Le cinéma réunionnais à l'image de la diversité culturelle de l'île

« La plus élémentaire des honnêtetés nous pousse à reconnaître que nous ne disposons pas encore à La Réunion du cinéaste capable de mener à bien la réalisation d'un long métrage à gros budget. » Ce commentaire tiré du rapport « Cinéma et audiovisuel » publié en 1987 par le Conseil général témoigne d'un autre temps, celui où la production cinématographique de l'île était considérée comme anecdotique, voire sans grand intérêt.
Dans son rapport « Paysage de la création cinématographique de La Réunion » récemment publié, le Conseil de la culture, de l'éducation et de l'environnement (CCEE) retrace quelques dates clés de l'histoire du développement du cinéma dans une île désormais profondément tournée vers cette industrie, entre soutien financier aux grosses productions extérieures et aide au documentaire ou au cinéma d'auteur.
Les dates de l'histoire du cinéma réunionnais
1896 : la première séance d'essai de projection à l'hôtel de ville de Saint-Denis est organisée par François Cudenet. Cet artiste saint-pierrois, né le 5 novembre 1836, était à Lyon lors des premières séances organisées par les frères Lumière.
1935 : construction du premier cinéma en « dur » , le Casino du Port, suivi en 1936 par le Cristal de Saint-Benoît.
1931 : le photographe Jean Albany réalise un film de commande pour l'Exposition universelle des colonies à Vincennes.
1938 : Maurice Menardeau tourne « Île de La Réunion » en 8mm, faisant le tour de l'île et de ses villes, présentant des paysages et des habitants qu'on observe vivre et travailler.
1963 : « Sucre Amer », documentaire de 24 minutes sur les législatives de 1963, au terme desquelles Michel Debré est élu député avec plus de 85% des voix face à Paul Vergès. Réalisé par Yann Le Masson, le film met en évidence l'existence d'une vaste fraude électorale et sera censuré pendant dix ans après sa sortie.
1949 : Georges Vally, attaché au service de presse du ministère de la France d'outre-mer, écrit : « Dans un proche avenir, le film, aussi utile que le livre ou la parole du maître, est appelé à faire partie du matériel pédagogique. »
1969 : sortie de « La sirène du Mississippi » de François Truffaut, premier film tourné dans l'île en l'échange d'avantages financiers, contre une valorisation de l'île, sur une initiative de Michel Debré.
1971 : création d'une cinémathèque pour la conservation des films.
1978 : premier long métrage de fiction réunionnais « Le moutardier » réalisé par Alexis Alatirseff (Alliocha), poète et peintre.
1988 : sortie de « Koman i lé La Source » de Madeleine Beauséjour
1995 : création du studio d'animation Pipanguaï Production et de l'Institut de l'image de l'océan Indien (ILOI) par Alain Séraphine,. Pipanguaï coproduira notamment « Adama » en 2015 et « Zombillénium » en 2017.
2000 : mise en place du Fonds régional de soutien au cinéma, à l'audiovisuel et au multimédia.
2001 : création de l'ADCAM (Agence pour le développement du cinéma, de l'audiovisuel et du multimédia) qui deviendra l'Agence Film Réunion.
2003 : lancement du Festival international du film d'Afrique et des îles (FIFAI) au Port.
2016 : création de l'association Cinékour.
2018 : « Tangente » de Julie Jouve et Rida Belghiat est sélectionné aux César dans la catégorie court-métrage.
2022 : le long-métrage « Zamal Paradise » de DkPit reste six mois à l'affiche dans les salles réunionnaises.
Désormais, le cinéma à La Réunion ne se résume plus aux productions exotiques de l'industrie française, même si ces dernières, souvent décriées pour les clichés véhiculés, ont permis à de nombreux techniciens locaux d'apprendre leur métier.
« On a reproché à ces productions de montrer La Réunion comme une carte postale. Les réalisateurs locaux sont sensibles à cet aspect et la Région aussi, qui veut inciter notamment à l'utilisation de musique locale grâce à des bonus financiers », relève pour le CCEE Esla Dahmani, qui assure que « 1 euro dépensé par la Région rapporte 4 euros pour le territoire » grâce aux frais de production, aux dépenses de séjour ou encore au recrutement des techniciens.


