Enfants de la Creuse : le Sénat adopte à l’unanimité une loi historique de réparation

Le Sénat a adopté cette nuit la proposition de loi portée par la députée Karine Lebon et dont la sénatrice Viviane Malet était la rapporteur, relative au transfert forcé, entre 1962 et 1984, de milliers d’enfants réunionnais « dits de la Creuse », arrachés à leurs familles et à leur terre natale pour être déplacés vers la France hexagonale.
« Cette reconnaissance de l’État marque une étape essentielle de notre reconstruction. Enfin reconnus comme victimes, nous avançons vers la réconciliation avec notre histoire, nos familles et nous-mêmes », témoigne Marie-Germaine Périgogne, survivante de la déportation des Enfants de la Creuse, présidente de la Fédération des Enfants Déracinés des DROM (FEDD) et présidente de Justice Initiative France.
Entre 1962 et 1984, 2.015 mineurs ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements hexagonaux, principalement ruraux, sur le fondement de la politique gouvernementale d’alors visant à repeupler la Creuse et d‘autre départements considérés comme sinistrés sur le plan démographique.
« La République reconnaît enfin la souffrance des enfants réunionnais de la Creuse »
Ce 16 juin 2026, le Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi dont la sénatrice Viviane Malet était la rapporteur. Avec ce texte, la France implémentera les recommandations de la Résolution 2533 du Conseil de l’Europe adoptée en janvier 2024 dont les recommandations visent à garantir la mise en place de mesures de réparation pour les victimes d’abus.
« Aujourd’hui, la République reconnaît enfin la souffrance des enfants réunionnais dits de la Creuse. Ce vote est un acte de justice, d’apaisement, de vérité et de dignité envers celles et ceux qui ont attendu cette reconnaissance pendant des décennies », a déclaré la sénatrice Viviane Malet, tandis que des survivants de la Creuse ont participé à une conférence de presse au Sénat.
La Naïma Moutchou, présente aux côtés des survivants et des représentants institutionnels, a souligné l’importance politique et symbolique de cette journée, saluant une avancée historique pour les victimes et leurs familles et soulignant l’engagement de l’État en faveur de la reconnaissance de cette histoire et de la réparation des préjudices subis.
« Une nouvelle avancée majeure de réparation envers les victimes »
« Douze ans après la reconnaissance par l'État de sa responsabilité morale en 2014, obtenue grâce au combat des victimes, des associations et de nombreux élus, notamment Éricka Bareigts, alors députée, le Sénat a adopté conforme la proposition de loi portée par la députée Karine Lebon en faveur des enfants réunionnais déplacés de force vers l'Hexagone entre 1962 et 1984 appelés communément les "Enfants de la Creuse" », se réjouit la sénatrice Audrey Bélim.
Pour Audrey Bélim, le texte « marque une nouvelle avancée majeure de considération et de réparation envers les victimes. Il prévoit la création d'une commission de reconnaissance et de réconciliation, l'instauration d'une journée nationale de commémoration fixée au 18 février, date hautement symbolique pour les victimes, ainsi qu'une allocation dédiée aux anciens mineurs concernés. Cette adoption poursuit le travail de vérité, de mémoire et de justice attendu depuis des décennies par les victimes et leurs familles. »


