Don d’organes : une alliance entre le CHU et les cultes religieux pour sauver des vies

Le CHU de La Réunion et le Groupe de Dialogue Interreligieux ont signé, ce lundi 22 juin à Saint-Pierre, une convention de partenariat à l’occasion de la Journée nationale du don d’organes et de tissus. L’objectif est d’aider les familles à aborder un sujet encore trop souvent évité, alors que les besoins en greffe restent importants sur l’île.
Le don d’organes sauve des vies, mais il se décide souvent dans un moment de choc. À La Réunion, c’est précisément ce silence que le CHU veut combattre. Lundi 22 juin, dans le hall principal de l’hôpital de Saint-Pierre, l’établissement a officialisé une convention avec le Groupe de Dialogue Interreligieux, en présence de familles de donneurs, de représentants religieux, d’Huguette Bello, présidente de la Région et du conseil de surveillance du CHU, et d’Inès Lobo De Sousa, directrice générale adjointe de l’ARS La Réunion.
Un totem « Hôpital Ambassadeur du Don d’Organes », réalisé par un artiste réunionnais, a également été dévoilé. Il arbore le ruban vert, symbole du don d’organes.
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Un sujet vital, mais encore trop peu abordé
À La Réunion, l’enjeu est particulièrement fort. L’île présente une prévalence des maladies rénales chroniques nettement supérieure à la moyenne nationale. En 2025, le CHU a réalisé 94 greffes rénales, dont 2 pédiatriques, 10 greffes cardiaques et recensé 65 donneurs de cornées.
Mais le taux de refus reste élevé. Non pas toujours par opposition au don, mais souvent parce que les proches ne connaissent pas la volonté du défunt au moment du décès.
En France, chacun est considéré comme donneur, sauf refus exprimé de son vivant, notamment via le registre national des refus. Pourtant, lorsque la question se pose à l’hôpital, les familles sont consultées. Et dans le doute, elles peuvent dire non.
« Un tiers des refus de dons vient du fait que le sujet n’a pas été abordé au sein des familles », rappelle Lionel Calenge, directeur général du CHU de La Réunion. « Il n’y a qu’une famille sur deux où la question est évoquée. »

L’appui des représentants religieux
La convention signée avec le Groupe de Dialogue Interreligieux doit permettre d’accompagner les familles dans ces moments sensibles. À La Réunion, où la spiritualité occupe une place importante, le CHU veut s’appuyer sur des interlocuteurs capables d’écouter, d’expliquer et de rassurer, sans se substituer à la décision des proches.
« La Réunion, c’est une terre de spiritualité, une terre de religion, mais aussi une terre de tolérance », souligne Lionel Calenge. Pour lui, la présence de représentants religieux peut faciliter l’expression des familles, en appui des équipes de coordination du don.
Daniel Minienpoulé, président du Groupe de Dialogue Interreligieux de La Réunion, rappelle que neuf confessions sont représentées au sein de la structure. Le groupe travaille déjà avec le CHU sur les soins palliatifs, le comité d’éthique et le don d’organes.
« Nous ne sommes pas des professionnels de santé. Nous sommes des représentants religieux et des associatifs qui viennent aider à faire le lien entre l’humain, le patient et l’institution hospitalière », explique-t-il.
Selon lui, les blocages strictement religieux sont minoritaires. « Il y a seulement 10 % des refus qui sont, entre guillemets, d’ordre religieux. Parfois, ce sont des questionnements purement spirituels, pas forcément rituels. »
« Il faut donner »
Huguette Bello insiste sur l’importance de cette journée dans un territoire où les besoins restent élevés. « Le don d’organes est une urgence sanitaire majeure à La Réunion », affirme-t-elle, en rappelant que 300 personnes attendent une greffe rénale.
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Pour la présidente de Région, le don d’organes est à la fois un acte médical et un acte profondément humain. « Il ne faut pas avoir peur du don d’organes. Personne ne souhaiterait être dans une situation où il a besoin d’un organe et qu’il n’y ait personne. Dans la vie, il faut donner. Il ne faut pas chercher seulement à prendre. »
Le message porté par le CHU, l’ARS, la Région et les représentants religieux tient finalement en une phrase : parler du don d’organes avant que la question ne se pose. Car lorsque la volonté du défunt est connue, les proches ne sont plus seuls face au doute.


