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En 1896, le cinéma débarquait à La Réunion, quatre ans avant l'automobile

Un an après l'invention du Cinématographe par les frères Lumière, des projections privées étaient organisées à l'hôtel de ville de Saint-Denis, suscitant un engouement pour le grand écran qui ne s'est jamais démenti depuis.
Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 27 octobre 2024 à 15H32
Rapport 2024 du CCEE sur le cinéma réunionnais.

Le 17 décembre 1896, l'artiste saint-pierrois François Cudenet invite une cinquantaine de personnes, probablement triées sur le volet, à assister à des essais de projection dans le grand salon de l'hôtel de ville de Saint-Denis. Peintre et professeur de mathématiques, François Cudenet a assisté par curiosité à une projection des frères Lumière à Paris, et revient dans l'île non sans avoir fait l'acquisition d'une machine Mendel et de quelques bobines.

Dès le lendemain, l'édition du Petit Journal de l'île de La Réunion s'empare du sujet et titre : « La première soirée du cinématographe, le dernier cri de la science photo-électrique ».

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Très vite, la folie du cinématographe, comme on l'appelle à l'époque, s'empare de l'île et les projections se multiplient à Saint-Pierre ou Saint-Benoît, bien avant la construction du Casino au Port en 1935. Divers possesseurs de machines de projection, plus ou moins de qualité, se partagent le marché et attirent les spectateurs avec des bobines intitulées « Baignade de nègres » ou « La danse égyptienne ».

Dès janvier 1897, un dénommé Marius Rubellin communique dans la presse locale pour se prévaloir d'une autorisation des frères Auguste et Louis Lumière, inventeurs et détenteurs de la marque déposée Cinématographe. Les autres procédés de projection, moins perfectionnés mais aussi parfois plus légers et moins coûteux, n'offraient pas toujours la même qualité d'image.

« Le journalisme sera profondément modifié »

Dans son article « Les débuts du cinématographe à La Réunion, 1896-1905 : innovation technique ou objet d'art en devenir ? », publié en 2006 dans le second numéro de la Revue historique de l'océan Indien, la chercheuse Frédérique Gonthier retrace les premières bousculades du public pour assister aux séances. Mais aussi l'impact sur la société du procédé de photographies animées à 15 images par seconde, qui permet à des Réunionnais privilégiés de découvrir des automobiles évoluant à l'écran, un an avant l'importation du premier modèle en 1900.

« Le 23 janvier 1902, le journaliste Sully du Journal de l’Île de La Réunion fait le compte rendu d'une séance organisée par Marchevsky avec son Cinématographe Royal Perfectionné. Sully reproche à la police de laisser aller à leur guise les fauteurs de troubles, et malgré un manque d'éclairage des projections, considérant les séances cinématographiques comme un art, il réclame de la part des agents la « protection de l'artiste », c'est-à-dire de Marchevsky lui-même ! », rapporte Frédérique Gonthier, au sujet d'une soirée de projection perturbée par des spectateurs mécontents.

La poussière qui s'accumule sur le projecteur, les pannes d'électricité (qui remplace peu à peu l'acétylène qui alimentait les tubes des projecteurs), la médiocre qualité des copies ou de celle des œuvres présentées figurent parmi les motifs de colère du public.

Le cinéma suscite déjà des débats mais personne ne doute que cette révolution va changer le cours de l'Histoire. Le 11 janvier 1898, le Petit Journal, visionnaire, affirme ainsi que « le cinématographe est appelé à jouer un grand rôle dans le monde et le journalisme sera profondément modifié ».

Etiquettes : Cinéma | Histoire

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