Du nepotisme en politique

Il y a, à La Réunion, des familles qui ont fourni à l’histoire politique de l’île un nombre important, et quelquefois prestigieux, d’élus de façon contemporaine ou sur plusieurs générations. Mentionnons parmi ces familles les Babet, Brunet, de Châteauvieux, de La Serve, ou encore Isautier. Des familles qui ne comptent plus aujourd’hui, quand elles continuent à être présentes dans l’île, d’élus en leur sein.
Plus proche dans le temps, et sur des périodes plus ramassées, on peut mentionner les frères Langenier, Lucet décédé en 1993, qui a été maire et conseiller général de Sainte-Suzanne, et son cadet Jean-Yves, maire du Port qui a choisi cette année de ne plus briguer de mandats électifs. Quant aux frères Moreau, David, maire et conseiller général de Saint-Benoît, et Paul, maire et conseiller général de la commune voisine de Bras-Panon, mandats qu’il a cumulés avec celui de sénateur, ils ne rentrent pas dans cette définition. En effet, s’il n’y a plus de Moreau à détenir un mandat électoral, c’est le gendre de Paul, Daniel Gonthier, qui est aujourd’hui conseiller général et maire sortant de Bras-Panon.
Cela fait-il des Auguste et Raphaël Babet, des Sully, Louis et Auguste Brunet, des Sosthène, Joseph, Henri, Marie-Thérèse ou Jacques de Châteauvieux, des Langenier, Lucet et Jean- Yves, et aussi des Moreau et Gonthier, dont les unions familiales ont été rappelées, des initiateurs ou bénéficiaires du népotisme ? Nullement évidemment ! Car les jeunes générations de ces familles, quand elles se lancent en politique, leurs pères, beau-pères, frères ou aïeux sont souvent décédés depuis des lustres.
Les postures de fils et filles "de"...
Ce qui n’est bien évidemment pas le cas des Vergès, Raymond, Paul et Pierre. Ni des Annette, Gilbert, sa bru, Ericka Bareigts, son fils Didier, et son frère cadet, Christian. Ni des Virapoullé, Jean-Paul et Jean-Marie, ou encore des Lagourgue, Jean-Louis et Rémy, pas plus que des Robert, Roland et Philippe, des Hoarau, Claude et Fabrice et enfin des autres Robert, Thierry et Pierrick. Qu’ils aient des mandats, qu’ils candidatent à leur renouvellement ou qu’ils aspirent à en avoir, ces fils, filles ou frères "de", c’est avec la puissance, la protection et les moyens de leurs pères , beau-pères ou aînés, qu’ils se lancent en politique, s’installant dans les fauteuils qui leur ont été préparés ou aspirent à le faire.
Face à ces situations que chacun peut aisément relever, ces fils, fille et frère "de" développent plusieurs postures pour camoufler ce qu’ils doivent à leur père, beau-père ou frère et habiller leur déni. Il y a celle qui, contre toute évidence, va nier effrontément en masquant ces liens familiaux, publics et avérés. C’est le cas d’Ericka Bareigts à l’égard de son beau-père, Gilbert Annette, pour ensuite ne pas voir la puissance de l’appareil dionysien du PS, que ce dernier, en tant que premier secrétaire, a mis à son service, pour la mettre sur orbite et assurer la construction de sa carrière, comme responsable de parti et élue.
Il y a celui qui, tout en niant avec énergie, pointe l’adversaire. C’est le cas de Christian Annette qui ne voit en rien en quoi son premier secrétaire de frère, lui a longuement préparé son saut pour une prise de pouvoir de la section socialiste de Sainte-Marie, en entravant son développement pendant des années. Mais qui, par contre, est bien plus disert sur la catégorisation sociale de son adversaire, Jean-Louis Lagourgue.
Il y a ceux qui vont nier en s’indignant qu’on puisse empêcher leur progéniture, bourrée de talents, cela va de soi, de se lancer dans la politique à leurs côtés. Priver les communes qu’ils administrent, ou La Réunion, voire la République, de tels atouts seraient pour eux une faute. Ainsi en sont convaincus les pères de Jean-Marie Virapoullé, Rémy Lagourgue, Philippe Robert et Fabrice Hoareau encore que pour ces deux derniers il peut y avoir un autre élément s’y rajoutant : "l’appel du parti".
C’est en effet au nom du "parti", de ses intérêts bien compris, de sa fondation, de sa stratégie, que les pères ont imposé, ou tentent d’imposer, leurs fils, comme successeurs. Cela a été le cas avec Raymond Vergès, au profit de Paul, de ce dernier pour Pierre, de Claude Hoarau pour Fabrice et aussi de Roland Robert pour Philippe.
Il y a enfin celui qui ne nie rien et qui affiche en quelques phrases cultes, un cynisme flamboyant. C’est le cas de Thierry Robert qui a déclaré envoyer, son frère, Pierrick, à la conquête de Saint-Louis, tout en informant les Saint-Louisiens que c’est lui, Thierry, qui conduit la campagne. Comme c’est lui qui, en cas de victoire de la liste de son frère, administrera la commune avec celle de Saint-Leu, où il entend se faire réélire.
Le népotisme : un refus de la méritocratie, une corruption de la démocratie et une dégénérescence de la vie publique
On ne saurait mieux révéler ce qu’est le népotisme : un refus de la méritocratie, une corruption de la démocratie et une dégénérescence de la vie publique. C’est donc sous le prisme du népotisme et de ces effets dévastateurs qu’on peut notamment analyser l’implosion du PCR, la crise au sein du Parti socialiste, comme l’échec de Jean-Paul Virapoullé aux élections municipales précédentes.
Le népotisme à La Réunion on le doit, comme mode de gestion d’un appareil politique, à Raymond Vergès. Sous couvert de faire accéder aux responsabilités de nouvelles générations, Vergès père va tout faire pour mettre sur orbite son fils, Paul, qui lui-même, va vouloir reproduire ce schéma avec son fils, Pierre. Un modèle qui finira par faire école dans ce parti, se réclamant du communisme, et donner des idées à deux autres hiérarques, qui sont Roland Robert et Claude Hoarau pour leurs fils respectifs.
La suite on peut la suivre ces deux dernières années avec leurs manifestations post-mortem, dont celles de Saint-Louis et de Bras-Panon, pour les municipales en cours, sont tout simplement extraordinaires. Dans ce cadre, la nouvelle posture du fils héritier, Pierre, non accepté par l’appareil agonisant, n’invalide en rien l’analyse. A droite, c’est Jean-Paul Virapoullé, qui va importer le népotisme, comme mode de pilotage et de perpétuation de son pouvoir à l’échelon communal. Et puisque l’on est à Saint-André, mentionnons le naufrage civique d’Eric Fruteau, qui, après avoir dénoncé "la familiocratie" des Vergès et des Virapoullé, impose, aujourd’hui, son épouse pour conduire la liste dont il ne peut prendre la direction.
A droite, toujours, et également à l’échelon communal, Jean-Louis Lagourgue va suivre l’exemple de Virapoullé. Au PS enfin, le népotisme, comme mode de pilotage et de son parti, et de sa ville, c’est à Gilbert Annette qu’on le doit.


