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En pleine flambée des carburants, la SRPP a versé 64 millions d’euros de dividendes en quatre ans au groupe Rubis

Ecrit par J.D. – le lundi 20 avril 2026 à 06H05

Alors que la hausse des carburants du 1er avril avait ravivé les inquiétudes sur le pouvoir d’achat à La Réunion, les comptes 2024 de la Société réunionnaise de produits pétroliers (SRPP) rappellent la solidité financière de l’acteur central du stockage pétrolier de l’île. En quatre ans, plus de 64 millions d’euros de dividendes ont été versés à son actionnaire unique, le groupe Rubis.

Lorsque les prix à la pompe ont fortement augmenté au 1er avril, la colère est rapidement montée à La Réunion. L’État invoquait alors un choc international : flambée des cours pétroliers, tensions géopolitiques, hausse du fret maritime et envolée des cotations des carburants raffinés. Une mécanique mondiale dont l’île, dépendante des importations, ne pouvait s’extraire.

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Mais au cœur de cette crise, une autre question s’est invitée dans le débat public : celle des profits réalisés localement dans la chaîne pétrolière.

Les comptes 2024 (publiés l'année dernière. Ceux de 2025 n'étant pas encore disponibles) de la Société réunionnaise de produits pétroliers, la SRPP, apportent un éclairage. Basée au Port, cette société occupe une place stratégique dans l’approvisionnement de l’île grâce à ses infrastructures de stockage. Elle constitue un maillon incontournable entre les importations de carburants et la distribution dans les stations-service.

L’an dernier, la SRPP a dégagé un bénéfice net de 14,8 millions d’euros, confirmant une rentabilité solide. Dans le même temps, 14,82 millions d’euros ont été redistribués sous forme de dividendes à son actionnaire unique, Rubis Energie. Sur les quatre derniers exercices, les distributions cumulées dépassent 64 millions d’euros.

Economie de rente

Ces résultats relancent surtout un débat ancien à La Réunion : celui d’une économie de rente autour des carburants. Dans un marché insulaire, concentré et administré, où les marges sont fixées par arrêté préfectoral et où les infrastructures stratégiques restent entre les mains de quelques acteurs, la rentabilité apparaît relativement sécurisée, quelle que soit l’évolution des cours mondiaux. Les hausses internationales se répercutent sur les consommateurs, tandis que les opérateurs locaux conservent un cadre économique stable. Une mécanique régulièrement dénoncée par ses détracteurs comme révélatrice d’une rente de position.

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Si on regarde du côté de Rubis ?

Mais la lecture des seuls comptes de la SRPP ne suffit pas à saisir l’ensemble du mécanisme. La société réunionnaise s’inscrit dans l’organisation capitalistique de Rubis Energie, maison mère vers laquelle remontent les dividendes issus de ses filiales.

Les comptes 2024 de cette dernière montrent un bénéfice net de 245,2 millions d’euros, porté en grande partie par 330,7 millions d’euros de produits financiers de participations, c’est-à-dire les revenus tirés de ses entités détenues. En clair, les profits générés localement à travers des marchés comme La Réunion alimentent une performance consolidée à l’échelle du groupe.

Rubis Energie a d’ailleurs décidé, au titre de cet exercice, la distribution de plus de 200 millions d’euros à son actionnaire, entre acompte sur dividende et solde versé en 2025. Une chaîne financière qui dépasse largement le seul cadre réunionnais et renforce, localement, les critiques sur une valeur créée sur l’île qui remonte ensuite vers les étages supérieurs.

Un débat relancé en pleine crise

Au moment de la flambée d’avril, plusieurs responsables politiques avaient réclamé davantage de transparence sur les mécanismes de formation des prix.

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La Région Réunion avait ainsi demandé que toute la chaîne soit clarifiée, “depuis le prix d’achat à Singapour jusqu’à l’arrivée et la sortie des carburants des cuves de la SRPP”, tout en appelant les acteurs pétroliers à participer à l’effort collectif face au choc subi par les ménages et les entreprises.

Même tonalité chez le député Philippe Naillet et la sénatrice Audrey Bélim, qui avaient plaidé pour des mesures de protection du pouvoir d’achat. Les deux parlementaires estimaient alors “légitime” que les compagnies pétrolières contribuent à limiter la hausse des prix à la pompe, au regard des bénéfices engrangés ces dernières années.

La SRPP ne fixe pas seule les prix

Les comptes de la SRPP ne signifient pas que la société décide seule du tarif payé par les automobilistes. À La Réunion, les prix des carburants sont encadrés chaque mois par arrêté préfectoral selon une formule intégrant cotations internationales, fret, change euro-dollar, fiscalité locale et marges réglementées.

Reste que dans un territoire marqué par la vie chère, où la voiture demeure indispensable pour des milliers de ménages, ces résultats financiers robustes alimentent un sentiment persistant, à savoir celui d’un système où chaque crise se répercute immédiatement sur les consommateurs, mais beaucoup moins sur certains acteurs économiques.

Etiquettes : Carburants | SRPP

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