Élections aux Comores : Mouigni Baraka craint une "bascule dans une situation incontrôlable"

L'atmosphère devient irrespirable aux Comores à moins de deux semaines du premier tour de l'élection présidentielle. Alors que la campagne bat son plein, les opposants dénoncent les manœuvres du président sortant, Azali Assoumani, qui ferait tout pour se maintenir au pouvoir comme en 2019.
La première des irrégularités dénoncées est son refus de démissionner de son poste pour la campagne électorale, comme le prévoit la constitution comorienne. Une décision arbitraire qu'il justifie par son mandat à la tête de l'Union Africaine jusqu'en février prochain.
Les opposants dénoncent également le ménage fait dans les postes clés par Azali et des nominations qui lui sont favorables au sein de la Céni, la Commission électorale nationale indépendante, en charge de proclamer les résultats.
"J'ai une méfiance totale envers Azali et son comportement. Aujourd'hui, il est président de l'Union Africaine et veut utiliser cela pour s'éterniser au pouvoir. Nous sommes conscients de tout ça", assure Mouigni Baraka, le principal opposant au président sortant.
"On s'attend à ce qu'il envoie l'armée"
Celui qui fut gouverneur de la Grande Comore entre 2011 et 2016 participe à sa 3e élection, mais cette fois avec de grandes chances de l'emporter. En effet, il estime être en tête des intentions de vote à Grande-Comore et à Mohéli et en 2e position à Anjouan. De quoi lui permettre de se qualifier au 2nd tour et de rassembler les autres opposants derrière lui.
Cependant, Mouigni Baraka craint que le président sortant ne se serve "de l'armée pour passer en force. On s'attend à ce qu'il envoie l'armée dans les bureaux de vote comme en 2016". C'est pourquoi il a demandé au Réunionnais Michel Allamèle, membre de son équipe de campagne, de surveiller le déroulement des élections dans les 864 bureaux de vote, par le biais de 2000 bénévoles, et de centraliser tous les résultats afin que la Céni donne les vrais résultats.
Un autre coup bas que dénonce Mouigni Baraka est la diffusion d'un audio où il critiquerait les habitants d'Anjouan. Le candidat maintient qu'il s'agit d'une falsification de sa voix par l'IA. "Il faut toujours casser les plus forts. Pourquoi sortir un audio sur un seul candidat et pas les autres ? C'est une accusation mensongère pure et simple. Des gens essaient de manipuler la population. Cela peut venir du côté du pouvoir qui a peur, mais peut-être aussi d'autres opposants", assure-t-il.
Enfin, il regrette que de nombreuses portes lui soient fermées, malgré le fait que son statut d'ancien gouverneur lui permette d'obtenir un passeport diplomatique à vie.
"On espère que la population aura le courage de passer à l'action. On a des caravanes qui tournent pour participer au réveil citoyen et remettre du débat dans la population. Mais j'ai conscience qu'il y a un risque de bascule vers une situation incontrôlable, car il y a un vrai ras-le-bol de la population", craint l'opposant.
"Mettre des garde-fous contre le chef de l'État"
Mais si tout se passe bien et qu'il accède au pouvoir, la première action de Mouigni Baraka sera de changer la Constitution, trop favorable au président de la République. Il souhaite donc rassembler une table ronde constituante avec toutes les forces politiques et la société civile pour en élaborer une nouvelle plus démocratique.
"Au début, on va appeler à toutes les forces pour calmer la situation et reprendre le terrain. Cette table ronde sera très importante, car il y a un déchirement total du pays, qu'il soit politique, religieux ou économique. On partirait ainsi du bon pied", espère le candidat qui estime que l'enjeu principal "sera de mettre des garde-fous contre le chef de l'État afin qu'il ne puisse plus dissoudre la Constitution."
Pour preuve de cette volonté de décentralisation du pouvoir, il souhaite mettre en place une gouvernance tournante entre les trois îles. "Il faut que chaque île puisse voir l'un de ses enfants à la tête du pays", assure-t-il. Mouigni Baraka souhaite également donner plus d'autonomie à Anjouan et Mohéli sur le plan administratif, afin que les habitants n'aient plus à se déplacer à Moroni pour toutes les démarches.
Sur le plan économique, la première chose "sera de baisser le train de vie de l'État. Notre budget est limité et mal utilisé. Azali peut dépenser jusqu'à 300.000 euros par voyage. Entre son salaire et ses avantages, il perçoit 30.000 euros mensuels, sans compter les frais journaliers. C'est exorbitant. Il faut réduire ces dépenses pour redistribuer plus dans l'eau, l'énergie, la santé, l'éducation et l'emploi."
Enfin, il souhaite renforcer les liens avec la diaspora comorienne et avec les autres îles de l'océan Indien. "Nous partageons cette mer. Nous devons avoir des relations qui nous permettent de nous développer ensemble. Nous avons intérêt à échanger pour que chacun de nous puisse prospérer. Une bonne relation avec La Réunion et Mayotte est une nécessité pour la stabilité de la zone."


