Elvis, 40 ans déjà…

C’était en milieu de matinée, à Trou-d’Eau. J’arrivai chez mon frère Alain qui m’annonça la catastrophe. En ajoutant :
"C’est toute ta jeunesse, ça ?"
Une grande partie en tout cas, avec les Shadows, les Beatles, Claude Ciari, Los Indios Tabajaras…
J’allai m’asseoir sur le bord de la véranda, jambes coupées ; il me laissa pudiquement à mon immense chagrin. On ne perd pas ainsi, sans y laisser de plumes, quelqu’un qui a été votre idole. La cuite, ce soir-là ! « Une de plus », me direz-vous…
Pourquoi Elvis a-t-il pris une telle importance dans nos esprits ? Parce qu’il était le plus grand !
Un jour de 1968, alors qu’on le disait fini, il endossa une combinaison de cuir noir, brancha une guitare électrique et grimpa sur scène avec ses potes musiciens, Scotty Moore, DJ Fontana, Bill Black… Il lui suffit d’une heure de show télévisé (j’ai le CD, vous pensez bien), pour prouver une chose, une seule : il y avait LUI… et les autres. C’est aussi ce qu’a retenu toute la presse musicale.
Elvis pouvait tout chanter : le rock, sa raison d’être ; la country (" Poor boy "… " Let me "…) ; le jazz (" Fever ") ; le bel canto (" It’s now or never ") ; le gospel (“Amazing grace”… “”Working on the building”…) ; le sud-américain (“Bossa nova baby”) ; la chanson tendre (“Wooden heart”)… Il appréciait particulièrement la chanson française : “My way”, “What now my love” (“Et maintenant”, de Bécaud), “Let it be me” (“Je t’appartiens”, de Bécaud encore). Une semaine avant sa mort, il appelait notre Gilbert national pour lui demander des chansons composées pour lui seul…
Sur les 37 films qu’il a tournés, il y eut plus de 30 navets : on s’en foutait, on les regardait pour l’entendre. Mais il y eut d’excellents films : " Flaming star " (" Les rôdeurs de la plaine "), de Don Siegel, considéré par les critiques comme l’un des tout meilleurs westerns : Elvis s’était battu pour avoir ce rôle, créé à l’origine pour son ami Marlon Brando ; " King Creole ", de Mickaël Curtiz quand même ; " Jailhouse rock " ; " Blue Hawaii " ; " GI Blues ", comédies musicales de bon niveau ; " Charro ", western angoissant…
Un jour, un journaliste des Inrock interrogea notre Little Bob national (très connu des amateurs de rock). Qui lui répondit simplement :
" Rocker ou crooner, mince ou gros, de toute façon, nous on aime ".
J’aime.


