrifices, choisir entre un nouveau gymnase ou un endiguement de ravine.
Éricka Bareigts veut un grand débat sur l'aménagement
« Il n'y a plus d'endiguement de rivière depuis des dizaines d'années. Les curetages de grandes ravines, il n'y en a plus, nous avons 35.000 km de rivières dormantes à La Réunion. Il faut construire différemment, il faut construire comme si on était dans un environnement tropical et il faut arrêter de faire comme si on était à Montpellier ou à Lille », a assené Éricka Bareigts.
Lire aussi : De futurs architectes imaginent une reconstruction durable de Mayotte
Plus tôt dans la matinée, les agents du BRGM étaient venus constater les dégâts dans la partie haute de la rue Joseph Ouvrier, celle, justement, qui n'a pas été endiguée. Il serait surprenant que l'État fasse l'économie de mesures d'expropriations à l'encontre des riverains les plus exposés aux crues.
Michel Bénard, l'organisateur du Tour cycliste de La Réunion, a perdu la maison qu'il habitait depuis 35 ans : Garance a subitement débordé de son lit, fracassé la case de son voisin avant d'emporter la sienne. Une case familiale construite entre 1959 et 1960 et qui avait vu passer bien des cyclones, dont Jenny en 1962.

« L'endroit où Manuel Valls est allé avec Éricka Bareigts, c'est là où j'allais me baigner », relève Michel Bénard, en répétant que sa maison était construite à bonne distance du lit de la ravine du Butor.
Ce funeste 28 février, lors de l'irruption brutale de Garance dans sa vie, il était avec sa femme et son fils de 13 ans « assis dans le canapé à attendre que le cyclone passe ». En quelques secondes, le sol s'est dérobé sous leurs pieds. « On pleure chaque jour en y repensant », confie-t-il, en formulant l'espoir que la visite de Manuel Valls sur les décombres de sa case serve à convaincre les pouvoirs publics de la nécessité d'achever l'endiguement de la ravine du Butor.


